Face à l'appel de Donald Trump à mobiliser l'Alliance atlantique pour rouvrir le détroit d'Ormuz, le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Japon et l'Australie ont opposé une fin de non-recevoir collective. L'Europe, elle, cherche une voie alternative autour de la mission Aspides, sans parvenir à dégager un consensus. Le détroit d'Ormuz est fermé, les prix du brut s'envolent, et Donald Trump s'impatiente. Depuis que le conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran a provoqué le blocage de ce corridor maritime par lequel transite une part considérable des hydrocarbures mondiaux, le président américain multiplie les appels du pied à ses alliés. En vain, pour l'instant. Lundi, un front du refus s'est clairement dessiné, des capitales européennes aux partenaires indo-pacifiques des Etats-Unis. L'OTAN hors jeu, par principe Le Premier ministre britannique Keir Starmer a tranché lors d'une conférence de presse : la réponse au blocage du détroit «ne sera pas et n'a jamais été envisagée comme une mission de l'OTAN». Londres privilégie une «alliance de partenaires» associant pays européens, Etats du Golfe et Etats-Unis, sans passer par le cadre institutionnel de l'Alliance atlantique. Berlin a tenu un discours identique. Le porte-parole du gouvernement Stefan Kornelius a rappelé que l'OTAN est «une alliance pour la défense du territoire» de ses membres, et qu'il «manque le mandat» pour toute intervention extérieure. Le ministre de la Défense Boris Pistorius a exclu toute participation militaire allemande, tout en se disant prêt à agir «par la voie diplomatique». Le Japon et l'Australie, pourtant alliés historiques de Washington dans l'Indo-Pacifique, ont eux aussi écarté tout envoi de moyens militaires dans la zone. Trump met la pression, peu en sont ébranlés Face à ces refus en cascade, le président américain a durci le ton, affirmant qu'il serait «très mauvais» pour l'OTAN que ses membres — notamment ceux qui dépendent du pétrole transitant par le détroit — refusent de se mobiliser. Une rhétorique de la pression qui n'a guère convaincu. Seuls les ministres des Affaires étrangères lituanien et polonais, fidèles à leur tradition atlantiste, ont estimé que les alliés devraient «étudier» une demande américaine si elle était officiellement soumise à l'Alliance. Les Vingt-Sept ne restent pas sans réponse pour autant. Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont évoqué lundi le possible recours à la mission Aspides — déployée en mer Rouge pour protéger les navires marchands des attaques houthies — pour sécuriser également le détroit d'Ormuz. La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a confirmé que l'option était sur la table. Mais plusieurs capitales freinent. L'Espagne, l'Allemagne et les Pays-Bas mettent en garde contre toute action susceptible d'alimenter l'escalade régionale. «Il ne faut rien faire qui ajoute encore plus de tension», a résumé le ministre espagnol José Manuel Albares. La France avait pourtant ouvert la voie début mars en évoquant une mission internationale «purement défensive», sans plus de précisions sur son cadre. Londres sur le fil Le Royaume-Uni, s'il refuse le cadre de l'OTAN, n'est pas pour autant en retrait. Des systèmes de détection de mines sont déjà déployés dans la région, un destroyer de la Royal Navy est positionné en Méditerranée orientale, et Londres a autorisé Washington à utiliser deux bases militaires britanniques pour des «opérations défensives» contre l'Iran. Keir Starmer a également annoncé un plan de 53 millions de livres pour soutenir les foyers britanniques les plus pénalisés par la flambée des prix de l'énergie. Mais le Premier ministre a posé une limite : le Royaume-Uni «ne se laissera pas entraîner dans une guerre plus vaste».