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Maroc : Sidi Haddi ou le «Saint Patron des fumeurs de Kif»
Publié dans Yabiladi le 13 - 07 - 2018

Les Haddawa ont particulièrement influencé le soufisme au Maroc. Cependant, leurs rituels et traditions mystiques ont été contestés par la société. Si les adeptes de ce courant ont quasiment disparu, la vénération de leur chef Sidi Haddi est toujours d'actualité.
Sidi Haddi ou Sidi Heddi est un de ces personnages mystiques de l'histoire du Maroc. Surnommé le «Sultan des mendiants» ou le «Père des pauvres», sa vie et son influence a intrigué de nombreux anthropologues. Selon la légende, Sidi Haddi serait né entre 1740 et 1805 à Aoufous, (dans la province d'Errachidia) sur les rives d'un affluent du Ziz, à 32 km au nord d'Erfoud.
Ce personnage est notamment connu pour avoir fondé la confrérie des Haddawa. Une secte où chaque membre aurait été dans l'obligation de consommer du cannabis ou d'absorber du ma'jon (mélange de semoule, de sucre, de muscade, de cannelle et de graines de kif pilées et généralement grillées) ou de l'opium, selon un rituel précis, pour s'adonner au «dhikr», qui désigne à la fois le souvenir de Dieu et la pratique qui avive ce souvenir.
Membres de la secte des Haddawa./Ph.DR
Selon de nombreux chercheurs, il serait en quelque sorte à l'origine de la sanctuarisation de l'espace historique de la culture de cannabis. Cela aurait été possible grâce à sa rencontre avec les Ketama, une tribu berbère Sanhadja, présente en Algérie mais également dans le nord du Maroc, durant la période médiévale, selon l'article «La culture du cannabis au Maroc : Entre l'économie et le religieux» (Revue Théologiques, 17(1), 185–202, 2009) de l'antrophologue Khalid Mouna.
Cependant, Sidi Haddi n'a pas toujours été tolérant envers la consommation de cannabis. Bien au contraire, il se serait même opposé à la consommation du kif et reprochait au saint Sidi Wanis de fumer du cannabis. Mais c'est finalement grâce à ce dernier qu'il changera d'avis.
René Brunel, un fonctionnaire français, connu pour ses nombreuses ouvrages anthologiques et ethnographiques sur l'Algérie et le Maroc, dédia un livre à cette confrérie ainsi qu'à son fondateur. Dans son livre «Le monachisme errant dans l'lslam, Sïdi Heddi et les Heddāwa» (Editions A. Bontemps, 1955), René Brunel raconte la rencontre entre Sidi Haddi et Sidi Wanis. Un jour, ce dernier invita Sidi Haddi à partager son narguilé. «Dès la première bouffée, Sidi Haddi oublia tout ce qu'il connaissait jusqu'alors. Sidi Wanis lui dit : "L'enseignement que tu as acquis en travaillant si dur et que tu viens de perdre en une bouffée de narghilé n'est pas la vraie connaissance". C'est à ce moment-là, qu'il fut "transporté vers une connaissance insoupçonnée"», raconte René Brunel.
La consommation de cannabis pour l'élévation spirituelle ?
Par la suite, vers le XVIII siècle, Sidi Haddi se dirigera vers les Ketama et rencontrera Sidi Hajj, l'autorité religieuse locale. Au tout début, la secte des Haddawa se fournira directement chez lui, utilisant ainsi l'élément religieux qui va permettre sa valorisation.
Pour sa qualité supérieure, les Haddawa affirmait que : «Khutna ketama, nas fǔhama kal'o raba way iharto nal-buhala al-kif u-t-taba (Nos frères Ketama sont des gens intelligents ! Ils défrichent la forêt pour planter le kif et le tabac destinés aux bǔhala [derviches])». (Derviches étant une personne suivant la voie ascétique soufie).
Selon les Haddawa, la consommation du cannabis facilite la récitation de Dhikr (répétition du nom ou des attributs de Dieu). Une pratique courante à beaucoup de confréries religieuses depuis le XVIè siècle.
En allant plus loin, les Haddawa offrent une explication religieuse mêlant le Prophète Mohammed en personne. «Sidi Mohamed, disent-ils, avait déjà dans un des hadiths annoncé au monde la découverte du chanvre indien (cannabis): on ne tardera pas à découvrir une herbe (asba) que les hommes se partageront comme nourriture (niξma)».
Rejetés par la société
La secte était mal perçue par la société marocaine de l'époque, car les membres de la confrérie étaient souvent décrits comme des vagabonds et des marginaux qui, malgré leur discipline, refusait l'enseignement du Coran et valorisaient le monachisme errant.
Autre curiosité, l'objet de culte des Haddawa était le chat. En effet, le félin a toujours eu une place importante dans les croyances de cette secte qui avait même instauré plusieurs rituels lui rendant hommage. Les membres de la confrérie, sous l'effet du Kif, portaient des peaux de chats, dansaient et imitaient les pas de l'animal. Pour le rituel, le plat de résistance était le chat.
Membre de la confrérie en train de mendier / DR
Cette adoration viendrait selon les historiens, de l'Egypte Antique où l'animal était sacré et avait même une déesse, nommée Bastet représentée soit comme un chat, soit comme une femme à tête de chat.
Une zaouia ouverte au grand public
En dépit des études et des théories sur la secte des Haddawa, leur histoire continue d'intriguer et de diviser les spécialistes. Une chose est sûre, leur influence est toujours présente dans la région. Il existe même un proverbe ketami qui dit :«Les Haddawa supportent la faim, mais ils ne supportent pas la privation de cannabis».
Mais de nos jours, la pratique a complétement disparue, même si l'influence et la notoriété de Sidi Haddi persiste encore. Dans sa thèse de doctorat, «Les producteurs de cannabis dans le Rif - Maroc : étude d'une activité économique à risque», Kenza Asfahi affirme qu'aujourd'hui encore, parmi les cultivateurs, certains se rendent en pèlerinage sur la tombe de Sidi Haddi, «Saint Patron des fumeurs de Kif».
Zaouïa de Sidi Haddi./Ph.DR
La zouia des Haddawa est à environ 2 kilomètres d'El Khemis des Beni Aros, non loin de Larache. Le sanctuaire est en forme de U autour d'une cour centrale, étroite. Le mausolée abrite les tombeaux de Sidi Heddi ainsi son ami et disciple Sidi Muley Jaib Er-Reddan.


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