La Commission de l'UA appelée à jouer un rôle dans le renforcement de l' efficacité du Processus intergouvernemental    La Kafala, objet d' une circulaire du procureur général    Nasser Bourita s'entretient avec Olivér Várhelyi    600 infractions à la réglementation sur les produits alimentaires constatées durant Châabane    L'activité portuaire poursuit sa tendance baissière à fin mars    Au moins huit morts dans une fusillade à Indianapolis    L'Egypte réitère son soutien à notre intégrité territoriale    Le Kremlin juge " positif" que Biden, comme Poutine, souhaite renforcer le dialogue    La liste des athlètes marocains qualifiés pour les JO de Tokyo sera annoncée en juillet    L'efficacité des vaccins chinois remise en question    Qui est Frank Grillo, le nouveau monsieur muscles de Hollywood ?    "Raya " , "Godzilla vs Kong " : les sorties directes sur petit écran se multiplient    Jeux Olympiques de Tokyo / Football : Tirage des groupes le 21 avril    Real Madrid: clap de fin pour Sergio Ramos    Nucléaire : l'Iran a commencé à produire de l'uranium à 60 %    Maroc/Covid-19 : 7 décès et 587 nouvelles contaminations en 24h    Intempéries: Khouribga sous l'eau (PHOTOS)    Coupe de la CAF : Le Raja en Tanzanie sans ses cadres    Il n'y a pas que la Covid-19, Aubameyang hospitalisé à cause de la malaria    Ramadan 2021 : 2M s'accapare 45% de l'audience télévisuelle en prime time    Quant Ali Aarass fournissait des armes à feu au mouvement des moudjahidines du Maroc    Tanger: un centre affilié au ministère des Habous vandalisé    Al Hoceima : un jeune homme rompt son jeûne en public    Barça: l'offre de Laporta à Messi    Coronavirus : 40 arrestations lors d'une manifestation pour réclamer la tenue des prières surérogatoires, tarâwîh    Le roi Mohammed VI écrit à la reine du Danemark    Maroc : Africa Business School lance à nouveau le mastère spécialisé en action publique    Botola Pro : Le WAC tenu en échec par le MCO    La généralisation de la couverture sociale, un projet avant gardiste en Afrique et dans le monde arabe    Piratage : Londres "gravement préoccupé" par des "activités malveillantes" de la Russie    3ème promotion de Madaëf Eco6 : la Société de Dévelopement Saïda annonce les lauréats    L'Icesco lance la 2e édition de ses programmes ramadanesques    La BVC débute en hausse    Les radios historiques de Fès et Tanger désormais en 24/24    L'Académie du Royaume du Maroc publie « Tebraâ », un recueil qui célèbre la poésie féminine Hassanie    6 chantiers et 31 projets prévus : La Douane dévoile son plan stratégique 2023    Votre e-magazine Challenge du vendredi 16 avril 2021    Versement des bourses d'études aux stagiaires de l'OFPPT à partir du 15 avril    Coronavirus : le Maroc suspend ses liaisons aériennes avec 13 nouveaux pays    Covid-19 : le Maroc suspend ses liaisons aériennes avec treize nouveaux pays    Généralisation de la protection sociale : Les réactions des agriculteurs (reportage)    Météo : Pluies et averses orageuses sur plusieurs régions ce vendredi 16 avril    Conseil de gouvernement : Adoption d'un projet de décret relatif à l'organisation judiciaire    Maroc - Egypte : M. Bourita s'entretient avec son homologue égyptien    «Trilogie Marocaine 1950-2020» au musée national de Madrid    «Je me suis engagé à faire entendre la voix des habitants des montagnes»    USA / Affaire Daunte Wright : la policière impliquée est inculpée d'homicide involontaire    Le Festival du rire de Casablanca du 15 au 18 avril    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





A dire vrai... Lettre à mon ami tunisien
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 05 - 02 - 2014

Je devais t'écrire le lendemain du 14 janvier 2011. Pourquoi ne l'ai-je pas fait à ce moment-là ? Est-ce la surprise de voir ce que tu as accompli ce jour-là ? Je ne m'attendais pas à ce qu'un jour tu…, allez, je vais te le dire crûment.
Je ne te connais pas belliqueux, va-t'en guerre, bagarreur. Tu es plutôt pacifique, conciliant, civilisé quoi. Tels les peuples à la longue histoire et la riche civilisation.
Je ne m'attendais pas à ce que tu secoues la chape de plomb qui te couvrait depuis près d'un demi-siècle. Les régimes autoritaires qui se sont succédé t'avaient bâillonné. Mais tu t'en accommodais, pourvu qu'ils s'occupent, sinon de ton bonheur, du moins de ton bien-être matériel même si, avoue-le, cela fut au prix de ta liberté d'expression.
Et, au moment où l'on s'y attendait le moins, un simple marchand ambulant, que dis-je, un courageux et héroïque jeune homme de 19 ans redressa l'échine, leva la tête et réclama tout haut son droit à une vie décente. Rappelle-toi, Bouazizi, de son vrai nom Tarek, vendait faute de mieux des fruits et légumes dans les rues de Sidi Bouzid, seul revenu d'une famille de sept enfants. Il rêvait de s'acheter une camionnette pour remplacer sa charrette. Il devait constamment verser des pots-de-vin à une administration vorace et corrompue qui lui confisquait son seul moyen de survie pour un oui ou pour un non. Amère réalité.
Le 17 décembre 2010, on saisit une fois de plus son outil de travail, une charrette et une balance. Humilié, écœuré, il s'immole ce jour-là devant ses harceleurs, puis s'éteint le 4 janvier 2011.
L'acte désespéré de Bouazizi a sonné ton réveil. Tu as reconnu le signe du destin, tel que prédit par le grand Victor Hugo : « Les grandes révolutions naissent des petites misères comme les grands fleuves des petits ruisseaux ». Et là, tu as fait l'inattendu.
Tu es descendu dans la rue, exprimé ta colère, et occupé l'espace public jusqu'à ce que l'omnipotent et inamovible dictateur ait « dégagé » dix jours plus tard, le 14 janvier 2011. Ce faisant, tu as écrit dans les annales de l'Histoire une des rares révolutions qui se soient déroulées en douceur, que ne peut revendiquer nul rebelle surexcité, nul philosophe des lumières, nul leader charismatique. Pas même Bouazizi qui, loin de se poser en martyre pour l'avènement d'une hypothétique démocratie, voulait juste qu'on le laisse tranquille pour s'occuper d'une famille nombreuse.
Du coup, tu as effacé cette odieuse image de l'Arabe condamné au choix étriqué entre l'extrémisme religieux et la dictature laïque comme régime politique. Pour cela, tu mérites la reconnaissance de toute une nation. Depuis, ton exemple a fait des émules, un sujet dont je te parlerai une autre fois.
Pour l'heure, si je suis revenu sur ces événements que tu connais bien, c'est d'abord pour mesurer d'où tu es venu et à quoi tu es parvenu, en ayant eu l'intelligence d'éviter le sort prédit aux révolutionnaires par Pierre Victurnien Vergniaud : «La Révolution est comme Saturne : elle dévore ses propres enfants». Et, en dépit des vagues de violences nourries par la misère qui éclatent ici et là, la Tunisie, berceau du Printemps arabe, a réussi avec bonheur à ne pas basculer dans le chaos.
Ensuite, et surtout, pour te féliciter d'avoir adopté le 26 janvier dernier, trois ans après le sacrifice de Bouazizi, une Constitution parmi les plus progressistes du monde arabe. Par bonheur, laïcs et religieux ont fait montre d'intelligence durant cette période critique. Ils ont appris à vivre ensemble, et compris que la survie du pays dépend d'un consensus national, non d'une confrontation sociale. Cette intelligence a produit un savant mélange entre laïcité et «islamité» que l'on retrouve dans la consécration de la liberté d'expression et d'opinion, l'égalité des citoyens et des citoyennes en droit, le principe de parité homme-femme dans les assemblées élues, la prohibition de la torture physique et morale, l'impossibilité pour le législateur de réviser les dispositions constitutionnelles en matière des droits de l'Homme.
Ce savant mélange a fait de l'Etat le gardien de la religion, le garant de la liberté de conscience et de croyance et du libre exercice du culte, le protecteur du sacré, le garant de la neutralité des mosquées et des lieux de culte par rapport à toute instrumentalisation partisane. De même, l'Etat s'est engagé à diffuser les valeurs de modération et de tolérance, à protéger le sacré de toutes violations, à proscrire l'accusation d'apostasie et à s'opposer à l'incitation à la haine et à violence.
Bravo donc cher ami tunisien pour ta nouvelle Constitution. Elle jette les fondements d'un Etat démocratique, et offre un modèle pour certains pays qui se débattent encore dans les turbulences laissés par ta révolution du jasmin.
Mon enthousiasme peut paraître excessif. J'en conviens. Car, tout texte élaboré par les humains est perfectible. Ta nouvelle Constitution n'y échappe point. En attendant, tous mes vœux t'accompagnent dans ton cheminement à venir vers l'enracinement des valeurs qu'elle consacre dans les pratiques quotidiennes, afin que cette rive sud de la Méditerranée soit le havre de paix auquel aspirent ses peuples.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.