Le match amical entre l'Espagne et l'Egypte, en amont du Mondial 2026, a été terni par des chants racistes et islamophobes, suscitant l'indignation et remettant en avant la discrimination persistante dans le sport. DR ‹ › Le match amical entre l'Espagne et l'Egypte (0-0), tenu mardi 31 mars en amont du Mondial 2026, a été éclipsé par des chants racistes et islamophobes visant les joueurs égyptiens. Lors de cette rencontre au stade RCDE de Cornellà, des parties du public ont scandé «Qui ne saute pas est musulman» à plusieurs reprises, tout en huant l'hymne national égyptien. Les incidents ont suscité l'indignation et ravivé le débat sur le racisme dans les stades ibériques. Lamine Yamal, international espagnol et lui-même musulman, a condamné ce comportement. «Je sais que [le chant] était dirigé contre l'équipe adverse et n'était pas personnellement contre moi, mais pour un musulman, c'est toujours irrespectueux et intolérable», a-t-il écrit sur Instagram. Selon lui, «utiliser une religion comme provocation sur le terrain vous rend ignorant et raciste». Pour sa part, la Fédération royale espagnole de football (FREF) a dénoncé ces actes, en soulignant qu'elle «s'oppose au racisme» dans la discipline. Les stades comme espaces politiques et sociaux Réagissant à l'incident, Mehdi Alioua, professeur de sociologie à Sciences Po–Université internationale de Rabat (UIR) et spécialiste des migrations, a déclaré que ces chants racistes, xénophobes, et dans ce cas islamophobes, ne sont pas nouveaux, mais sont moins courants lors des matchs internationaux impliquant des équipes nationales. «Lorsqu'ils se produisent, c'est souvent lors de matchs amicaux ou dans des environnements de stades moins contrôlés. Dans les grandes compétitions, de tels incidents restent relativement rares», a-t-il noté. En revanche, un tel comportement est «beaucoup plus fréquent» au niveau des clubs, notamment dans certaines parties de l'Italie, de la France et de l'Espagne, où «certaines sections des stades sont occupées par des groupes d'extrême droite qui utilisent le football comme une plateforme pour des messages politiques». Mehdi Alioua a souligné que le football «a toujours eu une dimension politique», mais a noté qu'aujourd'hui en Europe, «les mouvements d'extrême droite tendent à canaliser la colère publique plus que les groupes de gauche, ce qui aide à expliquer leur visibilité dans les stades». Plus largement, cette tendance reflète un changement politique plus large, selon le chercheur. «Au cours des deux à trois dernières décennies, le nationalisme identitaire, souvent aligné avec les idéologies d'extrême droite, a gagné du terrain à l'échelle mondiale», a-t-il dit. Cette dynamique ne se limite pas à l'Europe. Selon Mehdi Alioua, elle peut être observée ailleurs sous différentes formes, accompagnée de «rhétorique centrée sur l'exclusion, la hiérarchie et le rejet des minorités». Des stéréotypes coloniaux dans les perceptions En Europe spécifiquement, Mehdi Alioua souligne que ce racisme «est enraciné dans des formes plus anciennes de racisme anti-arabe et anti-noir», dessinées par «l'histoire coloniale et les récits orientalistes qui présentaient les autres comme inférieurs ou menaçants». En parlant de l'Espagne, en particulier, il a noté que «le sentiment anti-musulman a des racines historiques plus profondes», remontant à «l'Inquisition et à la persécution de longue date des musulmans et des juifs», avec «des termes historiquement utilisés pour stigmatiser les musulmans» encore présents dans certains contextes. Selon lui, ces imaginaires continuent de façonner les perceptions actuelles, présentant par exemple les Nord-Africains comme «dangereux». Aussi, ces stéréotypes sont «largement diffusés dans le cinéma de l'ère coloniale et encore ancrés dans la mémoire collective dans des pays comme la France et l'Espagne», a-t-il ajouté. Le chercheur a également souligné les tensions récentes, notamment celles autour de la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal. Selon lui, elles montrent que ces récits peuvent ressurgir. «Des deux côtés, la rhétorique hostile a parfois dérivé vers le racisme, que ce soit en présentant les joueurs sénégalais comme violents ou les Marocains comme malhonnêtes», a-t-il rappelé, soulignant un héritage «colonial» qui a la peau dure. Mehdi Alioua a par ailleurs signalé que «ce qui change n'est pas seulement le phénomène en lui-même, mais la manière dont il est perçu». «Il est important de noter que le racisme n'augmente pas nécessairement en termes absolus, mais son expression est devenue plus visible», a-t-il précisé. Avec l'utilisation élargie des smartphones et des réseaux sociaux, des incidents autrefois peu documentés sont désormais diffusés instantanément. «Le football, en tant qu'espace hautement médiatisé suivi par des millions de personnes, amplifie naturellement ces dynamiques», a-t-il conclu.