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Un univers riche de métaphores, de symboles et d'images
Entretien avec l'écrivaine et traductrice italienne Berta Corvi
Publié dans Albayane le 03 - 09 - 2013

Entretien avec l'écrivaine et traductrice italienne Berta Corvi
Faire un entretien avec Berta Corvi en tant que poétesse, tractrice et femme de Lettres et des Arts est un voyage agréable .Un voyage vers d'autres lieux imaginaires, d'autres langues universelles, d'autres rêves et d'autres rêveries très séduisants. Des rêves et des rêveries construits par et à travers des mots, des beaux mots.Faire un entretien avec cette femme de Lettres et des Arts est une invitation ouverte pour les amoureux de la poésie et de la narration et des langues pour entrer dans un univers riche de métaphores, de symboles et d'images.
Alors entrons tous à cet univers.
Qui est d'abord Berta Corvi?
En 1965, Berta Corvi naît à Atri, un petit village dans le centre de l'Italie, bien que ses parents habitassent en Belgique, après y avoir émigré en 1963. En 1980, consécutivement au décès de son père, elle caresse le projet d'un retour dans sa nation d'origine. C'est en 1983, après l'obtention de son diplôme, qu'elle quitte Liège avec sa mère et sa sœur pour aller poursuivre ses études en Italie. Elle s'inscrit à l'université Gabriele d'Annunzio, précisément à la faculté de «Langues et littératures étrangères» de Pescara. C'est à cette époque-là qu'elle s'engoue des cours du spécialiste de poésie et de l'imaginaire, Jean Burgos, à la fois professeur émérite des Universités (Poétique) et Président honoraire de l'Université de Savoie (Chambéry). Il lui fait découvrir des auteurs jusque-là inconnus, Henri Michaux, Yves Bonnefoy et Saint-John Perse.
Vous, une poétesse qui aime construire son propre monde métaphorique. Parlez-nous de votre amour pour la poésie et de vos poèmes.
Les leçons remarquables de certains professeurs du lycée belge et de l'université italienne ont exercé une influence sur moi et ont déteint sur mes préférences poétiques et littéraires. À l'école primaire, je dévorais déjà beaucoup de livres, surtout des bandes dessinées et des romans compatibles avec mon âge. En grandissant, mes goûts se sont déplacés vers des ouvrages plus absorbants. Je me souviens que lorsque ma mère allait faire des courses dans les grands magasins, je l'accompagnais pour pouvoir passer une heure ou deux dans le rayon des livres. Je m'abandonnais dans un univers clos, je faisais le vide autour de moi pour m'abîmer temporairement mais vivement dans les rêveries produites par la lecture. Je devrais vénérer ma mère de son satisfecit et de son attitude approbatrice. Au départ, je me dis que la poésie me rebutait, qu'il fallait prodiguer beaucoup d'énergie mentale au niveau de la concentration et du raisonnement pour atteindre un résultat digne. Mais plusieurs épisodes vinrent marquer ma vie et m'exhortèrent à écrire. Ils me firent comprendre que la vie et l'écriture étaient deux choses sérieuses, et très souvent c'était la même chose, surtout si elles étaient ponctuées de moments forts. Je réfléchis alors au langage des écrivains et cherchai à perfectionner le mien. À vingt ans, le passage à la poésie se révéla spontané en moi. Mon cerveau commença à créer singulièrement des vers, sans cesse, sans que je les cherchasse ou que j'essayasse de les rendre propices. Depuis lors, ma poésie semble s'élever toujours plus. Quand on lit mes vers, on ne peut se passer de penser à une route de montagne qui monte sans arrêt, avec la tension et l'attention d'atteindre le refuge d'où jouir d'une vue prenante et enchanteresse, ou bien à une ascension vers le sommet si proche du ciel, derrière lequel se cachent des rêves, ceux d'une vie meilleure. Puis la descente devient plus simple, presque un soulagement. Mon écriture est universelle et digne d'être définie comme telle, elle donne matière à réflexion. J'aime m'abstraire provisoirement du monde pour me blottir dans le havre de la poésie, y bâtir un univers métaphorique en choisissant mots et ponctuation, en créant mélodie et harmonie. Lorsque je me promène dans les bois ou que j'observe la mer, assise sur le sable, je subodore alors un phénomène cabalistique, mes poèmes se matérialisent, les mots s'assemblent peu à peu dans ma fantaisie, toujours mentalement. Je sais comment favoriser dans mon âme l'éclosion de sentiments vigoureux, francs et absolus, toujours en mesure de déchaîner la naissance de vers ou de phrases. L'exercice physique, les promenades, le contact avec la nature concourent extraordinairement à «l'illumination». Quand je marche, je pense, je ris, je pleure, je maugrée, je prie entre le rythme des mots et les balades diurnes à travers les bois, les sentiers et la vie. L'adrénaline du mouvement est une espèce de séisme neural et elle provoque souvent une sorte d'extase spirituelle qui m'amène à créer. L'art, la poésie sont des étapes intermédiaires le long du voyage à accomplir. Je suis ravie que mes poèmes aient été sélectionnés et inclus dans le recueil d'auteurs variés «Viaggi Di Versi - Nuovi Poeti Contemporanei, numero 43» publié par la maison d'édition romaine «Pagine» que Elio Pecora préside. Dans ce recueil on lit le rythme entraînant et harmonieux de mon enfance heureuse: «Una rosea età era quella della mia infanzia, nelle mattine fulgenti piene di promesse», mais aussi des délices, de l'amour et de la volupté qui ont marqué ma vie d'adolescente: «Rinfrancata e pervasa di gioia, posso a piacimento immergermi nei miei sogni e nelle mie fantasticherie adolescenziali» et de femme: «Dopo l'incontro voluttuoso dei nostri corpi, che in un istante ci rendono eterni». Des expressions et des phrases comme «amore indissolubile», «uno sguardo colmo di amorevolezza», «i mormorii proibiti dei miei sogni», «il mio corpo non ha resistito», «fuggiamo dalle tempeste, dalle abitudini, per scoprire le latitudini dell'ebbrezza e della passione ...», «I nostri cuori simili a dei vulcani fremeranno focosamente, perdutamente» montrent l'empreinte de ma vie ardente, volcanique, de feu. Je libère et hypnotise le vers dans une fragmentation d'émotions réunies. Une langue personnelle et privée qui brûle «dans une ardeur qui sourit». Par l'écriture, la raison tente de dominer la passion, à la recherche d'une certitude. On sent la nostalgie du passé, de ce qui fut, hurlée et suffoquée: «Una rosea età era quella della mia infanzia, dove il cuore ingenuo ignorava lo smarrimento. Nessuna mestizia imperava nei miei occhi. Solo dopo sopraggiunse qualche sofferenza». Je suis toujours à la recherche d'une tendresse qui m'apaise. Ma poésie regorge de solitude «Nella brezza di questo scialbo mattino, me ne vado raminga, con aria assorta e passi ovattati», de retrouvailles «Il tempo aveva placato la nostra fiamma. Il tempo ci aveva fossilizzati in un silenzio sepolcrale. Ma ci siamo ritrovati», de silence «Mi trascino a stento in un silenzio lancinante e insoffribile», de cris «No, niente più pianti! Rido a denti stretti. Infine, segno un punto, per ricominciare tutto.» Mais dans le fond, elle est aussi allègre «Eppure tanto fascinosa è l'avventura della vita». Je suis une femme mue éternellement par l'amour et par la douleur. Chaque relation sentimentale est à l'origine de souffrances. Pourtant il suffit d'une seule joie pour abattre les élancements. Des verbes comme «si offusca, mi perdo... agogno che torni la luce... Per contemplare con te l'orgia dei colori... Sbarcheremo il lunario» accompagnent mon œuvre, faite de pensées profondément poétiques, d'une aventure vers un terrain fertile. Quelquefois la grâce m'appartient, quelquefois c'est plutôt la provocation, la furie, l'expression péremptoire quand je suis déçue. Mes mots sont comme un miroir, au-delà desquels il y a autre chose. Quel délice d'imprégner mes récits d'une ironie et d'un ton mordants! Voici une réplique finale d'un poème que j'ai écrit initialement en français et traduit, dans un second temps, en italien. Elle se base sur un substrat caustique: «Assez de larmoiements! Je ris du bout des dents. Enfin je marque le coup, pour recommencer tout». En conclusion, je mets succinctement en exergue une formule qui m'appartient: «Ah, que j'aime patauger dans la légèreté de la poésie!»
Vous êtes aussi une traductrice connue dans le domaine. Quels sont les livres que vous avez traduits?
À 19 ans, j'ai entrepris de travailler pour la région des Abruzzes comme traductrice. À la fin de mes études universitaires, je suis allée vivre dans le nord. J'ai été constamment à la recherche d'une appartenance. Je pense ne l'avoir jamais acquise. À Milan, j'ai été immédiatement embauchée comme enseignante d'anglais et de français pour des entreprises (secteurs télévisé, cinématographique, alimentaire, médical, cosmétique, électronique, de la mode et des transports) de la ville et de la périphérie. Je me suis fait remarquer grâce à mon sérieux, à mon caractère professionnel, à ma préparation et à mon optimisme. Les hommes et femmes d'affaires, les entrepreneurs, les médecins, les ingénieurs, et même les lycéens suivent mes cours avec diligence et intérêt. C'est pour moi, un motif d'orgueil. Ceux-ci me demandent quelquefois d'illustrer les fondements stylistiques de ma production en vers et de déclamer quelques-unes de mes poésies lyriques. J'obtiens ainsi de nombreuses satisfactions dans le domaine professionnel. Je suis aussi spécialiste dans la traduction technique, scientifique, légale et commerciale. En 1990, j'ai été appelée par la maison Winkler pour traduire un CDrom d'Astérix et Obélix et pour en expliquer les règles grammaticales. Il devait servir à des apprenants italiens. À partir de là, je n'ai cessé de traduire pour des agences spécialisées et pour des particuliers. Récemment j'ai transposé «Opaline» de l'italien au français («Opalines»), révélation amoureuse d'un homme à sa bien-aimée, «Les sept vagues de l'amour», du français à l'italien («Le sette onde dell'amore»), de l'auteur marocain Noureddine Mhakkak, qui sera bientôt publié en Italie, et le roman «Il fuoco dentro», de l'italien au français («Le feu intérieur»), de l'auteur italien Giovanni Andreoli pour lequel il existe un projet cinématographique en cours. J'écris aussi des comptes rendus et des notes de lecture pour l'écrivaine-chercheuse Stéphanie Michineau (pseudonyme Fanny Cosi). Les derniers concernent «Pensées en désuétude» et ont été publiés en France, en Italie et au Maroc.
Vous écrivez aussi pour le cinéma. Quels sont vos projets là-dessus?
En ce moment, je suis engagée dans l'écriture d'un roman basé sur une histoire vraie et destiné à une future adaptation cinématographique. Je préfère ne pas me faire lire dans les tréfonds de ma conscience. La confidentialité est de règle.
Dernier mot?
Je me promets de rendre mon projet réalisable: me faire connaître au Maroc tant par mes travaux en français que par mes travaux en italien et, pourquoi pas, comme enseignante de langues (en ligne). Monsieur Noureddine Mhakkak m'ayant accordé toute sa confiance, mon dernier mot va à lui. De gaieté de cœur, je tiens à le remercier de son obligeance.


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