À la croisée de l'Histoire et de l'autobiographie, la chercheuse maroco-canadienne Osire Glacier relate son parcours migratoire, tout en l'inscrivant dans le récit collectif. «L'histoire d'une famille de le Rif : le Maroc de la résistance au colonialisme à la contestation de l'autorité» sonne plus qu'un récit personnel, qu'elle a choisi désormais d'éditer en arabe. Osire Glacier ‹ › Entre le récit historique et l'autobiographie, la chercheuse maroco-canadienne Osire Glacier a choisi les deux, dans «Le Maroc en quête de liberté : un récit familial». Désormais traduit en arabe par l'historien Maâti Monjib (éd. Safsafa), «L'histoire d'une famille de le Rif : le Maroc de la résistance au colonialisme à la contestation de l'autorité» relate un récit personnel qui croise la grande Histoire. L'opus propose ainsi «des fragments longtemps occultés de l'histoire du Maroc contemporain», en développant une analyse critique des événements établis officiellement de 1921 à aujourd'hui : soulèvements anticoloniaux, héritage colonial et transitions politiques. Plus qu'un récit personnel, Osire Galcier signe un témoignage sur les luttes accumulées, personnelles, identitaires et collectives, pour l'indépendance, contre les disparités socio-économiques et pour enrichir la mémoire collective. En filigrane, la native d'Agadir raconte sa propre diversité, riche de son parcours migratoire au Maroc, puis entre la France et l'Amérique du Nord. «Quand mon père, Mohamed Hadouche, parlait des luttes anticoloniales qu'il avait menées à Iflihene [dans le Rif, ndlr] et de ses combats postindépendance à Agadir, sa voix s'animait et ses yeux brillaient. Je ne saisissais alors ni l'importance des événements qu'il relatait, ni le rôle qu'il y avait joué», écrit celle qui est désormais professeure agrégée dans le département d'Histoire à l'Université Athabasca (Canada). Interroger le destin collectif à travers le récit familial Evoquant toujours la figure de son aïeul, Osire Galcier retient que «dans sa vie professionnelle, il a toujours été «ferme, voire sévère». «Un journaliste m'a même avoué que mon père impressionnait certains membres de sa formation politique (...) Plus il parlait de l'homme public que fut mon père, moins je reconnaissais mon papa à qui on fouillait irrespectueusement les poches et la valise diplomatique, à la recherche de quoi l'interpeller», écrit l'autrice. C'est à partir de sa réflexion sur le vécu familial et celui de son père opposant politique qu'Osire Glacier tisse toute la dimension historique et collective de son récit. Au fur et à mesure des pages, elle développe son propos également sur «la condition des femmes et les luttes populaires pour la démocratisation au Maroc», où «l'intimité d'un foyer» retrouve les luttes citoyennes. Plus loin, elle interroge «l'éradication du socialisme, les politiques d'islamisation de la société poursuivies par l'élite dirigeante et l'émergence de l'islamisme». Dans cet ouvrage, on reconnaît la plume de la chercheuse et de l'autrice de «Femmes politiques au Maroc : d'hier à aujourd'hui» (éd. Tarik), qu'elle a consacré en 2013 à l'engagement historique de ses concitoyennes dans la gestion de la vie publique à travers les siècles. Une démarche inscrite dans l'ère contemporaine, également dans «Les Droits humains au Maroc : entre discours et réalité» (éd. Tarik, 2015). Dans son opus à la fois historique et autobiographique, l'écrivaine a procédé à travers sa même démarche favorite : la documentation. Histoire : Rqia Bent Hadidou, guerrière méconnue du Rif oriental Rendre le récit historique plus accessible A ce titre, Osire Glacier explique avoir «consulté des articles de presse ainsi que les écrits de [son] père couvrant cette période». Elle indique également avoir mené une série d'entretiens et de rencontres informelles «avec plusieurs acteurs et témoins des événements clés abordés». Autant dire qu'au-delà du devoir de mémoire, Osire Glacier a voulu privilégier «une perspective historique», proposant «une réécriture corrective des concepts et des événements». Indirectement, l'autrice tend à déconstruire «les croyances erronées qui opposent l'Occident 'démocratique' aux terres de l'islam», en mettant en lumière les mobilisations collectives en faveur des droits sociaux, économiques, culturels, civils et politiques. Avec un récit qu'elle laisse succinct, l'autrice a eu à cœur de rendre cet ouvrage «accessible» et de toucher un large lectorat, quand bien même elle s'appuie «sur les travaux et les cadres théoriques élaborés dans le domaine de l'histoire postcoloniale au Maroc».