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Afrique : Nouvel eldorado ou juste un mirage ?
Publié dans Finances news le 17 - 04 - 2014

La décennie 2000 a été pour l'Afrique celle du décollage économique, associé à de profondes mutations sociales, économiques et démographiques. Aujourd'hui se pose la question de la pérennité de cette croissance et de la place du continent dans la mondialisation. Entre euphorie et scepticisme sur la réalité du «miracle africain», le Cercle des économistes, réuni récemment à Casablanca, a organisé un débat de haute volée sous le thème : «L'avenir du monde est-il africain?», avec, en arrière-plan, une autre interrogation sous-jacente à propos du rôle que peut jouer le Maroc dans ce contexte. En 2000, le journal anglais The Economist faisait sa Une sur l'Afrique et titrait: «the hopless continent» - (le continent sans espoir). Un constat qui n'était pas loin de faire l'unanimité parmi les observateurs et les acteurs économiques, tant l'Afrique, plusieurs années après la décolonisation, a semblé incapable d'entamer un réel décollage et de s'inscrire dans un processus de croissance et de développement pérenne. De ces longues «décennies perdues», selon l'expression consacrée, est né ce fatalisme qui prédestinait l'Afrique à un rôle de figurant de l'Histoire, ad vitam aeternam. Les choses ont bien évolué depuis ! Désormais, lorsqu'on évoque le continent africain, c'est pour y associer les termes d'optimisme, de dynamisme, de gisement de croissance, de potentiel de développement, de richesses, etc.... Quel revirement ! Au point que certains experts, dont le Cercle des économistes, réunis à Casablanca, débattent de la question suivante : «L'Avenir du monde est-il africain ?». Une interrogation qui, il y a juste 5 ans, serait passée pour totalement incongrue.
Des mutations irréversibles
C'est que l'Afrique a bien changé pendant les années 2000. Selon Pierre Jacquemot, ancien ambassadeur et chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), de profondes mutations se sont produites durant cette décennie, à commencer par la démographie galopante. En 2050, il y aura près de 2,5 milliards d'Africains, et en 2020, l'Afrique comptera 200 millions de foyers à revenus moyens. En outre, avec une croissance moyenne annuelle de 5%, l'Afrique évolue depuis le début des années 2000 à un rythme plus rapide que l'Asie globalement, même si ce chiffre cache des disparités entre des pays comme l'Angola qui affiche une croissance à deux chiffres et d'autres comme le Mali qui ne font pas de croissance. C'est tout de même, selon P. Jacquemot, un «bouleversement historique» après 40 ans de non croissance. La baisse du taux de pauvreté (en proportion) est un autre bouleversement majeur, sans parler de l'urbanisation importante (taux d'urbanisation proche de 50% et 40 villes de plus d'un million d'habitants), et de l'émergence d'une classe moyenne (population urbaine solvable) dotée d'un formidable potentiel de consommation et avide de biens durables, de biens de consommation et de services (les besoins vont de l'électricité à l'assurance). La gouvernance a connu aussi de profondes mutations; preuve en est la diminution considérable des régimes autocratiques depuis 20 ans au profit d'«anocraties», sorte de régimes intermédiaires ou de démocraties molles. Les données macroéconomiques sont aussi en amélioration constante, puisque les pays africains enregistrent une baisse significative de l'inflation et des déficits, reconstituant ainsi leur capacité d'endettement. De sérieuses réformes ont par ailleurs été entreprises dans le domaine économique et celui de l'environnement des affaires (66% des pays africains ont réalisé ce type de réformes). Enfin, que dire du saut technologique si ce n'est qu'il a connu une croissance fulgurante, notamment dans la téléphonie mobile et l'Internet (100 millions d'Internautes aujourd'hui contre 4 millions en 2000). Ces mutations font dire à Jean-Marie Chevalier, du Cercle des économistes que «l'Afrique va participer de plus en plus à l'histoire mondiale», s'affranchissant chaque jour du postcolonial pour entrer clairement dans la mondialisation.
Quel modèle de croissance ?
Forte de ces mutations, l'Afrique a connu pendant les années 2000 un développement économique soutenu. Ainsi, pendant les années 2008-2012, au plus fort de la crise économique et des croissances encore molles des pays touchés, l'Afrique affichait des taux de croissance entre 3,5% et 5%. L'Afrique subsaharienne «région maudite» à cause de l'instabilité politique, de la famine, réalise entre 2004 et 2008 puis à partir de 2009, un taux de croissance plus élevé que la croissance mondiale (6,5% contre 3,6%). Des chiffres qui font dire à André Carpatanis, du Cercle des économistes, que les fameuses «décennies perdues du développement» caractérisées par un taux de croissance faible, une pauvreté endémique, et les plans d'ajustements structurels «sont derrière nous». Il faut s'en réjouir. Il ajoute que «la question en 2014 n'est plus celle du take-off africain» qui est désormais une réalité, mais de savoir si le modèle économique sur lequel est fondée cette croissance est pérenne. Et là, rien n'est moins sûr.
En effet, outre les mutations économiques et sociales évoquées plus haut, le continent a bénéficié pendant les années 2000 d'un contexte extrêmement favorable qui risque de ne pas se perpétuer dans les années à venir : tout d'abord une croissance mondiale élevée, mais surtout une forte hausse des prix des matières premières (les prix des matières premières ont été multipliés par 2 ou 3 durant cette décennie). L'Afrique, riche de ses ressources naturelles, s'est spécialisée dans les phases initiales du processus de production et d'extraction. Et cela pose problème puisque les pays qui disposent de matières premières en abondance tendent à se transformer en «économie de rente», et à terme cela peut handicaper leur développement (ce que les économistes appellent la «malédiction des matières premières»). Aujourd'hui, 90% des produits africains exportés sont constitués de matières premières non transformées. Les conséquences de cet état de fait se lisent dans les chiffres du commerce mondial. Bien que l'Afrique ait vu son PIB doubler en 12 ans, sa part dans la production mondiale en 2010 est la même qu'en 1970, à savoir 2,7% ! Pire, sa part dans les exportations mondiales a reculé durant la même période, passant de 4,99% à 3,4%. La comparaison avec l'Asie est à ce titre difficile puisque sa part dans la production mondiale est passée de 9% en 1970 à près de 20% aujourd'hui, alors même que ses ressources en matières premières sont bien moins importantes. Cela donne à réfléchir sur le modèle économique à adopter par les pays africains. Un modèle qui, il y a encore quelques années, se voulait postindustriel, reposant essentiellement sur les services, la finance, la matière grise et les technologies de l'information. Une erreur selon la majorité des intervenants au débat qui estime qu'il faut mettre au coeur de la stratégie africaine de développement la question de l'industrialisation.
L'industrialisation est la clé
Une vision partagée notamment par Moulay Hafid Elalamy, ministre de l'Industrie, du Commerce, de l'Investissement et de l'Economie numérique. Pour lui, l'industrie peut constituer «un vecteur de développement formidable pour les prochaines années pour l'Afrique». A condition d'avoir la capacité de transformer une partie de ce qui est produit ou extrait. Il prend pour exemple le cas marocain : «nous avons rêvé de métiers qu'on pensait totalement inaccessibles comme l'aéronautique ou l'automobile». Aujourd'hui, ces modèles sont une réalité et peuvent être dupliqués sur le continent africain. De plus, toujours selon Elalamy, une fenêtre de tir se présente à l'Afrique dans la mesure où la Chine connaît une forte hausse des salaires industriels. Selon la Banque mondiale, la Chine compte actuellement 85 millions d'emplois industriels à externaliser. L'Afrique doit être en bonne position pour attirer une partie de ces emplois (c'est déjà le cas de l'Ethiopie). Carpantanis ne dit pas autre chose lorsqu'il appelle à une stratégie industrielle qui doit permettre aux pays africains de «gagner des phases en amont du processus de production pour gagner des parts beaucoup plus importantes de la valeur ajoutée». Il souhaite à ce titre l'apparition de firmes multinationales africaines et une meilleure coordination des politiques industrielles à l'échelle du continent, à l'image de ce qu'a connue l'Europe avec la CECA. Il est rejoint en cela par le ministre du Tourisme, Lahcen Haddad, qui a évoqué la nécessité de développer «une coopération régionale forte à travers l'abaissement des barrières douanières et le renforcement des infrastructures commerciales».
En résumé, l'Afrique a plus que jamais besoin d'une croissance inclusive, c'est-à-dire basée sur la hausse de la productivité dans l'agriculture (secteur fondamental à plus d'un titre) et dans l'industrie. Cela implique une meilleure connexion sur les marchés mondiaux, la fourniture de services dans les villes, et un développement significatif des infrastructures. Les besoins sont immenses et l'Afrique apparaît de plus en plus comme «un réceptacle à IDE» dans des domaines aussi variés que les infrastructures, l'agroalimentaire, les engrais, la banque, etc. Et dans cette optique, le Maroc a plus que jamais un rôle déterminant à jouer.
Quel rôle pour le Maroc ?
Dire que le Maroc jouit d'une position géostratégique privilégiée en Afrique est une lapalissade. Encore faut-il la mettre à profit. Depuis quelques années, les banques, les opérateurs téléphoniques et les promoteurs immobiliers ont investi le champ africain, faisant figures de pionniers. Aujourd'hui, la prise de conscience est unanime. La diplomatie d'influence, longtemps à l'oeuvre, a laissé place à une diplomatie économique beaucoup plus efficace grâce à l'impulsion royale. La dernière tournée africaine de SM le Roi dans 4 pays d'Afrique de l'Ouest a été à cet égard révélatrice du potentiel de coopération entre le Royaume et ses partenaires du Sud. Désormais, «l'Afrique est pour le Maroc une véritable terre d'opportunités», d'après l'ancien ministre de l'Industrie Ahmed Réda Chami; «un acteur incontournable en Afrique», selon Nezha Lahrichi, présidente du Conseil national du commerce extérieur marocain. Cette diplomatie économique «est le fruit d'une vision». Il s'agit de faire du Maroc un Hub pour l'Afrique en jouant sur sa proximité avec les bailleurs de fonds avec lesquels il entretient des relations privilégiées, comme la France ou les pays du Golfe (le projet de Casablanca Finance City est un des instruments de cette démarche). Le principe, selon N. Lahrichi, est «de conjuguer le financement du Nord et l'expertise et le savoir-faire du Sud». Cette politique volontariste vers le Sud porte déjà ses fruits, puisque le Maroc est aujourd'hui le 2ème investisseur en Afrique (les échanges commerciaux ont presque quintuplé en 10 ans). Des investissements qui vont encore croître, à en croire les différents intervenants. Mais il convient de mieux choisir les pays cibles (le Nigeria par exemple) et de multiplier les investissements dans les banques, les assurances, les infrastructures, l'eau, l'électricité, et l'industrie (agroalimentaire, matériaux de constructions, et pharmacie).
Mais ce positionnement en tant que plateforme pour l'Afrique ne doit pas être la seule stratégie. Certaines voix, iconoclastes à bien des égards, comme celle de Karim Elaynaoui de l'OCP, ont appelé à aller au-delà des habituelles «grilles de lecture» pour appréhender l'Afrique et ses spécificités. Des grilles fondées sur les approches des institutions de Bretton Woods qui sont, d'après lui, inadaptées à la réalité du continent africain, et dont il faut s'affranchir. Le développement économique en Afrique, de son point de vue, «sera exponentiel» pour peu que soient mis en place les bons leviers pour multiplier la croissance : les facteurs de production, le capital, la logistique, la chaine de production, les réseaux de distribution, etc.Il appelle les industriels et les entrepreneurs marocains à faire preuve de plus d'imagination et d'audace pour réaliser une véritable intégration avec leurs partenaires du Sud. En somme, il les interpelle à inventer, innover, créer un nouveau modèle de partenariat avec l'Afrique. L'objectif est d'instituer de véritables «écosystèmes», à l'image de ce que le groupe OCP est en train de réaliser en Afrique à travers la mise en commun de matières premières. Les retombées pour les deux parties seraient potentiellement innombrables. A charge pour le Maroc de s'intégrer réellement au coeur de ce dynamisme africain.
J.M. Chevalier a, semble-t-il, bien résumé la situation : «L'histoire du monde est en train de changer. Elle changera d'ici 2050 et l'Afrique aura une place qu'elle n'avait pas auparavant. Mais cette place est complexe et reste à définir». Il ne s'agit ni d'être optimiste, ni pessimiste, comme l'explique Moulay Hafid Elalamy lorsqu'il affirme que «l'Afrique n'est ni un continent mort, ni l'avenir du monde. L'Afrique pourrait être un des avenirs du monde». Ce serait une grossière erreur de parler de «Nirvana» pour un continent qui a encore tant d'obstacles à surmonter. Jean Monnet, l'un des pères de l'Europe, et fondateur de la CECA, disait : «Ce qui est important, ce n'est ni d'être optimiste, ni pessimiste, mais d'être déterminé».


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