Si la présence de l'Espagne et du Portugal au Maroc a été documentée durant les siècles passés, celle de l'Italie a été moins mise en lumière à travers l'Histoire. Pour autant, les liens entre les deux pays existent depuis le XIXe siècle au moins. Une période marquée par un traité d'amitié et de commerce, qui a officialisé la coopération en 1825. Le sultan Moulay Abderrahman et le roi Charles Felix (collage) ‹ › Bien avant le Protectorat français (1912 – 1956), le Maroc a été au centre des intérêts économiques et politiques de nombreuses forces impérialistes européennes, comme en témoignent les récits historiques sur ces interactions avec l'Espagne et le Portugal notamment. Au-delà de ces pays, le royaume chérifien a scellé des accords avec diverses royautés, comme cela a été le cas dès le XVIIe siècle avec la Hollande, à travers le traité de paix de 1682. Au XVIIIe siècle, c'est avec la Grande-Bretagne qu'un traité de paix et de commerce est cosigné, en 1721. Au XIXe siècle, le royaume de Sardaigne va acter un traité d'amitié et de commerce avec le Maroc en 1825, sous le règne du sultan Moulay Abderrahman (1822 – 1859). Ce texte cosigné sous Charles-Félix de Savoie (1821 - 1831) aura ainsi jeté les bases des relations diplomatiques avec l'Italie actuelle, officialisant plus de 200 ans de coopération bilatérale. Cette dynamique s'est renforcée avec l'unification de l'Italie et l'installation d'une première représentation à Tanger, en 1868, sous la responsabilité du diplomate Stefano Scovasso, jusqu'en 1887. Une dynamisation des activités commerciales Durant le mandat de Stefano Scovasso au Maroc, les liens entre les deux pays ont été marqués par la mise en œuvre de projets d'envergure, au temps où l'Italie a été à la recherche de nouveaux espaces en Méditerranée pour renforcer sa position commerciale, économique et même politique. Grâce aux échanges facilités, des commerçants génois ont posé bagage dans la cité septentrionale, mais aussi dans d'autres régions côtières comme l'actuelle El Jadida (Mazagan), Casablanca (Anfa) ou encore Essaouira (Mogador). Stefano Scovasso Des activités comme les transports et les services postaux ont ensuite flori, tandis que d'autres secteurs ont évolué avec l'installation des armateurs Antonio Montanaro et Salvatore Morteo. Dans ce contexte, le périodique bimestriel de l'Institut euro-arabe de Mazara del Vallo Dialoghi Mediterranei retient que sur les 521 navires débarqués au Maroc en 1848, 71 sont sardes. Au fil des années, d'autres mesures ont levé les obstacles administratifs et douaniers, ouvrant ainsi une nouvelle page dans le développement commercial maroco-italien, surtout à partir de 1857. Dans le même registre, la publication retient la levée du droit exclusif du sultan sur le commerce du soufre, dynamisant ainsi les importations italiennes. A partir des archives sur cette dynamique diplomatique, le ministère italien des Affaires étrangères rappelle quant à lui que la mission de 1875 aura été particulièrement marquante. Dans le temps, une délégation conduite par le consul général Giuseppe Maria Scovasso est reçue par le sultan Moulay Hassan Ier (1873 – 1894) à Fès, alors capitale alaouite. Parmi les membres figurent l'écrivain Edmondo De Amicis et le peintre Stefano Ussi, auteur du tableau «La Réception de l'ambassade d'Italie au Maroc» (1879). Dar El Makina telle que construite avec l'aide de l'Italie «Dar al-Makina», une modernisation militaire soutenue par l'Italie L'œuvre picturale est aujourd'hui conservée à la Galerie nationale d'art moderne et contemporain de Rome. Elle immortalise l'évolution de ces liens économiques et diplomatiques à une période où Hassan Ier a ambitionné de gagner en puissance militaire, au vu des prétentions impérialistes grandissantes dans la région, marquée par la colonisation française en Algérie. Dans ce sens, le représentant italien est informé de l'intention du sultan de mettre en plus une fabrique d'armement à Fès et d'acquérir un navire de guerre, pour améliorer sa défense côtière. C'est ainsi que «Dar al-Makina» ou la Maison de l'armement verra le jour, dans l'espace appelé actuellement «Bab Makina». Fondé entre 1885 et 1890 à Fès Jdid par Hassan Ier avec le soutien d'ingénieurs italiens, l'établissement annexé au palais du sultan est construit l'enceinte de la résidence chérifienne. De son nom inspiré de «macchina» (machine en italien), il fait office d'arsenal militaire pour aider à moderniser l'armée marocaine. En cette fin de XIXe siècle, le site produit des fusils et des canons, au sein d'un complexe plus vaste comprenant une école militaire. Symbole des efforts de modernisation du Maroc au XIXe siècle, le lieu suscite un grand intérêt auprès des habitants de Fès. Mais l'usine aura cessé ses activités après 1912, année de l'instauration du Protectorat français, qui durera jusqu'en 1956 au Maroc. Le Méchouar et la Makina en 1950 / Ph. Editions La Cigogne La zone fera l'objet de travaux de restauration et de réhabilitation majeurs. Après 1916, elle abritera une école professionnelle et un lieu culturel. Depuis, elle restera parmi les témoins intemporels d'une longue tradition de coopération diplomatique entre le Maroc et l'Italie.