Le diabète s'impose comme une crise sanitaire majeure au Maroc et dans la région du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord (MENA), avec une hausse prévue de 92 % des cas d'ici 2050. Dr. Mehdi HAYAR, spécialiste en médecine du Travail et Formateur en sciences de la santé, alerte sur l'importance du dépistage précoce, de la prévention et de l'accès équitable aux soins, soulignant que seule une stratégie nationale intégrée peut freiner la progression silencieuse de la maladie et limiter ses complications lourdes pour la population. La menace que fait peser le diabète sur la santé publique mondiale atteint une gravité particulière dans la région du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord (MENA), où les projections de la Fédération Internationale du Diabète (FID) dessinent une situation inédite. L'anticipation d'une augmentation sidérante de 91,76 % des cas d'ici 2050, faisant grimper le nombre de personnes atteintes de 85 millions à 163 millions, confère à cette problématique une dimension de crise sanitaire majeure. Cette progression, loin d'être un phénomène isolé, est intrinsèquement liée à une transition épidémiologique accélérée, caractérisée par l'urbanisation galopante, l'adoption de régimes alimentaires déséquilibrés, excessivement riches en sucres et en produits ultra-transformés, et une sédentarité qui s'installe durablement dans les modes de vie contemporains. Ces facteurs conjugués exercent une pression croissante sur les systèmes de santé nationaux, y compris au Maroc, dont la contribution à la charge régionale de la maladie demeure significative. Au sein de cette dynamique régionale préoccupante, le Maroc se trouve confronté à des statistiques qui confirment l'urgence d'une mobilisation nationale. Avec une prévalence du diabète chez les adultes estimée à 11,9 %, le pays dénombre environ 2,88 millions de cas adultes en 2024. Ce chiffre, bien qu'alarmant, ne parvient pas à saisir l'intégralité de la réalité épidémiologique. Il met en exergue le défi fondamental des cas méconnus, à savoir les nombreuses personnes porteuses de la maladie sans diagnostic établi, ce qui retarde de manière critique la prise en charge et augmente exponentiellement le risque de complications irréversibles. L'identification de ces cas non diagnostiqués constitue, de fait, la première ligne de défense pour juguler l'avancée silencieuse de la maladie. Lire aussi : Santé: Certains mélanges d'additifs alimentaires présentent un risque accru de diabète de type 2 Une crise multifactorielle portée par les mutations des modes de vie L'analyse des causes profondes de cette progression, telle qu'articulée par Dr. Mehdi HAYAR, révèle une convergence complexe de facteurs. Il insiste sur le triptyque comportemental, environnemental et socio-économique qui alimente cette crise. Comme il l'a précisé : « la progression du diabète s'explique par une combinaison de 3 facteurs : comportementaux, environnementaux et socio‐économiques ». Avant d'ajouter : « Sur le plan comportemental, on observe une augmentation de la consommation d'aliments riches en sucres et en produits ultra‐transformés, associée à une baisse de l'activité physique et à une sédentarité croissante ». Il explique que ces facteurs sont accentués au Maroc par la transition rapide des modes de vie et par des inégalités territoriales persistantes. Dr. HAYAR ajoute que le diabète agit comme un véritable révélateur des inégalités sociales de santé. Il ne s'agit pas d'un phénomène uniforme, mais d'un « cumul de vulnérabilités sociales et territoriales ». Les changements de mode de vie touchent l'ensemble de la population, mais leurs effets sont plus marqués chez les personnes vivant dans des contextes de précarité, de stress professionnel ou d'accès limité aux soins. Cette réalité confère au diabète une dimension qui dépasse le cadre strictement médical pour s'ancrer dans les défis socio-économiques du pays. Le coût des soins, principal frein à la prise en charge du diabète Au-delà de la problématique du dépistage, la gestion efficace du diabète se heurte à l'obstacle majeur de l'accès aux soins. Le coût prohibitif des traitements, des dispositifs de surveillance glycémique et de l'insuline constitue une barrière financière infranchissable pour une large frange de la population marocaine. Cette cherté décourage l'observance thérapeutique, poussant de nombreux patients à rationner leurs soins. Ce cercle vicieux entraîne inéluctablement une recrudescence des complications graves, telles que l'insuffisance rénale, les amputations ou la cécité, dont le coût final pour le système de santé et la société dépasse largement celui d'une prise en charge précoce et adéquate. Face à cette urgence sanitaire et sociale, la réponse ne peut être que proactive et multidimensionnelle. Dr. HAYAR met en lumière l'importance capitale du dépistage précoce, rappelant que la maladie évolue de manière silencieuse pendant plusieurs années. Il préconise de renforcer ce dépistage par « une identification systématique des personnes à risque, l'intégration du dépistage dans les consultations de routine, le recours à la médecine de proximité et des campagnes de sensibilisation simples et accessibles ». Un dépistage précoce est la clé pour prévenir ou retarder les complications. La prévention constitue un pilier essentiel de la lutte contre le diabète. Selon Dr. Mehdi HAYAR, une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et la sensibilisation permettent de prévenir ou de retarder le diabète de type 2 chez une grande partie des personnes à risque. Qu'elle soit primaire, secondaire ou tertiaire, la prévention reste l'intervention la plus efficace et la plus rentable à long terme. L'équité d'accès aux soins requiert le renforcement de la couverture médicale, la facilitation de l'accès aux médicaments essentiels et le développement de programmes territoriaux de suivi. La médecine du travail joue un rôle central en ciblant les salariés exposés à la sédentarité ou au stress et en menant des campagnes de sensibilisation adaptées aux contextes professionnels et culturels. Malgré des outils prometteurs, le défi majeur demeure leur mise en œuvre homogène sur l'ensemble du territoire, notamment dans les zones rurales. Le diabète dépasse le cadre individuel et impose un enjeu collectif intégrant les dimensions médicales, sociales et économiques.