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Benkirane et le peuple
Publié dans PanoraPost le 06 - 10 - 2016

Le chef du gouvernement (sortant), et chef du PJD, Abdelilah Benkirane a une relation directe avec le peuple. Il le dit, le redit et le laisse s'exprimer… en sa faveur. Cela est tout à fait naturel et légitime de la part d'un chef de parti dans une démocratie, mais les indications, la loi et la symbolique disent des choses aussi.
Ainsi, à Taroudant, Benkirane a dit lors d'un meeting que si le PJD arrive premier aux élections, que le roi le reconduit à la tête du gouvernement, et qu'il n'arrive pas à constituer de majorité, il s'en remettra au peuple. Là, il sort de son rôle et outrepasse ses fonctions. Explications.
En effet, la constitution dit clairement en son article 47 que « le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants, et au vu de leurs résultats ». Supposons que Mohammed VI reconduise, donc, Benkirane et le charge de former un gouvernement.
Ce gouvernement, et son chef, ne seront vraiment en fonction que suite au vote favorable de la Chambre des représentants sur le programme, comme le précise l'article 88 de la constitution, qui dit qu' « après la désignation des membres du gouvernement par le roi, le chef du gouvernement présente et expose devant les deux Chambres du parlement réunies, le programme qu'il compte appliquer (…). Ce programme fait l'objet d'un débat devant chacune des deux Chambres. Il est suivi d'un vote à la Chambre des représentants. Le gouvernement est investi après avoir obtenu la confiance de la Chambre des représentants, exprimée par le vote de la majorité absolue des membres composant ladite chambre, en faveur du programme du gouvernement ».
Autrement dit, le chef du gouvernement ne le devient qu'après avoir été investi par le parlement. Or, Benkirane dit à Taroudant que s'il n'a pas de majorité, « il ira devant le peuple », donc dissoudra la Chambre et appellera à un nouveau vote. Il n'en aura pas le droit car il n'aura pas été investi par le parlement, puisqu'il n'aura pas eu de majorité.
Le chef du gouvernement ne peut dissoudre la Chambre des représentants que selon les dispositions de l'article 104 : « le chef du gouvernement peut dissoudre la Chambre des représentants, par décret pris en Conseil des ministres, après avoir consulté le roi, le président de cette Chambre et le président de la cour constitutionnelle ». Pour qu'il y ait conseil des ministres, il faut qu'il y ait des ministres, et pour qu'il y ait des ministres, il faut qu'ils aient été investis avec le gouvernement par la Chambre des représentants.
Benkirane n'a donc aucunement le droit de « revenir » au peuple, puisqu'il ne sera encore que chef du gouvernement « désigné », donc non effectif. En disant ce qu'il a dit à Taroudant, il fait acte de méconnaissance de la constitution, ou il ment, ou il fait simplement de la provocation.
A Fès, au début de son meeting, il laisse le bon peuple fassi scander « le peuple veut Benkirane de nouveau », dans une sorte de pression pour voir le chef du gouvernement sortant rester en fonction. On est loin des déclarations dudit chef du gouvernement sur le pouvoir d'appréciation du roi dans la nomination à cette fonction. Et la nature du slogan renvoie directement au printemps arabe et sa déclinaison marocaine, dans une allusion à ce que dit souvent Benkirane, à savoir que son parti et lui-même ont permis au pays d'éviter le pire en 2011.
On remarquera que dans la vidéo mise en ligne sur le site du PJD, c'est une voix dans le micro qui crie que « le peuple veut Benkirane encore », et Benkirane la laisse dire 5 fois cette phrase, se délectant du moment. C'est naturel, mais ce n'est pas comme cela que les choses se produisent, si tant est que l'on respecte la constitution, votée par la quasi-unanimité de la population en juillet 2011, sans contestation de personne.
Or, Mohammed VI, avant de nommer un chef du gouvernement, prend la mesure du vote, à son niveau. Il y aura environ 2 millions de votants en faveur du PJD à cette élection, sur un corps électoral de 15 millions de personnes, et 7 millions de votants effectifs. Ce qui signifie que si le plus grand nombre d'électeurs se prononce pour le PJD (s'il gagne), la majorité aura voté contre ce parti. Le chef du gouvernement en sera issu, comme le prévoit la Loi fondamentale, mais rien n'indique que le roi désignera Benkirane qui aura réussi, à côté de ses indéniables bons côtés, à montré un tempérament de division de la société entre bons (les siens), et mauvais (les autres, tous les autres). Le Maroc n'a pas besoin de cela, pas plus que d'Abdelilah Benkirane. Le problème pourrait donc être constitué par ce dernier, et non par son parti.


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