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Les livres de la semaine
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 19 - 03 - 2004

Des enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes et forment une tribu biscornue. Paulo Coelho fait ressusciter une ancienne légende péruvienne évoquant une ville où tout le monde était heureux. Tout comme ce grand-père et son petit-fils, deux buveurs d'infini, d'une part, puis ces sept sœurs réunies sous le même toit, de l'autre.
«Les Coloriés», Alexandre Jardin
En 1975, un naufrage au large de l'île de la Délivrance laisse peu de survivants, abandonnant à leur sort une petite tribu d'enfants qui a tôt fait de se débarrasser du dernier adulte. Livrée à elle-même, cette curieuse société va s'éduquer par le jeu, et se baptiser les « Coloriés », en référence à leur corps qu'ils se peignent à la gouache.
Vingt-cinq ans plus tard, Dafna, une jeune Coloriée, quitte l'île pour partir à la recherche de sa mère. Elle débarque en France et sème la pagaille chez les « Adultiens ». Comme un enfant, elle refuse d'obéir, se laisse aller à ses caprices, s'endort quand ça lui chante, change d'humeur, et surtout, dit ce qu'elle pense. C'est Lulu, la fille d'Hyppolite Leplay, un ethnologue fantaisiste, qui finit par la recueillir ; et, pour la première fois, un adulte s'intéresse vraiment à elle. Les manières de Dafna, alliées à son superbe corps de jeune femme, troublent l'ethnologue qui croit d'abord avoir affaire à une simulatrice. Mais conquis, il va lentement l'apprivoiser et en tomber amoureux - le jeu préféré des Coloriés. À ses côtés, il perd progressivement ses habitudes d'Adultien, mais a bien du mal à se faire à la grammaire amoureuse de l'enfance. Infidélité et séduction permanente sont des règles qu'il a bien du mal à admettre.
Mais voilà que brusquement Dafna disparaît. Elle n'a pas réussi à s'acclimater… Désespéré, Hyppolite part rejoindre Dafna. Mais, sur l'île, il se heurte vite à la méfiance des Coloriés envers les adultes. Après mille épreuves, il se fait accepter, retrouve Dafna et convainc les Coloriés qu'il ne menace pas leur monde.
Malheureusement l'aventure prend fin, un bateau militaire vient le chercher pour le ramener en France. À bord, au bout d'une heure à peine, il s'aperçoit qu'il ne supporte plus le monde « civilisé », et plonge pour retrouver les Coloriés…
Utopie aux personnages attachants, Les coloriés est une fable ébouriffante. Alexandre Jardin, en observant l'enfance avec un regard ethnologique y a reconnu une société à part entière et a fait de ses règles, tabous et modes d'organisation la matière première de sa rêverie. Le jeu, dans «Les Coloriés», commande l'action, et tout le roman ressemble à une longue course-poursuite, où désir et entrechats amoureux occupent bien sûr la première place.
«Maktub», Paulo Coelho
Une ancienne légende péruvienne évoque une ville où tout le monde était heureux. Les habitants faisaient tout ce qu'ils désiraient et ils s'entendaient bien entre eux - à l'exception du préfet, qui déplorait de ne rien diriger du tout.
La prison était vide, le tribunal ne servait jamais, et le notaire ne faisait aucun profit car la parole donnée avait davantage de valeur que le papier. Un jour, le préfet fit venir de loin des ouvriers qui élevèrent une palissade au centre de la place principale. Pendant une semaine on entendit les marteaux frapper et les scies couper le bois.
Puis le préfet invita tous les habitants à l'inauguration. Très solennellement, la palissade fut enlevée et l'on vit apparaître... une potence.
Les gens se demandèrent ce que cette potence faisait là. Effrayés, ils se mirent à recourir à la justice pour toutes sortes de problèmes qui étaient auparavant résolus d'un commun accord. Ils allèrent trouver le notaire pour enregistrer des documents auxquels autrefois la parole se substituait. Et ils écoutèrent ce que disait le préfet, car ils craignaient la loi.
La légende précise que la potence ne fut jamais utilisée. Mais sa seule présence avait suffi pour tout changer.
« Un sorcier africain conduit son apprenti dans la forêt. En dépit de son âge, il marche avec agilité, tandis que l'apprenti glisse et tombe à tout instant. Celui-ci blasphème, se relève, crache sur le sol qui le trahit, mais continue à suivre son maître.
Après avoir longtemps marché, ils arrivent dans un lieu sacré. Sans même s'arrêter, le sorcier fait demi-tour et reprend la route en sens inverse. « Vous ne m'avez rien enseigné, aujourd'hui, objecte l'apprenti, après une nouvelle chute.
– Je vous ai enseigné quelque chose, mais on dirait que vous n'apprenez rien, réplique le sorcier. J'essaie de vous enseigner comment on traite les erreurs de la vie.
– Et comment les traite-t-on ?
– De la façon dont vous auriez dû traiter les chutes que vous avez faites. Au lieu de maudire l'endroit où vous êtes tombé, vous auriez dû chercher ce qui vous avait fait glisser. »
Maktub est un recueil d'histoires, de paraboles qui, si elles n'ont nullement la prétention de constituer un apprentissage, représentent un trésor coloré de sagesse en fragments. Ces courts textes, inspirés à l'auteur par les sources et folklores les plus divers, sont nés d'une contribution de Paulo Coelho au quotidien brésilien la Folha de São Paulo. Devant le succès rencontré par la rubrique, l'auteur a décidé de sélectionner ses textes préférés pour offrir à ses lecteurs du monde entier ce Maktub, approfondissant par le jeu d'une mosaïque son message immuable : celui de la légende personnelle et des enseignements de l'âme du monde.
«Les Buveurs d'infini», Gilles Laurendon
À la fin du XVIIe siècle, Salmanazar, un vagabond de génie, parcourt une Europe ruinée par les guerres en se faisant passer pour un habitant de Formose, pays presque inconnu à cette époque. Il pousse la supercherie jusqu'à inventer une langue imaginaire, rédige un ouvrage qui stupéfie ses contemporains et provoque d'incroyables disputes parmi les savants. Sa description de Formose, totalement inventée et délirante, lui vaut les honneurs des plus grands. À Londres, Psalmanazaar devient la coqueluche de la haute société. Et l'on voit bientôt les nobles anglicans réciter leurs prières du soir... en formosan.
Cette histoire extraordinaire nous est contée par deux personnages, tout aussi singuliers, un grand-père et son petit-fils, Simon, deux buveurs d'infini, qui se lancent dans une entreprise hasardeuse « Apprendre à rire de tout et n'être dupe de rien » !
Méditation douloureuse et drolatique sur l'Histoire, ce roman, qui bouleverse les procédés habituels de narration et s'inscrit dans le droit fil des contes voltairiens, est aussi un vibrant cri d'amour pour la littérature et une poignante confession de l'auteur.
Gilles Laurendon est romancier et éditeur. A vingt-quatre ans, il publie un premier roman, «Sandor», salué unanimement par la critique, puis, un an plus tard, un court récit, La Feuille, finaliste du prix Fémina, du prix Roger-Nimier et du prix de la Vocation.
Passionné de cuisine, il connaît depuis plusieurs années un grand succès public en publiant avec sa femme des livres d'humeur vagabonde qui mêlent littérature et gastronomie (La Cuisine des fées, Recettes et autres histoires de poules...). Ces ouvrages, primés en France et à l'étranger, sont traduits dans le monde entier et sont rapidement devenus des références dans l'univers du livre illustré
«Les Sœurs Delicata», Geneviève Brisac
Elles sont sept. Sept petites filles, dans un grand appartement, avec leurs parents et leur grand-mère (une « princesse russe orthodoxe»), pendant la semaine de Noël.
Y a-t-il plus beau moment que cette attente de Noël?
Mais voici que se produisent des événements étranges et graves : une rencontre dans une église, une visite à la Villa des Pins (la clinique des « malades du chou »), la disparition soudaine de la mère, l'arrivée d'une deuxième grand-mère et la mort de la première, la révélation de la liaison entre la père et la gouvernante, Méta. Sombre Noël…
Empruntant la forme du conte, Geneviève Brisac la détourne – à la manière de Karen Blixen dans Les 7 Contes Gothiques – en y projetant les obsessions de ses premiers romans : la peur de voir le monde s'effondrer, emportant avec lui ceux que l'on aime ; le mystère du bien, qu'il faut faire « sans cesse, sans le dire et sans y penser». Et la nécessité de s'orienter dans nos vies « perpétuellement stables et instables, arrêtées et mobiles. »


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