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Robert Ménard confond allègrement atteinte à la liberté de la presse et délinquance ordinaire. Il n'y a pas, à ce jour, de journalistes en prison pour délit d'opinion. Le patron absolu de Reporters sans frontières pense le contraire. D'où la posture du
Publié dans MarocHebdo le 28 - 10 - 2005

Robert Ménard confond allègrement atteinte à la liberté de la presse et délinquance ordinaire. Il n'y a pas, à ce jour, de journalistes en prison pour délit d'opinion. Le patron absolu de Reporters sans frontières pense le contraire. D'où la posture du Maroc dans son classement fantaisiste.
Notre presse est-elle aux ordres?
Abdellatif Mansour
Y a-t-il une liberté de la presse au Maroc ? Non, répond Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, RSF pour les intimes. Et cent dix neuf fois non, précise-t-il en chiffres, car c'est le rang où il nous a relégués dans son dernier classement pour l'année 2005. Dans chacune de ses tablettes qu'il mijote annuellement, M. Ménard nous met au fond de la classe. Nous sommes donc 119ème sur un total de 167 nations, ex-aequo avec le Kazakhstan, où le réflexe de l'opinion unique dictée par le parti unique n'a pas encore disparu de cette ancienne république soviétique. Et bel et bien derrière des pays arabes tels le Koweït (85ème) ou le Qatar (96ème), entre autres modèles de démocratie.
Partant de ce "constat objectif" et pas très honorable, un observateur lamda qui ne connaît pas le Maroc aurait raison de l'imaginer comme une crypto-dictature où la presse est aux ordres, les rédactions sous étroite surveillance des nervis d'un pouvoir aux aguets et les journalistes récalcitrants qui ne veulent pas se faire dicter leurs articles traînés à tour de bras devant un simulacre de justice et jetés en prison. Une sorte de reproduction au nord-ouest de l'Afrique, de la Corée du Nord, que M. Ménard a eu l'extrême obligeance de placer derrière nous. Ouf, nous ne sommes tout de même pas derniers, c'est déjà ça.
Il a fait mieux, M. Ménard, si on veut bien lui être reconnaissant. Entre 2004 et 2005, il nous a gratifiés de 7 points, pour nous faire passer de la 126ème à la 119ème place. Il en est satisfait pour nous. Fin observateur, il explique cette largesse par "une légère progression du Maroc" en matière de liberté de la presse, au millimètre près. 119 fois merci M. Ménard.
Pourtant, il n'y a pas longtemps, M. Ménard était au Maroc ; il y a tenu une conférence de presse pour dire tout le mal qu'il pense des pouvoirs publics du pays. Il a même usé de comparaisons et de métaphores désobligeantes. Librement. Normal, puisqu'il est sans frontières. Néanmoins, dans d'autres pays que M. Ménard ménage pour des raisons que lui seul connaît, s'il y tenait le même type de propos, il serait manu militari reconduit aux frontières. Encore faut-il qu'il puisse y entrer, dans ces pays.
M. Ménard est bien placé pour connaître l'évolution et la réalité actuelle des libertés individuelles et collectives au Maroc. D'énormes progrès ont été réalisés à ce niveau. La liberté étant une et indivisible, élargissons le cercle. Il n'y a plus ni détenus d'opinion, ni exilés politiques. À l'exception de quelques dangereux illuminés accusés de terrorisme intégriste. L'abcès des années de plomb a été crevé en public, en direct, à la télévision. Une expérience rarissime dans les pays du tiers-monde où des exactions liberticides, portant atteinte à la vie et à la dignité humaines, ont été commises.
Bien que M. Ménard se refuse à le concevoir, il était inconcevable que la liberté de la presse reste à l'écart de ce mouvement global. Non seulement elle y participe en tant qu'élément central des libertés fondamentales, mais elle en est aussi le fer de lance et l'indice révélateur des avancées réalisées et des espaces qui restent à conquérir.
Toujours à l'intention de M. Ménard, la presse marocaine, mieux que jamais, se structure, s'organise, se renforce. Et apprend à gérer sa propre liberté. Le Syndicat national de la presse est on ne peut plus indépendant et des autorités publiques et des partis politiques. Il défend bec et ongles le libre exercice de la profession et la liberté de conscience de ceux qui la pratiquent. Une Fédération des éditeurs de journaux a été créée. Ainsi qu'un organisme de justification de la diffusion (OJD), autrement dit une instance autonome de contrôle de tous les paramètres de gestion et de la vérité des tirages et des ventes. Des entreprises privées de presse naissent et affrontent les dures lois du marché. Si la presse était effectivement bâillonnée dans ce pays, comme le prétend M. Ménard, comment expliquer alors ce foisonnement de titres qui dépasse la surface actuelle du lectorat ? Enfin, passons. Toujours est-il qu'un contrat programme d'assistance matérielle vient d'être finalisé au terme d'une longue concertation entre le gouvernement et la Fédération des éditeurs. Idem pour la convention collective, en phase terminale de ratification par le Syndicat, les patrons de presse et l'autorité publique.
Là aussi les négociations ont été longues et difficiles vu qu'il ne s'agit pas moins que de définir et de réguler les différents aspects des relations de travail y compris en matière de salaires et de couverture sociale. L'amendement du code de la presse est constamment à l'ordre du jour pour la suppression des dispositions privatives de liberté physique.
Cela aurait déjà été fait et consommé; cela n'aurait même pas figuré dans ce code si d'aucuns avaient calmé leur ardeur éditoriale politiquement jusqu'auboutiste ou vulgairement diffamatoire, réveillant ainsi des peurs refoulées et des velléités restrictives. Aux dernières assises nationales de la presse, tenues les 11 et 12 mars 2005, cette question-là, plus que toute autre, avait été longuement débattue. Si cela peut rassurer M. Ménard, cet amendement ne saurait tarder. Il est effectivement perçu comme une épée de Damoclès.
À ceci près qu'il faut faire la part des choses. Les atteintes aux fondamentaux constitutifs de la nation, la religion, le territoire et la personne du Roi ; ainsi que les attaques diffamatoires à l'égard de personnes physiques, relèvent du pénal et de la correctionnelle. Avec ce genre de délit, nous ne sommes plus sur le terrain de la liberté de la presse, mais celui des dispositions constitutionnelles et du droit commun. Le journaliste étant aussi un citoyen, il est donc justiciable.
À moins que l'on aménage exclusivement pour lui quelques exemptions dans la Constitution et dans le code de procédure pénale, à titre de complément du Code de la presse. Cette ordonnance, que M. Ménard entend nous prescrire, est à l'origine de notre mauvaise posture dans son drôle de classement.
M. Ménard fait précisément la confusion entre vrais journalistes et imposteurs, entre atteinte à la liberté de la presse et délinquance ordinaire. Younès Moujahid, secrétaire général du SNPM, est catégorique : il n'y a, à ce jour, aucun journaliste marocain en prison pour délit d'opinion. À l'exception de deux individus, Abderrahmane Al Badraoui et Anas Tadili, patrons de deux publications confidentielles, jugés et incarcérés, l'un pour usurpation de fonction, l'autre pour diffamation gravissime et avérée. Ces deux énergumènes qui salissent la profession sont catalogués comme journalistes par M. Ménard et défendus par RSF.
Il est donc normal que les progrès, un peu plus que légers, que le Maroc a réalisés sur tous les registres de la liberté de la presse et de l'habilitation de ce secteur selon les standards professionnels connus, soient souverainement ignorés par M. Ménard. Ils ne font pas partie de ses critères de jugement.
Nous sommes au fond de la classe et nous le resterons pour le restant de son existence. Il n'y a même pas moyen de tracer des frontières avec son organisation. Tellement les frontières qu'il s'est fixées dans sa tête, par rapport à nous, sont strictement personnelles. RSF, c'est Ménard ; et Ménard, c'est RSF. A-t-on jamais vu quelqu'un d'autre que lui se faire inviter sur les plateaux de télévision, représenter ou parler au nom de cet organisme qu'il semble avoir privatisé avec lui seul comme actionnaire? Son repère, en ce qui nous concerne, c'est d'abord et surtout Ali Lmrabet.
C'est à l'aune de ce journaliste un peu trop particulier qu'il jauge notre capacité, apparemment beaucoup trop réduite, à intégrer le principe de la liberté de la presse.
En fait, si le Maroc basculait réellement dans un gouffre régressif, cela ne justifierait-il pas, un peu plus, le statut de M. Ménard ? On est vraiment tenté de répondre "oui". M. Ménard a tellement besoin de son discours sur nous, que ce serait cruel de l'en priver. Il faut juste retourner ce classement ridicule à l'expéditeur. Chaque année. Un peu comme des vœux inversés.
Nabil Benabdellah, ministre de la Communication
"Un parti pris flagrant"
Recueillis par M. ElAtouabi
• Maroc Hebdo International : Reporters Sans Frontières (RSF) a mis le Maroc à la 119ème position pour l'année 2005, en matière de liberté de la presse ? Qu'en dites-vous?
- Nabil Benabdellah : Je n'accorde pas beaucoup d'intérêt à ce classement et à l'organisation qui le réalise. Je ne pense pas que RSF puisse faire preuve d'objectivité, alors même que son secrétaire général et fondateur, le sieur Robert Ménard, s'était fendu à Casablanca, lors d'une conférence de presse, d'une déclaration où il affirmait sans équivoque qu'il allait tout faire pour détruire l'image du Maroc. Le parti pris de cette organisation est, donc on ne peut plus flagrant.
• MHI : Toujours est-il que ce classement jouit d'une certaine crédibilité sous d'autres cieux. Jusqu'à quel point nuit-il à l'image du Maroc?
- Nabil Benabdellah : De par le climat général qui règne au Maroc et le processus de réformes qui y sont engagées, je ne pense pas qu'on puisse accorder un quelconque crédit à un tel classement dont, personnellement, je ne connais ni les critères, ni les fondements, ni les méthodes de notation.
Je crois que, aujourd'hui, tout le monde, y compris les grands Etats, souligne et reconnaît le caractère extrêmement profond des réformes engagées par le Maroc à différents niveaux, à commencer par l'approfondissement de la démocratie. Ce n'est donc pas le rapport de cette organisation qui remettra cela en cause.
• MHI : Au-delà du classement de RSF, qu'en est-il réellement de la liberté de la presse au Maroc ?
- Nabil Benabdellah : Il est un fait que le Maroc s'est engagé depuis des années dans un processus de réformes et d'affermissement des droits de l'Homme et des libertés, dont celle de la presse. Le Maroc est en train de revoir profondément le code de la presse dans un sens qui consolidera encore plus les libertés de presse et d'expression. Ce à quoi le sieur Ménard ne semble nullement prêter attention. Des mesures d'accompagnement, telles que le contrat-programme, sont en cours de finalisation pour donner à la presse un rôle encore plus important dans la société marocaine. Cela aussi, RSF ne semble pas vouloir en tenir compte.
• MHI : Quelles sont, selon vous, les motivations de RSF ?
- Nabil Benabdellah : Il est évident que cette organisation met à exécution ce que son secrétaire général a déclaré, en l'occurrence la volonté de porter atteinte à notre pays.
"Le Maroc n'est pas la Chine"
Recueillis par
• Maroc hebdo international : Dans votre classement annuel sur la liberté de la presse pour 2005, le Maroc est relégué à la 119e position. Devrait-on en conclure que le Maroc n'a connu aucune avancée en matière de liberté de la presse pendant l'année ?
- Robert Ménard : De la 126ème position en 2004, le Maroc est passé à la 119ème position en 2005. Il s'agit donc d'une légère progression. Cela dit, il reste beaucoup à faire avant que l'on ne puisse parler d'une véritable liberté de la presse au Maroc. Des journalistes sont en effet toujours emprisonnés, plusieurs sujets demeurent tabous et ne peuvent pas être traités librement.
Reconnaissons cependant que les choses se sont quelque peu améliorées en 2005 et c'est ce qui explique cette progression dans le classement.
• MHI : Quels sont les critères que vous prenez en compte pour l'établissement de votre classement ?
- Robert Ménard : Il existe plus de cinquante critères, dont celui de l'emprisonnement des journalistes. ces critères permettent de mesurer le plus objectivement possible la situation de la liberté de la presse dans tel ou tel pays. Parfois, la prise en compte de ces divers critères aboutit à des résultats inattendus.
C'est notamment le cas lorsqu'un petit pays comme le Bénin se retrouve mieux classé que la France ou l'Espagne. Forcément, ça choque les Espagnols, mais le fait est que la presse béninoise a moins de problèmes que la presse ibérique.
• MHI : Quels sont les affaires qui ont négativement influé sur la notation du Maroc en 2005 ?
- Robert Ménard : Il y en a plusieurs que je n'ai pas toutes en mémoire. Cela dit, je pense que le maintien d'un certain nombre de journalistes en prison, l'interdiction d'exercer le journalisme prononcée à l'encontre de Ali Lmrabet, ainsi que la condamnation de l'hebdomadaire Tel Quel à verser une amende démesurément exagérée ont certainement eu une mauvaise influence sur la notation du Maroc.
• MHI : Ces affaires peuvent-elles à elles seules faire de l'ombre aux incontestables avancées en matière de liberté de la presse au Maroc ?
- Robert Ménard : C'est au contraire grâce à ces avancées que la situation du Maroc dans le classement de RSF s'est améliorée. Et si dans l'année prochaine des affaires similaires ne se reproduisent pas, le Maroc ne peut que gagner d'avantage de places dans le classement 2006. Il n'y a aucune raison pour que ça ne s'améliore pas, on n'a jamais confondu le Maroc et la Chine Populaire.