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Législatives en Côte d'Ivoire : le pouvoir et l'opposition se disputent l'annonce de la victoire
Publié dans Barlamane le 08 - 03 - 2021

Ces déclarations sont intervenues alors que la Commission électorale indépendante n'a pas fini de compter les bulletins de vote.
Le pouvoir et l'opposition ont revendiqué, dimanche 7 mars, leur victoire aux législatives de la veille en Côte d'Ivoire, avant la proclamation des résultats par la Commission électorale indépendante (CEI), qui continue de compter les bulletins de vote. Pour la première fois depuis dix ans, l'ensemble des principaux acteurs politiques ont participé à ces législatives, laissant espérer qu'elles permettent d'apaiser la vie politique d'un pays à l'histoire récente marquée par de fortes tensions et les violences électorales.
«Notre objectif était de remporter autour de 60 % des sièges, nous y sommes », a déclaré Adama Bictogo, numéro deux du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir). «Notre parti sortira vainqueur avec une majorité confortable», a-t-il ajouté.
En début d'après-midi, Niamkey Koffi, coordinateur général pour les législatives du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, principal parti d'opposition), avait lui aussi revendiqué la victoire. «Nous pensons être autour de 128 sièges avec nos alliés», a-t-il affirmé, soit juste la majorité des 255 députés de l'Assemblée nationale. Le PDCI, de l'ex-président Henri Konan Bédié, a formé une alliance avec Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), une coalition regroupant les partisans de l'ex-président Laurent Gbagbo et dominée par son parti, le Front populaire ivoirien (FPI).
«L'opposition n'est plus audible»
Ces deux déclarations sont intervenues alors que la CEI, chargée de la proclamation des résultats, n'en avait annoncé dimanche soir qu'une partie. «Notre inquiétude, c'est la manipulation des résultats», a dit M. Koffi, mettant en garde «le gouvernement contre toute tentative qui fausserait la sincérité du scrutin». Il a dénoncé «des résultats provisoires émaillés de tricheries, de tripatouillages, de manipulations», ainsi que « des tentatives d'inversion des résultats » dans plusieurs grandes villes et circonscriptions importantes où le PDCI et le RHDP revendiquent la victoire.
Il a listé les communes de Yopougon, Abobo, Port Bouët et Marcory à Abidjan, la capitale politique, Yamoussoukro, la cité balnéaire de Grand-Bassam, ainsi qu'Agboville, où se présentait le numéro deux du parti au pouvoir, Adama Bictogo. Ce dernier a récusé les accusations de fraudes. «Ils sont dans leur logique, la logique des perdants», a-t-il affirmé, ajoutant : «L'opposition n'est plus audible.»
Selon M. Koffi, le taux de participation « ne dépasse pas 20 % » au niveau national – contre officiellement 34 % aux précédentes législatives de 2016 –, en raison des «craintes de violences» qui ont dissuadé les électeurs d'aller voter. «La population n'a pas manifesté un réel intérêt pour cette élection», a indiqué, sans donner de chiffres, Indigo, une organisation ivoirienne qui avait déployé 500 observateurs dans tout le pays.
Le grand retour du FPI
Les législatives de samedi se sont dans l'ensemble déroulées dans le calme, contrairement à la présidentielle d'octobre 2020, marquée par des violences, avant et après le scrutin, qui avaient fait 87 morts et quelque 500 blessés. Ce scrutin avait été boycotté par les partis d'opposition, et le président Alassane Ouattara avait été réélu avec plus de 94 % des voix pour un troisième mandat controversé.
Le vote de samedi a marqué le grand retour du FPI, qui boycottait tous les scrutins depuis l'arrestation de M. Gbagbo, en avril 2011 à Abidjan, et son transfert à la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, après des violences post-électorales ayant fait quelque 3 000 morts. Après son acquittement, en janvier 2019, il a été remis en liberté conditionnelle et vit depuis à Bruxelles. Ses partisans attendent avec impatience son retour, que M. Gbagbo a récemment annoncé pour «bientôt».
L'enjeu des législatives, pour les partis d'opposition, est d'obtenir suffisamment d'élus à l'Assemblée nationale pour empêcher «la consolidation d'un pouvoir absolu» du président Ouattara et de son parti. Pour poursuivre la politique de «réformes» du chef de l'Etat, le RHDP entend quant à lui conserver sa majorité absolue de 167 sièges sur 255, obtenue en décembre 2016 alors qu'il était allié au PDCI.
Le scrutin s'est tenu sans le premier ministre, Hamed Bakayoko, dont l'hospitalisation à Paris depuis le 18 février a été prolongée. Selon la CEI, il a été réélu dans son fief de Séguéla (nord).


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