Le Maroc traverse une vague de froid marquée et durable, appelée à se prolonger jusqu'à dimanche, touchant une grande partie du territoire par des températures négatives, des chutes de neige, des pluies soutenues et des vents violents. Si ces conditions affectent régulièrement les zones montagneuses, leur extension à des régions historiquement peu exposées au froid extrême révèle une évolution préoccupante. La neige observée cette semaine à Oujda, ville au climat semi-aride où ce phénomène était devenu exceptionnel après de longues années d'absence, constitue à ce titre un événement hautement révélateur. Loin d'être une simple anomalie saisonnière, cet épisode illustre une transformation profonde du régime climatique national, marquée par une instabilité croissante et une perte progressive des repères météorologiques traditionnels. Quand l'exception climatique devient un symptôme structurel Voir Oujda recouverte de neige n'est pas le signe d'un retour à un hiver « normal », mais l'expression d'un déséquilibre atmosphérique plus large. Le réchauffement climatique global perturbe la circulation des masses d'air, notamment le jet-stream, favorisant des descentes brutales d'air polaire vers des latitudes inhabituelles. Ce mécanisme explique la survenue d'épisodes de froid plus courts mais plus intenses, capables de produire de la neige à basse altitude, même dans des régions qui n'y étaient plus confrontées. Le paradoxe est désormais bien établi : un climat globalement plus chaud génère des phénomènes plus extrêmes, plus contrastés et plus imprévisibles. La neige à Oujda, comme le froid persistant dans l'Oriental ou certaines plaines intérieures, s'inscrit pleinement dans cette dynamique. Lire aussi : Vague de froid de vendredi à dimanche dans plusieurs provinces Un pays vulnérable face à une instabilité durable Pour le Maroc, déjà fortement exposé aux sécheresses, au stress hydrique et aux vagues de chaleur, cette instabilité climatique représente un défi majeur. L'épisode actuel met en lumière les limites de la préparation face à des événements hivernaux inhabituels : infrastructures inadaptées, vulnérabilité accrue des populations rurales, perturbations agricoles et économiques dans des zones peu préparées au froid et au gel. L'émerveillement suscité par la neige dans des villes comme Oujda ne doit pas masquer la réalité. Ce qui apparaît aujourd'hui comme une exception spectaculaire pourrait devenir demain une contrainte récurrente. Le dérèglement climatique ne se manifeste plus par des tendances abstraites, mais par des événements concrets, visibles et coûteux. La vague de froid actuelle et la neige exceptionnelle à Oujda constituent ainsi un avertissement clair. Elles rappellent que le climat marocain entre dans une phase nouvelle, faite d'alternances brutales et de risques accrus. Anticiper ces mutations, en renforçant les systèmes d'alerte, en adaptant les infrastructures et en intégrant pleinement le risque climatique dans les politiques publiques, n'est plus une option, mais une nécessité stratégique. Car le message envoyé par le climat est désormais explicite : l'exception d'hier est en train de devenir la norme de demain.