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Fès : ambitions d'une cité
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 28 - 05 - 2004

Fès est une ville en crise. Aujourd'hui, sa population est passée de 150 mille habitants dans les années 40 à un million, faisant de Fès la troisième ville du Maroc. Historiquement, 95% des « Fassis » ont émigré et ses actuels habitants sont des paysans du Rif. En effet après l'indépendance, les hommes d'affaires émigrent à Casablanca et les hommes politiques et les intellectuels à Rabat.
Les palais sont désertés et les belles demeures de la médina tombent à l'abandon.
La médina, considérée comme l'une des perles de l'urbanisme arabo-musulman, a été la première à subir cette dégradation. Depuis plusieurs années, cet espace unique au monde est au centre d'une réflexion concernant sa sauvegarde et sa gestion.
Les pouvoirs publics et plusieurs organisations internationales tentent de freiner cette descente aux enfers. Nombreux sont les monuments qui ont été restaurés ou sont en cours de travaux : la mosquée Quaraouiyne, qui abrite la plus vieille université du monde, la place Néjarines, avec sa fontaine et son fondouk, la médersa Bouanania; la zaouïa, ou mausolée, de Moulay Idriss; les médersas El-Attarine et Charatin, que l'on atteint en parcourant la Talaâ Kébira, la Grande Montée, grande artère que rejoignent après mille zigzags les ruelles où travaillent tanneurs, teinturiers, tailleurs, dinandiers ou marchands d'épices. Avec une population qui s'élève à plus de 200.000 habitants, la médina est un espace vivant qui abrite plus de 60% des activités économiques de l'agglomération. Elle compte ainsi pas moins de 9600 unités d'activités, majoritairement dans les secteurs de l'artisanat.
Le rythme de dégradation de la ville a été marqué par plusieurs phases : abandon, mauvaise restauration et occupation inadéquate des lieux, accentué par une dégradation des infrastructures et des équipements socio-éducatifs.
Les dysfonctionnements et les carences du tissu de la Médina sont multiples : perturbation de l'organisation urbaine, dégradation du bâti, réseaux défectueux, problèmes environnementaux... Le premier projet d'intervention sur la médina voit le jour en 1997 sous l'appellation « projet de réhabilitation ». Ce dernier a été financé par la Banque Mondiale et piloté par l'Agence de dédensification et de réhabilitation de la Médina, chargée de mener les études et exécution relatives au tissu de la Médina. Si, aujourd'hui, la Médina de Fès apparaît comme un trésor dont la sauvegarde intéresse toute l'humanité, le mérite en revient avant tout à ceux qui ont construit cette cité, ses monuments et ses demeures et qui n'ont jamais cessé de l'embellir au cours de ses douze siècles d'existence. Un tel cadre de civilisation ne peut être préservé et réhabilité qu'avec la participation de ces mêmes artisans, recrutés en nombre suffisant dans les divers corps de métier. Et la Médina en regorge.


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