Le préfet de l'Hérault, Hugues Moutouh, qui selon son statut est astreint à un devoir de réserve avait-il le droit de poster un tweet, jeudi dernier, sur le « compte officiel du préfet de l'Hérault » pour stigmatiser les SDF étrangers et particulièrement algériens et marocains. Non, il s'est même inscrit en faux en révélant le nombre de personnes en garde à vue et quelle était leur nationalité avant de conclure son gazouillement par « ils ne sont pas les bienvenus ». Un préfet est astreint à un devoir de réserve, car il représente l'Etat, ce qui l'engage formellement à ne pas manifester son opinion ou avoir un comportement de nature à porter atteinte à l'image et à la considération du service public. Quand un préfet s'exprime publiquement, il est la voix de l'Etat et par conséquent celle du gouvernement. L'affaire depuis jeudi n'a de cesse d'enfler dans la polémique tant la stigmatisation est brute et sans filtre. Ainsi, tout porte à croire que les propos du préfet de l'Hérault ne sont qu'une extension de la politique à idéologie raciste, qui ne veut pas dire pas son nom, menée par les autorités françaises. Le haut fonctionnaire d'Etat (en poste dans l'Hérault depuis juillet 2021) réagissait là, à un article du quotidien Le Midi Libre sur l'arrestation d'un migrant (dérangé mental actuellement tenu pour irresponsable de son acte) soupçonné d'agression dans un train en gare à Montpelier où il s'en est pris à des migrants SDF s'y trouvant. « Je veux en finir avec cette délinquance des SDF étrangers à Montpellier. Depuis le mois d'août, nous en avons arrêté 104, majoritairement des Algériens et Marocains. Ils sont en grande partie responsables des vols et violences avec armes à Montpellier. Nous serons intraitables avec eux. J'ai donné instruction aux CRS de ne pas les lâcher... ». Cette andouillette choc du préfet de l'Hérault, à peine publié, a été aussitôt effacée ou vomi c'est tout comme, car 2 heures plus tard, ce tweet avait disparu. Le préfet de l'Hérault de ce fait a du coup provoqué la polémique et poussé les associations et autres ONG à dénoncer une stigmatisation caractérisée. L'avocate de, la Ligue des Droits de l'Homme de Montpellier, l'a d'ailleurs bien remis en place, « ces propos sont à la limite de l'indignité. Comme s'il y avait une délinquance spécifique aux personnes étrangères et sans domicile fixe. Ce qui est choquant, c'est qu'il arrive à déshumaniser, en si peu de mots, des réfugiés et des personnes sans domicile fixe. C'est vraiment choisir le bouc émissaire, celui qui est à la rue et qui a une gueule de métèque. On jette en pâture, on déshumanise, comme si ces gens étaient le fléau principal. (...)Est-ce que le préfet Moutouh se met au diapason d'une partie de l'Europe, Hongrie, Italie... ? De plus, ce tweet pointe des ressortissants de 2 pays bien spécifiques du Maghreb ». Le débat, bat, pour ainsi dire, son plein ces derniers jours en France notamment en ce qui concerne les SDF et plus particulièrement ceux étrangers et vire vers l'hébergement d'urgence à l'approche de l'hiver. En effet durant cette froide saison, les SDF se trouvent confrontés à des conditions extrêmes et souvent fatales, car livrés à eux même. Beaucoup en succombent. La justice française avait du reste, déjà tranché en faveur de l'hébergement d'urgence quand le tribunal administratif de Rouen avait indiqué que les « personnes étrangères faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) exécutoire dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées ont le droit à accéder à un hébergement d'urgence ». Il reste cependant son application, qui est souvent soumise à la volonté politique ainsi qu'aux moyens matériels dont dispose chaque préfecture pour abriter ces SDF pendant l'hiver et dont a cru faussement et maladroitement faire valoir. D'autres voix partisanes de l'extrême droite estiment par contre que l'Etat français n'est pas du tout obligé de prendre en charge ces SDF étrangers, et saluent le dévouement zélé du préfet, comme Eric Zemmour, qui a partagé le tweet du préfet, en commentant : « Bravo au préfet de l'Hérault qui a dit la vérité, avant de supprimer sa publication. Sans doute la vérité fait-elle peur à sa hiérarchie ». L'ex-secrétaire général de reporters sans frontières, Robert Ménard, maire de Béziers actuellement, y a mis du sien en apportant au préfet un « soutien total », ainsi qu'Aurélien Lopez-Liguori, député RN de l'Hérault, qui invite à se montrer intraitable avec les étrangers qui « pourrissent la vie des Français ».