L'alerte vient d'un secteur qui connaît mieux que quiconque l'importance de la donnée et du contenu : selon le dernier Bulletin de Sécurité Kaspersky, 2026 sera l'année où l'Intelligence artificielle deviendra l'un des leviers majeurs — et paradoxaux — de fragilisation du divertissement mondial. Ce n'est plus seulement la diffusion, la production ou la billetterie qui préoccupent les experts, mais l'ensemble d'une chaîne créative désormais traversée par des systèmes capables de modéliser, imiter et contourner à grande vitesse les sécurités en place. Dans les salles de concert comme dans les plateformes de streaming, les algorithmes occupent déjà une place stratégique. Kaspersky souligne que cette montée en puissance ne concerne pas uniquement l'automatisation, mais touche au cœur de la création elle-même : histoires générées, performances reconstituées, expériences visuelles façonnées par des modèles entraînés sur des volumes massifs de données. Une matière première qui, mal protégée, devient l'une des surfaces d'attaque les plus sensibles du secteur. Cette vulnérabilité apparaît clairement dans la billetterie, où la compétition entre algorithmes promet de s'intensifier. Tarification dynamique, repérage accéléré des événements rentables, bots capables d'absorber en quelques secondes des milliers de places : le marché secondaire pourrait se transformer en bourse minute, où chaque variation de demande déclenche des hausses instantanées dictées par l'IA des revendeurs, même lorsque les artistes maintiennent des prix fixes. Autre zone de fragilité : les pipelines VFX. L'essor des plateformes d'IA pour la création d'images, accessibles à de petites structures ou à des freelances, élargit la surface d'exposition des productions. Kaspersky anticipe une hausse des intrusions ciblant les render farms, les plug-ins ou les postes de sociétés de post-production plus modestes. À la clé : des séquences volées, des épisodes diffusés avant l'heure et des fuites contournant les studios pourtant ultra-protégés. Les CDN n'échappent pas à cette logique. Devenus des nœuds centraux pour les contenus à forte valeur — avant-premières, versions non publiées, flux en direct —, ils concentrent les risques. Une IA malveillante capable de cartographier les infrastructures avec précision pourrait exploiter un identifiant faible ou une mauvaise configuration, provoquant une fuite simultanée de multiples titres ou l'injection de code dans un flux légitime. Les jeux vidéo et leurs communautés constituent un terrain encore plus mouvant. Les modèles génératifs externes permettront aux utilisateurs les plus aguerris d'importer des contenus que les systèmes de modération internes bloqueraient — violence extrême, scènes sexualisées, détournements narratifs — brouillant encore davantage la frontière entre création personnelle, détournement et abus. Les experts mettent également en garde contre l'apparition involontaire de données personnelles dans ces productions « créatives », faute d'anonymisation correcte des ensembles d'entraînement. Face à cette expansion rapide des usages de l'IA, la régulation se prépare. Kaspersky voit émerger un nouveau rôle dans les studios et plateformes : des responsables entièrement dédiés à la conformité de l'IA. Leur mission consistera à vérifier l'origine des données, la légalité des entraînements, la transparence des contenus générés et l'usage des modèles tout au long de la chaîne, de la production au marketing. Ce tableau, dressé par Kaspersky, décrit un secteur en mutation profonde, où l'IA incarne à la fois la promesse d'une efficacité accrue et la menace la plus diffuse. Un paysage où chaque innovation ouvre un nouveau champ d'opportunités... et une nouvelle ligne de faille.