Autrefois, on invoquait la fameuse « Raison d'État » comme une sphère quasi mystique, réservée à un cercle d'initiés chargés de tracer les grandes lignes du destin national. Objectif affiché : stabilité, développement harmonieux et respect de constantes historiques et identitaires, le tout ajusté aux mutations géostratégiques présentes et futures. Sur le papier, l'idée est élégante. Presque rassurante. Dans la pratique, toutefois, il existe bel et bien un pays où la junte au pouvoir ne fait pas exactement le contraire — ce serait encore une forme de logique — mais fait autre chose. C'est-à-dire sans règles claires, sans valeurs lisibles et sans perspective identifiable. La nomenklatura algérienne s'agite beaucoup, agit peu, trépigne sur place, manie un verbiage aussi solennel que creux, et se complaît dans une oisiveté fébrile soigneusement maquillée en activisme. Une armée qui s'est approprié un vaste territoire légué par l'ancienne puissance coloniale — au détriment des États-nations voisins — a longtemps puisé dans la caverne d'Ali Baba des hydrocarbures pour jouer un rôle qui n'était pas le sien : celui du Bourgeois gentilhomme. Mais l'absence de profondeur historique et d'un réel travail d'homogénéisation des différences internes a, dès 1962, contraint le régime à se bricoler une légitimité par tous les moyens disponibles. C'est généralement à ce stade que l'on distingue le solide du bancal, et l'ouvrage fini du brouillon raturé. Alger, Mecque des révolutionnaires versus « Zellige et caftan traditionnels (marocains) : propriété algérienne » Nous voilà donc face à une forme de schizophrénie collective assumée. D'un côté, on veut faire table rase du passé et créer un monde nouveau — l'Algérie ayant même réussi l'exploit de créer deux républiques sur comète, l'une au Sahara, l'autre au Rif. De l'autre, on aspire à s'attribuer des titres de noblesse issus d'un passé réinventé, soigneusement repassé et parfois brodé de fil doré. Dans toute logique — même floue — arrive un moment où tout se grippe. C'est l'aporie : plus rien ne fonctionne, le bug total, écran bleu inclus. Malheureusement pour Alger, cette aporie s'est manifestée de manière répétitive durant l'année de grâce 2025. Et toutes les feuilles de vigne qui tentaient tant bien que mal de dissimuler la médiocrité du régime ont commencé à tomber, les unes après les autres, dans une nouba de striptease politique qui aurait ravi une escouade entière de zouaves goguenards. En 2025, on peut ainsi recenser huit échecs majeurs ou du moins révélateurs, touchant des domaines divers mais formant ensemble une sorte de roue octogonale menant au Nirvana — très personnel — des illuminés des alcôves d'Alger . La diachronie des échecs en 2025 1. Isolement (voire rejet) du Sahel : Hérité de l'année précédente, le refroidissement avec les pays du Sahel évolue vers un divorce bruyant. Longtemps considérés comme une chasse gardée, le Mali et le Niger ne supportent plus les agissements d'Alger, son ton paternaliste et un racisme à peine dissimulé. Aveugle aux mutations générationnelles et géopolitiques, le régime persiste à jouer au père fouettard, alors même que des rumeurs circulent sur la création de milices de mercenaires destinées à semer le chaos. À suivre, donc — avec prudence. 2. L'affaire de barbouzerie en France (Affaire Amir DZ): le 16 mai 2025, le Parquet national antiterroriste inculpe quatre individus, dont un agent consulaire algérien — une première. L'onde de choc frôle les plus hautes sphères du pouvoir. Conséquence directe : la prise en otage judiciaire de l'écrivain Boualem Sansal et d'un journaliste. Diplomatie, version polar de gare. 3. Défaite diplomatique sur le Sahara à l'ONU : la résolution n°2797, adoptée le 31 octobre 2025, acte de facto et de jure le décès de la formule RASD. Rideau. Fin de la représentation. 4. Faux pas palestinien au Conseil de sécurité : le 17 novembre 2025, l'un des piliers de la rhétorique révolutionnaire algérienne fond comme neige immaculée sous le soleil d'un bel été indien. L'anti-sionisme militant, oui — mais à géométrie variable. 5. Scénario à la Weimar, le dinar démasqué: on ne parle plus de simple dépréciation mais d'un effondrement assumé. Officiellement : 150 dinars pour un euro. Réellement : 290 chez les cambistes de rue, véritables instituts statistiques populaires. 6. Le caftan et l'UNESCO : le 10 décembre 2025, à New Delhi, l'UNESCO rétablit la vérité historique : le caftan est marocain. Rideau sur le banditisme culturel, nouvelle défaite pour les apprentis usurpateurs. 7. Le revers footballistique : le 12 décembre 2025, les Fennecs, champions en titre, chutent face au modeste adversaire émirati lors de la Coupe arabe au Qatar. Un échec d'autant plus cuisant que le tandem Tebboune–Chengriha avait longuement exploité ce trophée comme substitut idéologique : opium et bâton. 8. L'annonce de l'indépendance de la Kabylie : le 14 décembre 2025, à Paris, la ligne Maginot de la peur s'effondre. Le régime découvre — tardivement — que les aspirations du Hirak et du Printemps berbère n'étaient pas de simples caprices. Désormais, le péril est intérieur, et contagieux : Mzab (des Ibadites), Grand Sud... la République dite « démocratique et populaire » tremble sur ses fonds. En conclusion, la junte militaire d'Alger a toujours eu besoin d'un SMIG de violence maîtrisée pour faire valoir son argument vital : sans nous, l'ennemi envahit. L'hydre est multiforme : le Makhzen qui « vole » le caftan, la France qui empêche les liquidations discrètes sur son sol, les Émirats et l'entité sioniste, mère de tous les maux — même quand on vote parfois en sa faveur. La réalité est plus simple : l'État algérien se délite, comme en témoignent les dépêches approximatives de l'APS — et ce n'est aucunement la faute à Rousseau. L'agence de presse étatique, véritable nerf vague du régime, révèle l'état du corps tout entier : la charpente du Temple est vermoulue. La chute n'est plus seulement prévisible, elle est anticipée par nombre d'esprits lucides algériens, à l'horizon de l'épuisement des ressources fossiles et de la fin du matelas de devises accumulé durant les années grasses. Ce n'est pas seulement la fin d'un régime — et encore moins celle d'un peuple, plus malheureux que coupable — mais le prélude à une crise démographique aux métastases migratoires explosives, qui risquent de toucher le Maroc, l'Espagne et la France. Une jeunesse nourrie à la violence symbolique, au ressentiment victimaire et à l'assistanat permanent. In fine, gouverner, c'est prévoir. Et cela donne tout son sens à la diplomatie régionale active de notre Souverain, aux côtés de Cheikh Mohamed ben Zayed et du président Al-Sissi, à la mi-novembre 2025. L'Algérie est désormais l'homme, vraiment malade de la région MENA *FPD SAFI Université Cadi AYYAD