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SIEL 2025 : Du Maroc à la Belgique, Hassan Bousetta revisite l'Histoire et la politique
Publié dans Yabiladi le 25 - 04 - 2025

Intervenant au Salon international de l'édition et du livre (SIEL 2025) qui se tient à Rabat jusqu'au 27 avril, l'universitaire belgo-marocain Hassan Bousetta a publié l'ouvrage «Entre deux rives, Maroc-Belgique – histoires parallèles, destins croisés» aux éditions Maha. Avec le soutien du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), le docteur en sciences politiques et sociales propose une lecture historique, politique et contemporaine de l'évolution des liens entre ses deux pays, tissés au fil des mobilités qui ont marqué le développement de l'humanité.
Votre ouvrage commence par l'Histoire ancienne de vos deux pays que sont le Maroc et la Belgique, puis vous traversez le temps jusqu'à notre époque, jusqu'à l'ère contemporaine. Comment s'est fait le travail de documentation ?
Au départ, cet ouvrage est né de différentes influences, à la fois mon travail académique sur l'immigration marocaine, entamé il y a 30 ans exactement, en 1994 et qui a conduit à une thèse de doctorat, retraçant les migrations marocaines dans leur contemporanéité.
Par la suite, j'ai été aussi acteur dans la vie sociale, politique et j'ai contribué à un nombre d'initiatives autour de la mémoire de notre immigration, notamment en 2004, lorsque j'ai présidé l'initiative «Espace mémorial de l'immigration», qui a commémoré la signature des accords de main-d'œuvre.
En 2024, j'ai été présent lors de la commémoration des 60 ans, avec des accents nouveaux. Autant celle de 2004 nous a permis de relire l'Histoire sociale de Belgique d'après-guerre, autant celle de 2024 nous a amenés à remonter beaucoup plus loin, à retourner aux sources dans la société marocaine, pour s'interroger sur les interactions entre la Belgique et le Maroc à travers l'Histoire.
C'est de là qu'est venue l'idée de cet ouvrage. En tirant le fil d'Ariane, on remonte à encore plus loin et on réalise qu'on pensait que nos histoires étaient des récentes, que c'était une migration ouvrière qui avait ouvert des relations entre la Belgique, entre deux sociétés dont on pense intuitivement qu'elles ne se sont jamais rencontrées.
Cette idée est totalement erronée. Les deux sociétés appartiennent à un espace géographique qui est un couloir atlantique, à l'intérieur duquel les gens ont circulé depuis des temps immémoriaux. En réalité, je commence par rappeler les découvertes récentes du professeur Ben-Ncer de l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP) et du professeur Hublin de l'Institut Max Planck à Leipzig. Tous deux ont documenté l'existence du plus vieil homo sapiens au Maroc il y a 300 000 ans avant notre ère. Or, celui-ci s'est répandu partout sur la planète et est devenu l'humain d'aujourd'hui, c'est-à-dire nous.
C'est pour dire que de tout temps, il y a eu des contacts. Mon travail ne fait pas œuvre d'historien, mais je suis intéressé de faire un relevé exhaustif de ce qu'a été l'Histoire, en faisant une évocation qui nous montre ce passé comme poids d'appui à la mémoire et de voir que cette dernière a été sélective. On a retenu certaines choses, sans d'autres. En Europe, on retient que nos ancêtres sont les Gaulois. Mais personne ne dit que nos ancêtres sont africains et que nous avons une identité primordiale d'Homme africain qui a circulé et d'homo sapiens.
Remettre en perspective ces éléments de l'Histoire qui sont parfois pris et d'autres rejetés par la mémoire a été primordial, pour moi. On a des traces de Numides, de royaumes amazighs qui sont engagés dans les armées romaines pour protéger les frontières de l'Empire romain dans les régions actuelles de la Belgique et de l'Allemagne. Les circulations à l'intérieur de ces espaces et les contacts ont été immémoriaux. Mais à aucun moment, ils n'ont fait l'objet de constructions mémorielles.
Il s'agit d'expliquer, en 260 pages de cet ouvrage, que la Belgique a une Histoire hors de ses frontières et le Maroc aussi. On pourrait faire le même exercice pour le Maroc et la France, pour la France et l'Espagne, pour la France et le Portugal, pour la France et les Etats-Unis. Nous avons une multitude d'interactions qui se sont créées et on peut en faire une sorte de cartographie de ces relations. Ce sont d'abord des rencontres individuelles, de savants, d'artistes, puis, on a les commerçants.
Hassan Bousetta / Ph. CCME
Les relations commerciales entre les deux rives sont probablement les plus structurantes à l'échelle historique, puis, les moments de confrontation militaire. Il faut dire que la Belgique et le Maroc ne se sont jamais affrontés ouvertement, puisque la Belgique est un pays récent, mais ils ont parfois été cobelligérants sur des situations comme les croisades espagnoles. Il y a eu ensuite les migrations humaines du XXe siècle.
Vous abordez également la question des indépendances et de la période précoloniale. Etait-ce un bouleversement dans les relations entre les deux rives, comme vous intitulez votre ouvrage, à la lumière de l'occupation de l'Algérie par la France ?
Je pense que ce livre fait le pari d'allier l'Histoire longue et le temps court. Le temps long s'arrête. Je fais un très long premier chapitre sur la préhistoire, jusque 1830, qui devient un moment charnière pour la Belgique qui a été créée la même année. Avant cela, elle existe sous différentes autres formes.
On est pays-bas autrichien, pays-bas espagnol, sous domination française ou bourguignonne. On constate que le XIXe siècle va être une période d'accélération extrêmement importante. L'Etat marocain plus ancien, l'empire chérifien, est convoité par l'Europe et l'enjeu pour lui est de préserver, de protéger sa souveraineté.
L'occupation de l'Algérie par la France met le Maroc, mais aussi la Tunisie, face à un grand défi. Un chapitre important dans ce livre souligne que dès 1838, la Belgique commence ses relations diplomatiques avec le Maroc.
Très vite vont naître alors des intérêts belges pour le Maroc, en particulier de la part de Léopold II, connu à l'échelle internationale pour être celui qui a colonisé le Congo, d'abord à titre personnel, puis au titre de l'Etat belge. Le Congo belge devient sa possession en 1885, suite à la Conférence de Berlin qui organise le partage des territoires de l'Afrique.
Mais Léopold II n'est pas encore roi de Belgique, il est duc de Brabant et prince héritier, que déjà il est au Maroc. En 1862, il fait sa première visite, 25 ans avant la Conférence de Berlin. Il va venir de manière très régulière pour essayer de développer un projet.
Son idée est d'établir un comptoir commercial et de développer une présence belge, comme il a essayé en Egypte et dans d'autres régions du monde, mais il ne va pas réussir. Pour autant, les Belges vont découvrir que Léopold II est connu comme le colonisateur du Congo, sans jamais y mettre les pieds. En revanche, il a passé une grande partie de sa vie à essayer d'obtenir quelque chose au Maroc, en vain. Il est utile de le rappeler dans le débat public, parce que la mémoire l'a complètement effacé.
Cet exercice donc d'explorer les Histoires du Maroc et de la Belgique nous montre notamment que la diplomatie belge a été déployée au Maroc au XIXe siècle, jusqu'au moment où le destin du royaume chérifien bascule progressivement vers le Protectorat français et la colonisation espagnole, avec la conférence d'Algésiras, mais aussi ce qu'on a appelé l'entente cordiale entre le Royaume-Uni, la Grande-Bretagne et la France, qui donne la prééminence à la Grande-Bretagne sur l'Egypte et à la France sur le Maroc.
On vient donc de passer 1830-1912, le traité de Fès qui établit le Protectorat. La Belgique va changer d'attitude au Maroc, après s'être appuyée, en fonction des circonstances, sur l'aide de l'Allemagne, de la Grande-Bretagne ou de la France. Ce qui a toujours été sa grande force diplomatique, est, n'étant pas un pays menaçant pour les grandes puissances européennes, qu'elle a pu composer avec ses différents partenaires. Les diplomates belges ont alors investi Tanger, Zone internationale, Casablanca, Rabat, Agadir…
Lorsque la France prend le contrôle au Maroc, les industriels et les diplomates belges vont se mettre au service du développement organisé par le Protectorat. La Belgique ne cherche plus un projet autonome, mais elle s'inscrit dans les efforts français, notamment lors de la découverte des mines de charbon à Jerada, ou encore les gisements de métaux dans le Rif, l'Oriental et Touissit. D'autres projets d'envergure dans le secteur agricole, sucrier, seront dynamisés par des entrepreneurs belges.
Ph. CCME
Mais il faut bien se dire qu'à l'époque, les Belges et les Français espèrent surtout exploiter le pétrole. Ils découvrent des ressources, le fer, le cuivre, le charbon, mais leur grand espoir ne se réalisera pas. Nous essayons de mettre en lumière cette période avec des témoignages encore possibles de la période de 1912-1956. Nous passons ensuite au Maroc indépendant.
Pour aborder l'Indépendance, vous mettez en avant des thématiques de l'Histoire plus récentes, avec une perspective politique. Vous montrez ensuite des figures contemporaines de la société civile, des institutions, des acteurs binationaux de la vie publique et des porte-voix des expressions culturelles diversifiées. Cela traduit-il le changement des relations belgo-marocaines qui se démarque du regard colonialiste d'une époque révolue ?
Certainement, le contexte, les migrations marocaines vers la Belgique vont imposer un changement de perspective, surtout après la signature de l'accord de 1964 qui organise l'arrivée des travailleurs. Lorsqu'on lit l'histoire des relations belgo-marocaines à partir des documents produits en Belgique, on y retrouve quelque chose de l'ordre du rapport dominant-dominé, une vision coloniale.
Un livre d'Edmond Picard est particulièrement révélateur de cela, en relatant une mission belge en visite auprès du sultan Hassan Ier à Meknès. L'ouvrage est considéré comme une des œuvres emblématiques du regard occidental et belge de l'époque sur le Maroc. C'est un regard un dénigrant, méprisant.
Je fais aussi référence à Edward Said, pour illustrer la manière dont l'Occident a construit un Orient fantasmé, avec une distance et un sentiment de supériorité. Les rapports au XXe siècle vont rééquilibrer les choses et on est toujours dans un rééquilibrage permanent, qui reste un combat d'aujourd'hui pour produire un regard plus serein entre les deux rives, et ce travail en fait partie.
Revenons à notre ère contemporaine. Vous montrez de nouvelles figures des relations belgo-marocaines, vous abordez les relations économiques et le nouveau bond qu'elles ont connu entre le Maroc et la Belgique…
Dans le dernier chapitre, on voit clairement une nouvelle dynamique, de nouveaux enjeux, une professionnalisation, une montée en compétences de part et d'autre, une maturation des projets, une plus grande technicité, des volumes d'investissements. Cette progression n'est possible que quand on regarde tous les combats qu'il a fallu mener pour ouvrir des portes, comme je l'explique au chapitre 4. Une génération antérieure, des syndicalistes, des personnes qui se sont battues sur le terrain associatif pour faire évoluer le droit de la nationalité, les législations antidiscriminatoires, le droit des travailleurs…
Tous ces terrains-là ont permis à de nouvelles générations de porter plus loin les projets. Par ailleurs, on ne peut que constater que vu l'ampleur de l'immigration marocaine en Belgique, les relations économiques belgo-marocaines sont encore à un niveau trop faible par rapport à ce qu'elles devraient être. Ce sera peut-être ce qui se passera dans le chapitre 6, s'il doit y en avoir un, dans 20 ans.


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