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Un sophisme économique : Le coût du non Maghreb
Publié dans Albayane le 20 - 10 - 2010

L'excellente revue Economia dans sa livraison n°9, de juin-septembre 2010, a publié un article de Francis Ghilès, économiste à Barcelone, sur le coût du non Maghreb. Il n'est pas possible d'accepter, sans examen, la thèse de l'auteur. Il suffit d'un ordinateur et de statistiques pour calculer n'importe quel coût.
On peut calculer le coût de la non Somalie, par exemple ; ou celui de la non Belgique, si, comme c'est probable, Flandres et Wallonie se séparent ; ou le coût de la non Italie si le nord fait sécession ; et, plus proche de nous, imaginons le coût de la non Espagne si la Catalogne et le pays basque s'émancipent, hypothèse à ne pas écarter. On trouvera toujours de très forts arguments économiques pour écarter ces éventualités. Ils ne convaincront pas. Les intérêts économiques sont souvent subordonnés aux impératifs politiques. Ceci veut dire que le bon sens n'est pas un outil approprié pour faire de l'analyse économique. Car le bon sens est du domaine de l'abstrait ; or l'analyse économique est du domaine du concret et relève de l'observation du terrain. Or que nous dit Francis Ghilès ? Que le Maroc a tort, mille fois tort, de ne pas jouer la carte algérienne du transport du gaz vers l'Europe. Le Maroc est perdant sur tous les tableaux ; il perd en royalties qui lui auraient été versés ; il perd en gaz parce que celui qu'il achètera ailleurs qu'en Algérie sera plus cher. Voici ce que nous dit le bon sens de Francis Ghilès. Mais quelle est la réalité ? La réalité est que le gaz n'est pas un produit marchand comme les autres.
C'est un produit stratégique dont le prix est politique. Il suffit de voir ce qui se passe en Iran et en Irak.
Mais ce prix politique n'est pas à l'abri de bouleversements technologiques. Il faut suivre avec attention ce qui se passe aux Etats-Unis. Depuis quelques années, l'exploitation des schistes bitumineux s'est développée et fournit, en gaz, le marché intérieur américain. Les Etats-Unis importent de moins en moins de gaz et vont bientôt arrêter leurs importations de gaz liquéfié. On n'en est pas encore là, mais c'est la tendance lourde.
Le retrait américain du marché a fait baisser le prix du gaz. Le Canada va bientôt exploiter ses schistes. Or l'Espagne et la France ont des contrats de vingt ans pour la fourniture de gaz algérien. Ces deux pays souhaiteraient obtenir une baisse des prix du gaz algérien. Le refus algérien est catégorique. Le statu quo durera tant que le prix du gaz ne deviendra pas insupportable pour l'Espagne et la France. Les litiges ne manqueront pas. Dans ce contexte, le pays de transit n'a que des coups à prendre. Il suffit de voir ce qui se passe avec le gaz russe et les pays de transit, les récriminations, les menaces, les chantages. Le Maroc n'a pas pour vocation de devenir la Géorgie de l'Algérie ou de l'Espagne C'est pourquoi le Maroc a eu raison, mille fois raison de refuser le gazoduc. On ne vend pas sa tranquillité pour un plat de lentilles. D'autant que le Maroc a des schistes bitumineux et pourra sans doute les exploiter un jour. En matière économique, les certitudes définitives conduisent à des appréciations erronées.
Ceci étant dit pour le gaz, la construction d'un marché maghrébin est éminemment utile. Nous avons deux exemples à méditer ; celui du marché commun européen ; et celui du COMECON qui réunissait les pays socialistes européens ; ce dernier a échoué ; le premier a réussi ; on peut en déduire que seule, l'économie de marché ouvre des possibilités de croissance économique grâce aux échanges extérieurs ; les pays du Maghreb ont tout intérêt à accroître leurs échanges ; ils y gagneraient en prospérité.
Mais en quelle monnaie, régler les transactions ? Certes, pour le gaz, le paiement ne peut se faire qu'en dollars, c'est la règle générale. Mais comment régler les transactions sur les autres produits ? L'idéal serait d'effectuer les paiements en dirhams pour les Marocains et en dinars pour les Algériens, par exemple. Mais ceci, pour le moment, est impossible ; car l'exportation du dirham comme du dinar est interdite.
Elle est interdite parce que les taux de change des deux monnaies sont administrés ; ils ne correspondent pas à la vérité des marchés. Pour développer les échanges intra maghrébins, il faudrait qu'on trouve des dirhams en Algérie et des dinars au Maroc, par exemple, ainsi que les autres monnaies maghrébines ; c'est alors que les échanges augmenteraient pour le plus grand bénéfice de tous ; on en est loin ; ce n'est même pas été à l'ordre du jour.
Revenons à l'exemple du marché commun européen ; les pays s'y sont préparés dès 1945. Ils y ont été incités par les Etats-Unis. Les pays européens ont commencé par échanger dans le cadre d'accords bilatéraux ; ils ont ensuite confié la gestion de ces accords bilatéraux à la Banque des Règlements Internationaux, spécialement créée à cet effet. Celle-ci a transformé les accords en un seul accord multilatéral. Pour cela, il a fallu treize ans, au terme desquels, en 1958, fut signé le traité de Rome.
Les pays maghrébins ont bien signé des accords bilatéraux entre eux ; mais ils ne sont jamais passés à la phase de création d'une banque des règlements magrébins. Tout reste à faire. C'est pourquoi, même si les rapports algéro-marocains étaient au beau fixe, les échanges commerciaux entre des pays seraient restés insignifiants. Car la réforme du taux de change n'est pas faite ; elle n'a même pas à l'ordre du jour.
Malgré la fermeture des frontières, les échanges entre les deux pays sont relativement intenses. Ils passent par la contrebande. L'économiste n'a pas à adopter le point de vue du moraliste. La contrebande réduit les recettes douanières, mais augmente les revenus des plus démunis ; elle les augmente de deux manières : elle procure des revenus à des personnes qui n'en ont pas ; ceux-ci, par ailleurs, vendent des produits à bon marché, ce qui augmente les revenus des acheteurs consommateurs ; par là, elle contribue à stabiliser l'indice du coût de la vie en assurant un approvisionnement des marchés à bon prix. Dans une économie publique administrée, la contrebande représente la réalité du marché : la fixation des prix se fait librement, ce qui donne des prix réels et efficients.
La contrebande est la protestation des pauvres gens contre l'économie administrée qui sécrète des prix artificiels et des rentes de situations qui, elles, sont profondément immorales.
Notre estimé économiste catalan n'a pas vu la complexité de ces problèmes ; mais son propos est peut-être d'affirmer que les Marocains ne comprennent rien à rien et n'ont pas leur intérêt bien compris en vue. A mon avis, il se trompe.


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