La Stratégie nationale de sécurité routière 2017-2026 a manqué ses objectifs intermédiaires, compromettant gravement sa finalité de réduire la mortalité de moitié à l'horizon 2026. C'est le constat sévère dressé par la Cour des comptes dans son rapport 2024-2025, qui met en lumière une hausse alarmante des décès chez les motocyclistes et une inefficacité des mesures de répression. La Cour des comptes dresse un constat d'échec sans appel. La stratégie nationale n'a respecté aucune de ses étapes intermédiaires. Les chiffres révèlent un décalage flagrant entre les ambitions du gouvernement et la réalité du terrain. En effet, alors que l'objectif pour l'année 2021 était de descendre sous la barre des 2 800 décès, le bilan réel s'est élevé à 3 685 morts. Le même scénario s'est reproduit en 2022 où le Maroc a comptabilisé 3 499 décès, dépassant largement le plafond fixé à 2 643 victimes. La situation ne s'est pas améliorée en 2023, avec 3 819 décès enregistrés. Ce chiffre ne représente qu'une baisse infime de 3 % par rapport à 2015, l'année de référence, alors que le plan prévoyait une réduction massive sur cette période. Face à ces résultats décevants, l'objectif final de réduire le nombre de morts de 50 % d'ici 2026 est désormais jugé hors de portée par l'institution. Le rapport note d'ailleurs que le Maroc reste un mauvais élève à l'échelle internationale, affichant un taux de 186 décès par million d'habitants, bien au-dessus de la moyenne mondiale située à 150. Le bilan est particulièrement lourd pour les usagers vulnérables. Au lieu de diminuer, la mortalité des conducteurs de deux et trois-roues a explosé, passant de 852 victimes en 2015 à 1 537 en 2023. Cette hausse drastique s'explique par la croissance rapide du parc de motocycles, dynamisée par les services de livraison et les usages professionnels, mais aussi par le manque d'infrastructures dédiées et une formation insuffisante des conducteurs. Les piétons ne sont pas épargnés puisque le nombre de décès les concernant a grimpé à 1 007 en 2023, restant loin de l'objectif de réduction à 800 qui avait été fixé pour l'année 2020. À l'inverse, le secteur du transport en commun note une amélioration significative avec une baisse de 39 % des décès depuis 2015, se rapprochant ainsi des objectifs fixés. La Cour des comptes identifie plusieurs défis structurels ayant entravé la réussite de la stratégie, pointant notamment l'absence d'une définition claire des ressources nécessaires et des mécanismes de financement. L'écart est saisissant : sur un budget estimé à 5,6 milliards de dirhams pour le plan quinquennal 2017-2021, seuls 1,6 milliard de dirhams de mesures sont clairement traçables. De plus, la planification souffre de retards majeurs. Le premier plan d'action s'est contenté de compiler des propositions disparates sans analyse scientifique approfondie, tandis que le plan pour la période 2022-2026 n'était toujours pas finalisé fin 2024, à seulement deux ans de l'échéance de la stratégie. Face à ce constat, la Cour des comptes émet plusieurs recommandations urgentes pour tenter de sauver la stratégie. Elle appelle la présidence du gouvernement à réactiver les comités interministériels et régionaux afin d'assurer un suivi rigoureux et d'éviter le chevauchement des responsabilités. Sur le plan sanitaire, l'institution insiste sur la nécessité d'accélérer, en coordination avec le ministère de la Santé, la mise à niveau des urgences médicales pour garantir une meilleure prise en charge des victimes après les accidents. Enfin, le rapport recommande la mise en place d'un système d'information intégré pour fiabiliser les données d'accidents et invite l'Agence Nationale de la Sécurité Routière (NARSA) à mieux accompagner les collectivités territoriales. L'agence est également incitée à moderniser le cadre juridique des véhicules pour l'aligner sur les normes internationales et à cibler plus efficacement les comportements à risque à travers des campagnes basées sur les meilleures pratiques mondiales.