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Le roi éprouve le gouvernement Benkirane, par Noureddine Miftah
Publié dans PanoraPost le 28 - 09 - 2017

La question de l'avortement sera sans doute le second test du présent règne, en cela qu'il s'agira encore d'assurer l'équilibre entre le temporel et le spirituel, entre les lois religieuses et les objectifs qui les sous-tendent, entre la jurisprudence et les intérêts, entre la tradition et le progrès, entre l'authenticité et la modernité…
Le premier test était, on s'en rappelle, la réforme du code de la famille, la fameuse Moudawana, et la lutte qui avait alors eu cours entre les deux camps avait été particulièrement animée, avec grosses manifestations et encore plus imposantes contre-manifestations. A cette époque, une commission avait été mise sur pied pour concilier les approches des deux camps en présence, mais elle avait échoué à trouver un compromis pour mettre en place le code de la famille d'une société moderne qui prenne en considération les préceptes et enseignements ouverts de la religion. On avait ensuite nommé à la tête de la même commission un autre homme, en l'occurrence Mhamed Boucetta, l'ancien secrétaire général du parti de l'Istiqlal ; sous sa direction, les travaux ont été couronnés de succès.
La polygamie n'avait pas été interdite, mais était devenue plus complexe ; le mariage des mineures était entouré de conditions plus drastiques. La garde des enfants était revenue de droit à la mère en cas de divorce, et la procédure du divorce avait été simplifiée… la liste des acquis sociaux est encore longue, sans qu'il ne soit besoin de tout décrire ici. En tout état de cause, le nouveau code de la famille avait été perçu comme résolument moderne, entérinant encore plus l'image du roi Mohammed VI, marié à une femme de condition modeste qu'il a fait connaître au grand public, dans un acte unique en son genre dans la dynastie dont il est l'héritier.
La question de la Moudawana est certes plus vaste et plus globale que celle de l'avortement mais celui-ci est bien plus sensible, tant sur le plan médical que du point de vue symbolique. Le grand changement auquel nous assisterons cette fois tient dans le fait que le PJD est aujourd'hui aux commandes du gouvernement. Ainsi, au lieu que ce parti islamiste ne soit plus qu'une partie du problème, une partie avec laquelle on doit composer, le voici aujourd'hui en position de conduire une (r)évolution moderniste en exécution de la volonté royale. Cela aboutira à n'en point douter à voir un conflit naître entre une frange du parti de Benkirane et une autre du Mouvement Unicité et Réforme, l'aile de prédication du PJD.
Le roi Mohammed VI est intervenu personnellement, recevant en audience ses deux ministres de la Justice et des Affaires islamiques, respectivement Mustapha Ramid et Ahmed Toufiq, puis, plus tard le président du Conseil national des droits de l'Homme Driss el Yazami ; le roi a demandé à ces trois responsables de lui soumettre, sous trente jours, leurs propositions quant à la question de l'avortement. Cette implication entre parfaitement dans le cadre des larges attributions et du rôle d'arbitre que confère la constitution au souverain pour les grandes questions qui peuvent diviser la société et qui peuvent aussi revêtir une grande sensibilité.
Mais, comme chacun sait, les détails ont leur importance dans la globalité d'un sujet, quel qu'il soit. Ainsi, les images qui ont été publiées en disent long sur cette question. En effet, le roi a reçu les ministres séparément du président du CNDH puis on a vu Mohammed VI et Driss el Yazami, sortir de la salle d'audience, un large sourire aux lèvres, un sourire d'apparence spontanée. Cela indique très clairement que l'orientation de la réponse à la question de l'avortement privilégiera davantage l'aspect droit de l'homme que la crispation religieuse qu'on pourrait enregistrer pour ce qui concerne le sujet de l'avortement.
On pourrait également, et logiquement, s'interroger sur les raisons qui ont conduit Mohammed VI à intervenir dans le débat… Par moments, les coïncidences peuvent jouer un rôle important et, comme on dit, à quelque chose parfois malheur est bon. Et voilà donc le Pr Chafik Chraïbi, infatigable militant de la lutte contre l'avortement clandestin, qui avait facilité le tournage et la production d'un documentaire d'une chaîne française sur ce phénomène de l'interruption volontaire, et illicite, de grossesse, qui a été limogé de son poste de médecin-chef de la maternité des Orangers à Rabat. Cette révocation avait suscité une vague de réactions de désapprobation…
Cela avait conduit le ministère de la Santé à lancer un débat public, auquel avait assisté le Pr Chraïbi, le ministre el Ouardi et plusieurs autres personnalités d'horizons divers comme le fqih Benhamza ou l'anthropologue Dialmy et bien d'autres noms encore. Ce débat, qui a eu le mérite d'être tenu, aura aussi montré qu'un gouffre sépare les différents protagonistes, un gouffre très difficile, pour ne pas dire impossible, à combler.
Et pourtant… pourtant, il faut bien trouver la solution pour combler le gouffre car les chiffres et les statistiques sont véritablement scandaleux, certains attestant qu'il y aurait quelque 800 interruptions clandestines de grossesse chaque jour au Maroc, une partie d'entre elles effectuées par des médecins, mais en secret, et une autre partie étant le fait de charlatans. Parfois, les femmes en détresse ont recours à des herbes ou des expédients douteux. Dans tous les cas, la vie de ces femmes est en grand péril, et leur santé presque toujours s'en trouve affaiblie.
Si tout le monde convient de la nécessité de l'avortement dans certains cas déterminés, les divergences naissent de l'identification de ces cas et de la manière de réglementer les interruptions de grossesse. Pour ces questions, la confrontation peut être brutale et violente, comme quand le théologien objectiviste Ahmed Raïssouni est allé jusqu'à dire de ses adversaires qu'ils « aspirent à la libération des vagins et au désœuvrement des utérus ». L'autre alem qu'est le docteur Mustapha Benhamza a affirmé à son tour être opposé à toute forme d'avortement sauf dans une seule situation, qui est celle où la vie du fœtus coûte la sienne à la mère, partant du principe – dit le fqih – qu'il faut toujours privilégier la vie déjà créée à celle à venir.
Cette semaine, l'Espagne a connu une vague de manifestations contre l'avortement. Mais il s'agit là d'un pays occidental et laïc, un pays où la société débat de sujets comme celui du mariage homosexuel. Les regards dont donc tournés vers nous, un Etat musulman gouverné par un Commandeur des croyants ; chez nous, la question est de trouver un équilibre entre le droit à la vie et la nécessité d'éviter les drames humains issus des viols, des incestes ou pouvant résulter de malformations du fœtus, ou encore quand la santé de la mère pourrait être en péril des suites de sa grossesse. Réussir à trouver cet équilibre et réussir à le faire accepter par tous serait un autre signe de notre modèle social, un modèle qui montrerait ainsi qu'il est tout à fait possible d'avoir un Etat et une société modernes, qui disposent par ailleurs d'une religion officielle.
C'est là la question-épreuve que le roi Mohammed VI demande à la société et à ses élites de résoudre ? Réussiront-elles à être à la hauteur de cette mission ? Nous l'espérons.


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