L'entrée en vigueur d'une nouvelle hausse des prix des carburants au Maroc, entre la fin mars et le début du mois d'avril, constitue un impact supplémentaire sur le pouvoir d'achat. Du côté des professionnels, les représentants des gérants des stations-service se disent également dans le flou et pointent le poids des grands distributeurs. DR ‹ › En ce début du mois d'avril, les tarifs des carburants à la pompe continuent de grimper au Maroc, dans un contexte de tensions dans le Moyen-Orient et de volatilité des cours internationaux. Reda Nadifi, secrétaire général de la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants des stations-service au Maroc (FGNPS), indique auprès de Yabiladi que l'augmentation des prix entre le 31 mars et le 1er avril 2026 a concerné l'essence et le diesel, à hauteur de près de 1,55 et 1,70 dirhams respectivement. Cette hausse s'ajoute à celle opérée entre les 15 et 16 du mois dernier, qui a concerné aussi bien l'essence (+1,50 DH) que le diesel (+2 DH). Par conséquent, les tarifs à la pompe affichent respectivement 15 à 16 DH/litre et plus de 14 DH/litre, «avec de légères fluctuations d'une station à l'autre», selon le responsable professionnel. Depuis la libéralisation du secteur au Maroc, en 2015, les prix sont en effet révisés à un rythme bimensuel. L'idée est de tenir compte des cotations internationales des produits raffinés et des fluctuations du taux de change. Le rôle des distributeurs dans la définition des prix Dans ce contexte, le Conseil de la concurrence a annoncé le renforcement de sa surveillance du marché. L'objectif est d'éviter d'éventuelles ententes injustifiées sur les prix entre les distributeurs, tout permettant un impact plus rapide des baisses des cours mondiaux sur le prix final. Pour sa part, Reda Nadifi note auprès de notre rédaction que le dialogue et les discussions entre l'institution et les acteurs du secteur «portent essentiellement sur le rôle de ces derniers dans la chaîne de valeur, en tant que maillon essentiel mais rarement bien représenté dans la vision stratégique de la composition du prix de vente et sa définition, en fonction du coût et de la marge». À ce titre, le secrétaire général de la FGNPS estime que «concrètement, les tarifs sont imposés par les grandes entreprises de distribution, bien que l'on parle de libéralisation». Reda Nadifi considère en effet que les gérants des stations-service restent peu informés sur les bénéfices des distributeurs et «partagent les préoccupations des citoyens quant à l'évolution des prix». Selon lui, plusieurs facteurs seraient en cause, à commencer par ce qu'il qualifie d'«opacité autour des informations qui concernent les stocks et la valeur réelle des bénéfices de ces opérateurs-là». «Ce que l'on peut dire est qu'en tant qu'acteurs des stations-service, notre rôle est tellement limité que notre niveau d'information sur ces questions est le même que tout autre citoyen qui voit circuler de nombreuses rumeurs et spéculations sur le sujet, que ce soit via les réseaux sociaux ou ailleurs.» Reda Nadifi, secrétaire général de la FGNPS «Nous subissons les mêmes effets et partageons les mêmes préoccupations que les concitoyens», nous dit encore le secrétaire général de la FGNPS, qui souligne par ailleurs que «cette hausse des prix est loin de bénéficier aux gérants des stations-service». «Notre marge de bénéfice est plus importante sur le litre que sur le pourcentage des grands distributeurs. Ces hausses ne sont donc pas près de nous avantager plus que d'autres intervenants dans le circuit de vente», explique Reda Nadifi. Le Conseil de la concurrence pointe un déphasage Face à ce que les professionnels déplorent comme une «opacité», le Conseil de la concurrence a pointé notamment un déphasage dans la répercussion des hausses des cours internationaux entre le diesel et l'essence. Dans une note publiée mardi, l'institution a examiné ces fluctuations entre les 1er et 16 mars. Il en ressort que «malgré la hausse soutenue des cotations internationales du gasoil et de l'essence raffinés», la transmission de ces évolutions aux prix à la pompe au Maroc «apparaît différenciée selon les produits». Pour le gasoil, l'augmentation des cotations internationales «n'a pas été complétement répercutée sur les prix de vente, avec une différence significative s'établissant à -0,89 DH/l», fait savoir le Conseil de la concurrence. Pour l'essence, la transmission «a été supérieure à l'augmentation enregistrée au niveau international (+0,17 DH/l)». La même source indique que les prix de cession appliqués par les opérateurs aux gérants de stations-service «ont été différenciés avec des écarts qui s'élèvent à près de 0,20 DH/l pour le gasoil, soit près de 10% de la hausse moyenne constatée». Un constat qui fait état de «comportements d'alignement des prix au niveau de la vente au détail». Maroc : L'opposition questionne le gouvernement sur la hausse des prix des carburants La situation a fait réagir les députés de différents partis de l'opposition au sein du Parlement. En mars dernier, ils ont saisi plusieurs ministres et le chef du gouvernement. Plus récemment, l'exécutif a quant à lui rassuré sur les stocks de diesel et d'essence, qui couvrent respectivement 51 et 55 jours. Avant cela, des initiatives de soutien aux transporteurs professionnels ont été annoncés, dans le but d'atténuer les effets de la hausse. Depuis la fin février 2026, les prix du diesel et de l'essence auront augmenté de près de 30%.