La Cour des comptes dresse un bilan critique de la mise en œuvre de la feuille de route nationale pour la formation professionnelle, adoptée en 2019. Si les Cités des Métiers et des Compétences ont cristallisé l'essentiel des efforts, l'ensemble du système reste freiné par un déficit de planification, des ressources financières insuffisantes et une intégration partielle des réformes, limitant l'impact sur l'insertion des jeunes. La formation professionnelle demeure un levier essentiel pour répondre aux besoins du marché du travail et soutenir le développement économique et social. La feuille de route adoptée en avril 2019 visait à moderniser l'offre, restructurer les filières et rapprocher la formation des exigences des secteurs productifs. Au cœur de ce dispositif : la création des Cités des Métiers et des Compétences (CMC), destinées à devenir des hubs régionaux de formation et de qualification, pilotées par l'OFPPT. Pourtant, selon la Cour des comptes, cette ambition n'a pas été traduite en dispositif opérationnel robuste. Les orientations stratégiques n'ont jamais été déclinées en objectifs clairs assortis de plans d'action pluriannuels, ni suivies par des outils de pilotage formalisés, limitant la lisibilité de l'exécution et la capacité de l'OFPPT à coordonner efficacement l'ensemble des projets. L'évaluation révèle également une concentration des ressources sur le projet CMC, au détriment des autres axes de la feuille de route. Si certaines actions ont progressé, elles restent incomplètes, créant une asymétrie entre un projet phare fortement soutenu et le reste des initiatives qui peine à se concrétiser. La Cour note que même pour les CMC, l'impact est restreint en raison d'un positionnement stratégique flou et d'une dépendance forte aux subventions publiques, aggravée par des retards dans la mise en place du modèle de gouvernance prévu. Sur le plan pédagogique, les établissements peinent à appliquer uniformément le nouveau modèle de formation par compétences. La formation en alternance, le développement des compétences transversales et le e-learning restent insuffisamment généralisés, et les infrastructures demeurent souvent inadaptées aux besoins. Parallèlement, l'adaptation de l'offre aux métiers émergents souffre d'une concertation limitée avec les acteurs sectoriels et d'un déficit de veille stratégique, compromettant la réactivité face aux évolutions du marché. La Cour met aussi en évidence des faiblesses dans l'orientation et l'attractivité des parcours : le nombre de conseillers et de centres d'orientation reste insuffisant, les passerelles vers l'enseignement supérieur sont peu développées, et l'aide à l'insertion des jeunes issus de l'informel demeure marginale. L'absence d'un cadre national structuré pour les formations courtes destinées aux chômeurs ou travailleurs informels accentue cette fragilité. Face à ces constats, la Cour recommande la formalisation d'une stratégie globale intégrant les CMC dans le système régional, la sécurisation du financement par contractualisation avec l'État, et la diversification des ressources financières pour assurer la viabilité des projets. Elle insiste sur le renforcement des conditions pédagogiques et techniques dans les établissements et sur le suivi rigoureux des objectifs, afin de garantir que les compétences produites répondent réellement aux besoins du marché.