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Diaspo #26 : Ayoub Layoussifi, l'ingénieur devenu comédien
Publié dans Yabiladi le 03 - 02 - 2018

Le réalisateur et comédien Ayoub Layoussifi a plusieurs cordes à son arc. Son dernier court-métrage, Tikitat-A-Soulima, vient de remporter le Prix collège au Festival du Film Court Francophone de Vaulx-en-Velin. Epopée d'un artiste que tout destinait à une carrière d'ingénieur en informatique.
Au Maroc, c'est un familier du petit écran. Le public l'a découvert à travers ses rôles dans des séries télévisées, comme 1001 Nuits (Anouar Moatassim), ou encore le téléfilm Amal Hayati (Chaouki El Aoufir). Ayoub Layoussifi a également réalisé la série historique Assayida Al Hourra, qui retrace la vie de cette princesse de Tétouan ayant vécu au 16e siècle. Mais avant cela, l'artiste a évolué dans le théâtre d'improvisation à Paris, parallèlement à ses études en cinéma.
En France, il est surtout connu pour avoir sorti de l'anonymat Mohamed Lamouri, musicien de métro qu'il a mis en image dans son premier court-métrage, Dis-moi Mohamed....
Au commencement étaient les rituels
Natif de Casablanca en 1983, Ayoub Layoussifi vit en France depuis l'âge de 18 ans. Après un baccalauréat scientifique au Maroc, il s'envole pour l'Hexagone où il décroche un master en informatique. Mais le futur ingénieur est rattrapé par sa première vocation : le septième art. C'est ainsi qu'il décide de s'inscrire à la filière d'études cinématographiques à l'Université Paris 8.
Sa carrière artistique débute ainsi à l'âge de 22 ans, lorsqu'il devient comédien et réalisateur. Ayoub Layoussifi joue dans des courts-métrages et collabore dans des projets de films en tant que directeur artistique, assistant réalisateur ou coréalisateur. Si sa vie professionnelle était destinée à une carrière dans l'ingénierie informatique, l'artiste ne voit pas dans ce revirement un hasard :
«Mes parents étaient de grand cinéphiles. Ils font partie de cette génération au Maroc qui a beaucoup fréquenté les salles de cinéma. Je n'ai pas vécu cette époque-là, mais j'accompagnais toujours mon père à un vidéoclub où il se procurait plus tard des films en VHS, avant l'arrivée des DVD.»
C'est ainsi que plus jeune, la graine d'artiste a grandi en regardant des films classiques de Hitchcock, de John Wayne ou encore de Clint Eastwood. Voir ces chefs-d'œuvre avec les parents relève du rituel fréquent, alimentant chez Ayoub Layoussifi son engouement pour le cinéma.
Ph. Mehdi Triqui
Arrivé à Paris, il crée en compagnie deux amis AVEC, l'Association vidéo élan de créativité, qui a perpétué cette tradition familiale de se retrouver régulièrement autour d'un film comme Le Parrain ou encore Citizen Kane. Il nous confie que le déclic se fait alors :
«C'était véritablement un rappel de mon enfance. L'envie m'est venue inconsciemment de revenir au cinéma. Je sentais que dans d'autres domaines, je serai rapidement arrivé à bout de ce que je pourrais donner.»
Le comédien décide de virer vers des études plus adéquates à sa vocation, en 2006. Il participe par ailleurs dans une série de Xavier du Ringer et apparaît dans des courts-métrages. C'est encore étudiant qu'il rencontre, en 2011, le réalisateur Chaouki El Aoufir. Ce dernier lui permettra d'avoir le rôle principal de le téléfilm Amal Hayati.
Par ailleurs et après un master professionnel en réalisation et création, le comédien enchaîne jusqu'en 2012 avec un master de recherche en cinéma, théorie, histoire et esthétique.
Ph. Tarakci Bayram
Le cinéma solidaire
A Paris, Ayoub Layoussifi prend souvent la ligne 2 du métro. A partir de 2009, il rencontre souvent Mohamed Lamouri au bord du quai. Le musicien algérien reprend les chansons culte du raï, dont le registre de Cheb Hosni. C'est avec un grand engouement qu'il nous en parle :
«Mohamed Lamouri, c'est l'appel du pays. Lorsque je l'entends chanter, je suis plongé dans la nostalgie de la famille, des amis du pays, du quartier d'enfance…»
C'est en discutant avec un ami réalisateur qu'Ayoub se rend compte de l'importance de montrer le talent du musicien algérien : «Je suis allé vers lui et l'ai abordé pour qu'il joue son propre rôle dans un film.» Depuis, une amitié entre Ayoub et Mohamed est née :
«Nous avons développé une relation fraternelle. Dès notre première conversation, Mohamed m'appelait 'mon frère'. On a discuté pendant plus d'un an et un jour, je lui ai demandé si je pouvais le filmer.»
Le film Dis-moi Mohamed… a vu le jour ainsi, en 2011. Il s'agit d'un portrait intimiste de 30 minutes, coréalisé avec le cinéaste sud-coréen Jéro Yun et produit par Nassim El Mounabbih. Le 13 juillet 2012, la première projection de l'opus au Maroc s'est tenue à la Fabrique culturelle des Abattoirs de Casablanca, en présence de l'équipe du film.
Six ans après, l'amitié entre Ayoub Layoussifi et Mohamed Lamouri s'est renforcée et plusieurs autres amis se sont ajoutés. «Nous avons enfin pu déposer une demande de régularisation pour Mohamed, car nous aimerions l'aider à avoir la vie qu'il mérite», déclare Ayoub avec fierté, avant d'ajouter :
«Nous sommes un groupe d'amis qui suit Mohamed de très près. Il est digne, courageux et touchant à la fois. Il a un grand cœur. C'est pour cela que les choses se font très naturellement avec lui. D'ailleurs, c'est nous qui revenons vers lui car nous aimerions l'aider pour sa régularisation.»
Naturalisé français en 2014, Ayoub Layoussifi rêve aujourd'hui que Mohamed Lamouri ait ses papiers en France, afin de pouvoir enfin voyager, faire des tournées, participer à d'autres films, mais surtout rendre visite à sa famille de l'autre côté de la Méditerranée :
«Mon idée est de pouvoir un jour lui rendre possible un retour dans son pays natal, pour qu'il revoit sa famille. Cela fait presque 17 ans qu'il n'a pas revu les siens. Ce seront des retrouvailles chargées d'émotions. Je l'ai accompagné dès le début, donc j'aimerais le suivre en Algérie et rester encore à ses côtés, ici en France
Mohamed Lamouri dans le métro de Paris / Ph. DR.
Lier les deux rives
Si Ayoub Layoussifi vit surtout à Paris, il continue à travailler entre sa ville d'adoption et sa ville natale : «Grâce à mes allers-retours entre les deux pays, j'essaye de mettre en œuvre au Maroc ce que j'apprends en France». Ceci ne l'empêche pas de participer également à des productions allemandes ou américaines, en donnant la réplique à Nicole Kidman dans Queen of the Desert de Werner Herzog (2015), ou en jouant dans 13 Hours de Michael Bay (2016).
Au Maroc, Ayoub Layoussifi s'est distingué dans le rôle principal des Griffes du passé, un film d'Abdelkrim Derkaoui (2015), avant de faire partie du casting de Nour Eddine Lakhmari pour Burn Out (2017). Il sera également à l'affiche d'Une affaire urgente, long-métrage de Mohcine Besri, où il joue également le rôle principal.
Entre deux interprétations, le comédien n'oublie pas de passer derrière la caméra, pour continuer à réaliser des courts-métrages. Il sort ainsi Tikitat-a-Soulima, en 2016. L'histoire est celle de Hassan, un garçon de 11 ans vivant à Azemmour. Il veut absolument se rendre au Cinéma Marhaba, qui projette Spiderman lors d'une dernière séance avant sa fermeture définitive. Il se battra pour récolter l'argent nécessaire.
«Ce film est le pont que j'ai toujours rêvé de mettre en place entre mes deux pays, nous affirme le réalisateur. Le travail sur ce projet a duré trois ans.»
En plus d'être un film qui met en avant la situation des enfants dans les villes mises à la marge, ce court-métrage expose la triste réalité des salles de cinéma au Maroc, comme nous l'explique Ayoub Layoussifi :
«On parle de cinéma marocain, mais on parle peu des salles de cinéma au Maroc. Notre pays est passé de 237 salles il y a des décennies à 37 actuellement. En 2008, la dernière salle obscure de Kénitra a fermé. C'est dire que nous avons des villes qui sont maintenant labellisées 'sans cinéma'!»
Par ailleurs, le réalisateur explique que le personnage principal du court-métrage est issu d'une famille monoparentale :
«C'est un hommage à toutes les mères célibataires qui font quotidiennement preuve de courage et de dignité. Nos sociétés sont violentes envers elles, mais elle se battent pour élever des enfants qui puissent être scolarisés et qui réussissent dans leur vie. C'est pourquoi dans le film, Hassan semble être un enfant un peu distrait. Il est très intelligent, mais il essaye de se trouver une place dans cette société qui marginalise sa mère.»
Une tournée internationale
Primé au Festival du film court francophone de Vaulx-en-Velin en janvier dernier, Tikitat-a-Soulima a également eu le Prix du meilleur scénario en mars 2017, lors du Festival national du film de Tanger. Il a décroché le Grand Prix du Festival Tasmit de Béni-Mellal, en avril 2017, puis le prix du public au Festival de Sidi-Kacem du court métrage marocain, le même mois, avec mention spéciale à Ilyass El Jihani qui a joué le rôle de Hassan.
Le réalisateur est fier du travail de ses acteurs dans ce film, notamment Fatima Zahra Bennacer (dans le rôle de la mère) et Ilyass El Jihani, révélé en 2015 par le cinéaste Mohamed Mouftakir, dans son opus à succès L'Orchestre des aveugles :
«Ce sont des comédiens incroyables. Fatima Zahra est actuellement la meilleure actrice marocaine de sa génération et Ilyass est un acteur-né !»
Depuis sa sortie, Tikitat-a-Soulima a été projeté également au Nigéria, en Corse, en Tunisie, en Italie, en Belgique ou au Bénin. Cette année, il est sélectionné à la 34e édition du Festival Vues d'Afrique à Montréal (Canada – avril 2018), au 1e Festival du film des femmes à Dakar (Sénégal – du 16 au 23 février), ainsi qu'en Suède, en Espagne, au Niger.
Ce n'est pas pour autant qu'Ayoub Layoussifi se laisse bercer par la gloire des tapis rouges. Il nous confie être déjà en train de travailler sur des nouveaux projets, notamment un premier long-métrage et une pièce de théâtre.


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