La communauté marocaine d'Amsterdam a organisé hier soir une vaste rencontre, en présence notamment des autorités publiques, pour discuter de la violence armée dont sont à la fois coupables et victimes les jeunes Néerlandais d'origine marocaine de la ville, impliqués dans le trafic de drogue. La communauté marocaine des Pays Bas a recensé, cette année, une dizaine de jeunes néerlando-marocains morts dans le cadre de règlements de comptes liés à la mafia de la drogue. Hier soir, mercredi 3 juillet, une rencontre entre plusieurs associations marocaines, des membres du Conseil municipal d'Amsterdam, des représentants de la police de la ville et des citoyens a été organisée, à la mosquée bleue d'Amsterdam, pour tirer la sonnette d'alarme. «Il y a quelques mois, c'étaient les recrutements de jeunes marocains par des groupes jihadistes, aujourd'hui ce sont les mafias de la drogues. Ce sont des problèmes qui préoccupent beaucoup la communauté marocaine», explique Abdou Menebhi, président du Centre euro-méditerranéen immigration et développement (EMCEMO) à Amsterdam. «Les jeunes Marocains sont à la fois victimes et coupables de ces règlements de compte», indique-t-il. Ils sont à la fois ceux qui tiennent les armes et ceux qui tombent. Le 21 avril, un Marocain de 48 ans a été retrouvé mort, tué par balle, dans la ville de Sas van Gent, et de la drogue a été retrouvée chez lui. En décembre dernier, deux jeunes néerlandais d'origine marocaine, de 21 et 28 ans, ont été tué dans un règlement de compte. Les meurtriers avaient sur eux plusieurs pistolets et même une kalachnikov. La faute aux parents La réunion d'hier avait pour objectif d'ouvrir le dialogue entre les différents acteurs de la ville pour lutter contre cette montée de la violence, mais elle n'a abouti à rien. A la fin de la réunion, «tout le monde était d'accord pour se réunir autour de la table», note Abdou Menebhi, mais chaque intervenant a eu tendance a rejeté la responsabilité sur les autres. «Le discours des hommes politiques reste toujours le même : ils renvoient la faute aux parents, à leur éducation, à ce qui se passe à la maison, mais les parents sont complètement hors de tout ça. Ils sont éloignés de l'école et des difficultés de leurs enfants, loin de la rue, mais aussi, ils ne sont jamais associés aux décisions prises par les responsables politiques», regrette Abdou Menebhi. «Touche pas à nos jeunes» Impuissante à lutter directement contre les trafiquants de drogue, 5 associations issues de la communauté d'origine marocaine tentent de prendre leur part de responsabilité. «De Blauwe Moskee», «Stichting ARGAN», «Boks het voor elkaar» et l'EMCEMO se sont réunies pour lancer la campagne «Touche pas à nos jeunes» pour protéger la jeunesse néerlando-marocaine de l'influence des recrutements jihadistes et des mafias de la drogue. Elles veulent amener le débat au sein même de la communauté marocaine. «Nous voulons aussi interpeler les responsables politiques qui depuis plusieurs années ont réduit et limité la politique sociale des Pays Bas, diminué les subventions aux associations», explique Abdou Menebhi. Les 5 associations souhaite également la mise en place d'une véritable politique de prévention. «Celle établie par la police relève plus surement de la répression que de la prévention. Il s'agit d'interdire aux jeunes de se rencontrer ou de proposer à d'autres de jouer les 'mouchards' au sein de leur famille pour suivre le comportement de leur frère, par exemple», dénonce-t-il. Les 5 associations espèrent également obtenir la reconnaissance de l'islamophobie comme une discrimination à part entière.