La Présidence algérienne a annoncé, jeudi soir, que le président Abdelaziz Bouteflika se rendra, dimanche prochain, à Genève en Suisse pour des « contrôles médicaux périodiques ». Ce déplacement « routinier » intervient alors que ce vendredi a été décrété « journée de manifestation nationale » contre le 5è mandat de Bouteflika. Le séjour suisse de Bouteflika est justifié par « des contrôles médicaux », au moment où justement, l'état de santé du chef de l'Etat, en place depuis vingt ans, dont presque la moitié dans un état de santé très amoindri, fait l'objet de vives contestations populaires, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. La rue en ébullition Des appels à manifester contre le cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika ont, en effet, été lancés depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, de façon anonyme pour la plupart. Ces appels invitent les Algériens à exprimer leur rejet de la candidature de Bouteflika à deux dates bien distinctes. Ainsi, ont été fixées les journées du vendredi 22 février, et du dimanche 24 février. Cette dernière date, arrêtée par le mouvement Mouwatana, coïncide avec la célébration du double anniversaire de la célébration de l'UGTA et de la nationalisation des hydrocarbures. Malade, oui mais… Reconnaissant lui-même son « état de faiblesse », Bouteflika a tout de même maintenu sa candidature et promis d'«œuvrer davantage pour la prospérité du pays ». Ainsi après avoir concédé qu'il n'a « plus les mêmes forces physiques qu'avant », le président a relevé que son pays fait face à de multiples contraintes, notamment celles liées à la croissance de la population, à la multiplication des besoins à satisfaire, à l'érosion des ressources financières extérieures, aux incertitudes de l'économie mondiale, aux troubles régionaux et internationaux, mais également à l'apparition dans la société algérienne de comportements contraires aux principes d'intégrité et au valeurs morales de respect du travail et du sens de l'effort. Il a, de même, assuré que s'il est élu, il mettra sur pied une « conférence nationale inclusive » dont l'objectif sera l'élaboration d'une « plateforme politique, économique et sociale ». Les Algériens, eux, ne l'entendent pas de cette oreille, et ont décidé de se mobiliser contre « cette parodie de présidence qui fait du pays la risée du monde entier ». Le mouvement de contestation ne cesse de prendre de l'ampleur. A Chlef et à Alger, d'abord, à Bordj Bou-Arréridj, ensuite, il s'est propagé dans d'autres contrées de l'Algérie profonde à l'image d'Oran, d'Annaba, de Biskra, de Tizi Ouzou, de Batna, d'Oum El-Bouaghi, d'El-Tarf et de Béjaïa. Contestation réprimée Ce mouvement populaire n'est pas toléré par le pouvoir en place. Arrestations et répression sont ainsi pratique courante depuis le déclenchement de la protestation. Le Front des Forces Socialistes (FFS-opposition) a ainsi dénoncé l'arrestation, jeudi, de trois de ses militants qui distribuaient à Alger des tracts appelant au boycott de la Présidentielle d'avril prochain. « Le FFS a organisé une action pacifique de distribution de l'appel à la mobilisation des Algériens et des Algériennes et au boycott du scrutin du 18 avril, au niveau d'Alger-centre », indique le plus vieux parti d'opposition en Algérie dans un communiqué, précisant que trois de ses militants « ont été arrêtés et emmenés au commissariat ». Pour le FFS, « ces pratiques brutales et autoritaires viennent confirmer les déclarations du régime de réprimer l'opposition et l'empêcher de mener campagne pour le boycott de la mascarade électorale. Elles constituent une entrave flagrante à la liberté d'expression et d'exercice politique ». A ce titre, l'ONG de défense des droits de l'Homme « Amnesty International » a appelé, jeudi, les autorités algériennes à mettre un terme aux restrictions imposées aux activités pacifiques des associations en abrogeant les lois actuelles et en élaborant d'autres conformes aux normes internationales. Les autorités algériennes sont appelées « à abroger la loi 12-06 et à élaborer une nouvelle loi sur les associations qui soit conforme aux normes internationales applicables en matière des droits humains », a affirmé Hassina Oussedik, directrice d'Amnesty International Algérie dans un communiqué. Âgé de 81 ans, et très amoindri par un AVC survenu en 2013, Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, a fait de très rares apparitions publiques depuis plus de 5 ans et ne s'est pas adressé aux Algériens directement pendant tout son quatrième mandat.