Plusieurs wilayas du nord de l'Algérie ont été frappées ces derniers jours par de fortes pluies ayant provoqué crues soudaines et inondations, entraînant paralysie partielle de la circulation, submersion de quartiers résidentiels et perturbations de services essentiels. Une situation qui a ravivé les critiques sur la manière dont les autorités gèrent ce type de crises, devenues récurrentes. Selon des données communiquées par la Protection civile algérienne, les intempéries ont causé au moins un décès dans la wilaya d'Oran et fait une vingtaine de blessés à des degrés divers dans d'autres régions. Les services de secours ont mené des centaines d'interventions : sauvetage de personnes encerclées par les eaux, pompage, dégagement d'arbres déracinés et de poteaux électriques renversés par les vents violents. Les chiffres officiels font également état de logements endommagés, d'effondrements partiels de murs et de pertes matérielles importantes, tandis que certaines familles ont dû être évacuées temporairement des zones les plus touchées. Toutefois, ces bilans, bien qu'importants, n'ont pas suffi à apaiser une partie de l'opinion publique. Sur les réseaux sociaux comme dans plusieurs médias locaux, de nombreux citoyens ont mis en doute l'ampleur réelle des dégâts communiqués, évoquant un décalage entre les données officielles et les images circulant en ligne. Cette perception alimente les interrogations sur la transparence de l'information en période de crise. Alger, vitrine fragilisée d'un État sous pression À Alger, censée incarner la vitrine institutionnelle du pays, les intempéries ont mis en évidence une vulnérabilité préoccupante. Quelques épisodes pluvieux ont suffi à provoquer des chutes d'arbres, des effondrements partiels de balcons, des glissements de terrain ainsi que l'inondation d'écoles et de quartiers entiers. Dans d'autres régions, des familles ont dû être évacuées en urgence, des habitants se sont retrouvés piégés dans leurs logements ou leurs véhicules, et plusieurs vies ont été perdues selon différentes sources locales. Un bilan humain et matériel lourd qui contraste avec le discours officiel mettant en avant la maîtrise de la situation. Des failles structurelles pointées du doigt Au-delà de l'événement conjoncturel, ces scènes récurrentes relancent les critiques sur l'état des infrastructures. Habitants et observateurs dénoncent la faiblesse des réseaux d'assainissement, l'insuffisance de leur entretien et la vulnérabilité d'une partie du bâti. Dans plusieurs quartiers urbains densément peuplés, les rues se transforment rapidement en véritables cours d'eau, paralysant la vie quotidienne et causant des dommages considérables. Les critiques visent également ce qui est perçu comme un manque de mesures préventives, notamment le nettoyage des avaloirs et des canalisations avant la saison des pluies. Pour nombre d'analystes locaux, ces manquements relèvent moins de l'imprévu que de défaillances persistantes dans la planification et la gestion urbaine. Le débat dépasse désormais l'émotion immédiate. Des voix s'élèvent pour remettre en cause les politiques d'aménagement du territoire, pointant une urbanisation jugée désordonnée et l'implantation d'habitations dans des zones exposées aux crues. Ces choix, selon les critiques, ont accru l'exposition des populations aux risques. Pour une partie de l'opinion, ces catastrophes à répétition ne peuvent plus être considérées comme de simples aléas climatiques exceptionnels, mais comme le symptôme de déséquilibres structurels. La priorité accordée à la communication institutionnelle, estiment-ils, ne s'est pas toujours traduite par des investissements suffisants en matière de prévention, de modernisation des infrastructures et de protection des zones vulnérables. Colère sociale et attente Dans les zones les plus touchées, des familles ayant perdu une partie de leurs biens expriment leur colère face à l'absence de mécanismes clairs de compensation et de soutien. Beaucoup estiment que la gestion des catastrophes naturelles ne peut se limiter à l'intervention d'urgence, mais nécessite une vision sur le long terme fondée sur la prévention et la résilience. Alors que les équipes de secours poursuivent leurs opérations, la rue algérienne réclame des mesures concrètes dépassant les solutions ponctuelles : amélioration des infrastructures, anticipation des risques liés aux changements climatiques et communication plus transparente sur l'ampleur des pertes. Au-delà des inondations elles-mêmes, c'est la confiance entre citoyens et institutions qui se trouve, une fois de plus, mise à l'épreuve.