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Le mariage qui nécessite le viol des tombes
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 24 - 12 - 2002

Pour répondre aux besoins de ses clientes, une voyante n'hésitait pas à se rendre aux cimetières pour porter atteinte aux morts et violer les sépultures.
Il ne reste, ce jour de novembre, que quelques minutes pour la fermeture du cimetière, à Kasbat Tadla. Le gardien est encore assis sur une chaise en train de converser avec une personne dont il vient de faire la connaissance, il y a quelques jours. Soudain une femme vient interrompre la conversation. Elle s'apprête à accéder au cimetière. Elle était en compagnie d'une jeune fille très maigre.
«Nous avons fini Madame… Nous fermons les portes dans quelques minutes», lui lance le gardien.
La femme, une quinquagénaire, se tient devant lui, un sachet en plastique noir dans la main, lui demande de patienter pour quelques minutes, le temps de visiter la tombe d'un défunt. Le gardien lui explique qu'il doit fermer les portes dans quelques secondes.
«Le temps de rendre visite à mon voisin, s'il vous plaiî, que Dieu vous garde en bonne santé», le supplie-t-elle.
«Allez entrer et faites vite», lui ordonne-il.
La femme rentre en compagnie de la fille. Elles s'arrêtent entre deux tombes. La femme s'incline et la fille se tient debout près d'elle.
A ce moment, le gardien rentre chez lui pour préparer deux verres de thé pour lui et son ami.
L'ami du gardien se rend compte que la femme creuse entre les deux tombes et met la poussière dans un sachet en plastique noir. Quand elle s'est levée, elle a remarqué que l'homme la regardait. La fille qui semble monter la garde lui confirme: «Il ne nous a pas quittées de ses yeux depuis que nous sommes rentrées… ».
Le gardien rejoint son ami. Ce dernier lui confie : « J'ai remarqué que cette femme n'implorait pas Dieu et ne pleurait pas, mais qu'elle creusait la terre entre deux tombes…».
«Tu n'as pas vu ce qu'elle faisait au juste ? », lui demande-t-il.
«Elle creusait…», lui confirme-t-il.
Le gardien avance vers elle. La femme remarque qu'elle leur a mis la puce à l'oreille; elle jette le sachet en plastique noir, tente de rebrousser chemin avec la fille. Mais le gardien les a empêchées de sortir.
«Pourquoi ?», lui demande-t-elle en tremblant.
«Où est le sachet en plastique que vous portiez lorsque vous êtes entrée?…».
«Quel sachet ? je n'avais pas de sachet, non, je n'avais rien à la main», lui répond-elle.
«Si, vous en aviez un», lui confirme-t-il.
Le gardien la saisit par le bras, la pousse vers le lieu où elle était. Là, il remarque un petit trou rectangulaire qui ressemble à une petite tombe.
«Pourquoi creusiez-vous cette tombe ? ».
Elle commence à le supplier de la relâcher, de la laisser s'en aller. Il lui semble qu'elle tente d'enterrer un nouveau-né.
« Non, je n'avais pas de nouveau-né… », lui précise-t-elle.
Il alerte aussitôt la police judiciaire. Elle arrive en quelques minutes.
«Elle avait un sachet en plastique noir», leur a-t-il affirmé. Les enquêteurs commencent un ratissage des lieux; enfin, ils trouvent le sachet. Il renferme de la poussière.
«C'est quoi ça ?», lui demande le chef de la brigade.
La femme écarquille ses yeux sans répondre.
Ils l'ont conduite vers le commissariat pour l'interroger.
D'une question à l'autre, elle finit par passer à table : «Je suis une voyante…Je demeure à Marrakech…».
Elle s'appelle Hniya. Ce n'est pas la première fois qu'elle a été arrêtée en train de creuser entre des tombes. «J'ai déjà purgé une peine de trois mois de prison ferme pour les mêmes motifs à Marrakech», répond-t-elle.
Hniya ne creuse pas entre n'importe quelles tombes. Elle choisit les tombes où de nouveaux défunts ont été ensevelis. Pourquoi ?
Elle a affirmé aux enquêteurs : «Cette poussière permet aux filles célibataires de se marier…».
Le tribunal de première instance de Kasbat Tadla a jugé Hniya coupable pour acte portant atteinte au respect dû aux morts et pour viol d'une sépulture et l'a condamnée à six mois de prison ferme.


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