À compter du 1er janvier 2026, le Maroc met en œuvre l'une des réformes les plus substantielles de sa réglementation des changes de ces dernières années. La nouvelle Instruction Générale des Opérations de Change (IGOC 2026), publiée par l'Office des Changes, redessine en profondeur les règles applicables aux particuliers, aux entreprises, aux acteurs du e-commerce, aux exportateurs et aux investisseurs. Derrière cette réforme technique se dessine une orientation stratégique assumée : élargir les marges de liberté économique, tout en maintenant un contrôle rigoureux des flux de devises. Voyages à l'étranger : un plafond inédit pour les particuliers La mesure la plus emblématique concerne la dotation pour voyages personnels. Dès 2026, le plafond annuel global est fixé à 500.000 dirhams par personne. Ce montant se décompose comme suit : 100.000 dirhams de dotation de base, accordée automatiquement ; jusqu'à 400.000 dirhams supplémentaires, calculés sur la base de 30 % de l'impôt sur le revenu (IR) payé. Il s'agit d'un changement d'échelle notable, traduisant l'adaptation du cadre réglementaire à l'augmentation des coûts de voyage, à la diversification des usages (travail à distance, soins, formation) et à la mobilité accrue des ménages marocains. Voyages d'affaires : des plafonds relevés pour soutenir l'internationalisation Pour les entreprises ne disposant pas de comptes en devises ou en dirhams convertibles, la dotation annuelle destinée aux voyages d'affaires est portée à 1 million de dirhams, contre 500.000 dirhams auparavant. Cette dotation est désormais calculée sur la base de 100 % de l'impôt payé. LIRE AUSSI : La Bourse de Casablanca clôture sa première séance de 2026 dans le vert Les opérateurs dits « catégorisés », bénéficiant d'un historique de conformité, voient quant à eux leur plafond relevé à 1,5 million de dirhams par an, contre 1 million auparavant. Ces ajustements visent à lever un frein récurrent à la prospection commerciale, à la participation aux salons internationaux et au développement de partenariats à l'étranger. E-commerce : un cadre renforcé et chiffré Les start-ups technologiques labellisées par l'Agence de Développement du Digital (ADD) bénéficient d'un relèvement significatif de leur dotation e-commerce, désormais fixée à 2 millions de dirhams par an, contre 1 million auparavant. Pour les sociétés nouvellement créées ou faiblement imposées, l'IGOC 2026 introduit une dotation minimale annuelle de 50.000 dirhams, applicable aux sociétés dont l'IS ou l'IR payé est inférieur à ce seuil, exonérées d'impôt ou nouvellement constituées. Ce mécanisme corrige une rigidité structurelle du système précédent, qui pénalisait les jeunes entreprises. Pour les particuliers et MRE, le plafond annuel des paiements e-commerce pour les personnes physiques marocaines, y compris les Marocains résidant à l'étranger, est relevé de 15.000 à 20.000 dirhams. Etudes à l'étranger : prise en compte du coût de la vie Les transferts destinés à couvrir les frais de séjour des étudiants à l'étranger sont désormais plafonnés à 15.000 dirhams par mois, contre 12.000 dirhams auparavant. Cette revalorisation tient compte de l'augmentation du coût du logement, des transports et de l'alimentation dans les grandes villes universitaires internationales. Etrangers résidents : alignement et nouvelles marges Deux évolutions chiffrées méritent l'attention : Les étrangers résidents au Maroc accèdent aux dotations pour voyages personnels et soins médicaux dans les mêmes conditions que les nationaux. Les revenus d'investissements réalisés au Maroc depuis plus de 10 ans peuvent être transférés à l'étranger sans justificatif de financement en devises, dans la limite de 2 millions de dirhams par an. Export-import : plus de flexibilité pour les entreprises Les titulaires de marchés à l'étranger peuvent désormais alimenter leurs comptes en devises ou en dirhams convertibles en tant qu'exportateurs de services, dans la limite de 15 % du montant total du marché, sur la base des montants effectivement rapatriés. L'IGOC 2026 autorise également le règlement des importations de biens au profit de sociétés de factoring ou de recouvrement par subrogation de créances, élargissant ainsi les options de financement du commerce extérieur. Investissements et start-ups : des seuils sans précédent Les start-ups technologiques labellisées peuvent désormais investir à l'étranger jusqu'à 10 millions de dirhams par an, sans obligation de trois années d'activité, et certification des comptes par commissaire aux comptes. Cette mesure marque une rupture importante avec l'approche restrictive antérieure et traduit une volonté claire de soutenir l'expansion internationale des entreprises innovantes marocaines. Une réforme chiffrée, mais encadrée Si les plafonds augmentent, le cadre reste fondé sur des principes de traçabilité, de déclaration et de plafonnement annuel. L'Office des Changes conserve un rôle central de supervision, dans une logique d'ouverture progressive et maîtrisée. En consolidant, relevant et clarifiant les seuils applicables, la réglementation des changes version 2026 envoie un signal clair aux acteurs économiques : plus de liberté, mais dans un cadre lisible et responsable. Au-delà des montants, cette réforme dessine une trajectoire, celle d'un Maroc qui adapte son cadre financier à une économie plus mobile, plus numérique et plus internationalisée, sans renoncer à la prudence macroéconomique.