La population mondiale a plus que doublé en une soixantaine d'années. A ce rythme, elle atteindra à l'horizon 2050 les dix milliards d'âmes...qu'il faudra nourrir. C'est là le grand défi, celui de l'alimentation qui devra être produite en quantité suffisante tout en veillant à ne pas dégrader, dans la foulée, la planète. Un groupe de chercheurs s'est posé la question et est, apparemment, parvenu à une formule qu'il a publiée dans un rapport co-réalisé par la revue médicale The Lancet et l'ONG Fondation EAT. La recette magique serait de réduire de moitié la consommation de viande et de sucre, tout en doublant celle de noix, fruits, légumes et légumineuses. En plus clair se mettre d'urgence au Planetary Health: Faire la diète pour sauver la planète. Etat des lieux Selon ce même rapport, « si l'augmentation de la production alimentaire a contribué à améliorer l'espérance de vie et à réduire la faim, le taux de mortalité infantile et juvénile et la pauvreté dans le monde au cours des 50 dernières années, ces avantages sont maintenant neutralisés par la tendance mondiale aux régimes alimentaires malsains riches en calories, en sucre, en amidons raffinés et aliments d'origine animale et à faible teneur en fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, noix et graines et poisson ». La situation serait tellement alarmante que ces chercheurs soulignent la nécessité urgente et impérieuse d'une transformation du système alimentaire mondial « car plus de 3 milliards de personnes souffrent de malnutrition (y compris des personnes sous-alimentées et suralimentées) ». Les auteurs du rapport dénoncent un état de fait « dangereux » : Les régimes alimentaires actuels poussent la Terre au-delà de ses limites et sont source de maladies : ils sont une menace à la fois pour les gens et pour la planète ». Ces vaillants experts ne se sont pas contentés de semer la panique à vous dégouter de la nourriture, mais élaboré et proposé une alternative. Recette miracle Pour eux, le régime alimentaire « idéal » aussi bien pour la santé des Hommes que celle de la planète, à savoir le « Planetary Health ». La recette magique voudrait que la consommation de viande soit divisée par trois, et celle des fruits et légumineuses revue à la hausse. Pour faire plus précis, il faudrait consommer chaque jour en moyenne 300 grammes de légumes, 200 grammes de fruits, 200 grammes de graines entières (riz, blé, maïs, etc.), 250 grammes de lait entier (ou équivalent), mais seulement 14 grammes de viande rouge, soit une portion dix fois moindre qu'un steak de taille classique. L'apport de protéines pourrait, à défaut de viande rouge, provenir de la consommation de volaille (29 g), de poisson (28 g), d'œufs (13 g) voire de noix en tout genre (50 g), rassurent les chercheurs. Le rapport préconise également des régimes comprenant une variété d'aliments à base de plantes, contenant de faibles quantités d'aliments d'origine animale, des céréales raffinées, des aliments hautement transformés et des sucres ajoutés, ainsi que des graisses insaturées plutôt que saturées. L'adoption généralisée d'un tel régime augmenterait notamment l'apport en micronutriments essentiels (tels que le fer, le zinc, le folate et la vitamine A, ainsi que le calcium dans les pays à faible revenu). Mode d'emploi Pour relever ce défi, les auteurs plaident pour une coopération mondiale sans précédent. « Une collaboration et un engagement mondiaux sans précédent seront nécessaires, afin que les changements alimentaires soient associés à une production alimentaire améliorée et à une réduction du gaspillage alimentaire », estiment-ils. Le plan d'action se décline en 5 points : – Des politiques visant à encourager les personnes à choisir des régimes alimentaires sains : éducation, accessibilité ou encore restrictions en matière de publicité. – Une agriculture recentrée vers la production de cultures variées et riches en nutriments. – Une gouvernance efficace de l'utilisation des terres et des océans pour préserver les écosystèmes naturels et garantir le maintien des disponibilités alimentaires. – Une intensification durable de l'agriculture tenant compte des conditions locales pour générer des cultures durables et de haute qualité. – Une réduction, au moins de moitié, des déchets alimentaires aussi bien au niveau de la production alimentaire dans les pays à faible revenu, qu'à celui des consommateurs dans les pays à revenu élevé. Pour le Dr Richard Horton, rédacteur en chef du Lancet, partenaire de l'Etude, « la transformation que réclame cette Commission n'est ni superficielle ni simple ». Et bonus, si elle traduite dans les faits, elle profiterait à la fois aux agriculteurs, aux consommateurs et à la planète. La Commission EAT est un projet de 3 ans réunissant 37 experts de 16 pays, spécialisés dans les domaines de la santé, de la nutrition, de la durabilité de l'environnement, des systèmes alimentaires, de l'économie et de la gouvernance politique.