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La Chine et l'Inde soudain vulnérables
Publié dans La Gazette du Maroc le 19 - 12 - 2008

Les deux géants asiatiques tremblent. L'économie indienne s'affaiblit et les dirigeants chinois ont peur.
L'allure à laquelle les nuages de la dépression économique, et même du désespoir, se sont agglutinés au-dessus de l'économie mondiale a choqué toute la planète. Mais le changement est particulièrement brutal dans les deux pays les plus peuplés du monde : la Chine et l'Inde. Jusqu'à très récemment, les deux économies les plus dynamiques de la planète se sentaient généralement immunisées contre la maladie qui touche le monde riche. Les plus optimistes espéraient même que ces énormes marchés émergents seraient les moteurs qui extirperaient le monde de la récession. Aujourd'hui, certains craignent que le contraire se produise : que la récession mondiale entraîne avec elle la Chine et l'Inde, provoquant une crise de chômage sans précédent dans ces deux pays qui restent pauvres, malgré leurs avancées (deux-cinquièmes des enfants qui souffrent de malnutrition dans le monde résident en Inde). Ce pessimisme est peut-être excessif. Ces nations sont encore les zones les plus dynamiques de l'économie mondiale. Mais les deux pays font face à des difficultés à la fois économiques et politiques décourageantes. Dans le cas de l'Inde, son image qui avait tendance depuis peu à devenir positive, a essuyé un double échec : un assaut économique et une offensive terroriste le mois dernier à Bombay. La confiance que pouvait avoir l'Inde en elle a deux origines. L'une est le sursaut soutenu de sa croissance économique d'une moyenne annuelle sur cinq ans de 8,8 %.
Action militaire punitive
L'autre est la hausse concomitante du statut et de l'influence de l'Inde dans le monde. Ses dirigeants politiques jubilaient de ne plus voir l'Inde associée naïvement au Pakistan et considérée comme une moitié d'un maelström nucléaire potentiel.
L'Inde était devenue partie de la «Chindia», une success-story en plein essor.
Les attentats de Bombay, attribués à des groupes terroristes basés au Pakistan, ont réveillé les appels à une action militaire punitive et ravivé la peur d'un conflit régional. Un trait d'union est réapparu à la frontière ouest de l'Inde, juste au moment où l'étendue de la récession économique touchant l'Inde commençait à devenir visible. Les exportations au mois d'octobre ont chuté de 12 % comparé au même mois l'année précédente ; des centaines de petites usines de textile ont dû fermer ; même quelques stars de l'industrie indienne de ces dernières années, en particulier dans l'automobile, ont suspendu leur production. La banque centrale a revu à la baisse son taux de croissance pour cette année (7,5-8 %), ce qui reste optimiste. L'année prochaine, ce même taux pourrait passer à 5,5 %, voire moins, soit le taux le plus bas depuis 2002.
Si le taux de croissance de la Chine devait chuter à ce point, cette baisse serait considérée comme un désastre dans le pays comme à l'étranger. La nation fête ce mois-ci le 30e anniversaire de l'événement qui a marqué le lancement de sa politique de «réforme et d'ouverture», depuis lequel son économie ne cesse de croître à un taux annuel de 9,8 %. Il s'agit d'un meeting du Comité central du Parti communiste, marqué par l'ascension au pouvoir de Deng Xiaoping. Timidement d'abord, puis plus radicalement dans les années 1990, le parti a démonté presque tous les édifices maoïstes colossaux, en distribuant les terres agricoles collectives, en absorbant de vastes quantités d'investissements étrangers et en autorisant l'entreprise privée à se développer. Cet anniversaire ne constitue peut-être pas un événement aussi marquant, mais il est aisé de comprendre pourquoi le parti voudrait crier les succès de ces trente dernières années sur tous les toits. Il est à l'origine d'une transformation économique des plus ahurissantes de l'histoire de l'Homme. Dans un pays où vit un cinquième de l'humanité, près de 200 millions de personnes sont sorties de la pauvreté.
Pourtant, en Chine aussi, la récession actuelle leur met les nerfs à vif.
Même si un imbroglio statistique plane dans ce pays, les chiffres du mois dernier (les exportations étaient inférieures de 2 % par rapport à novembre 2007 et les importations de 18 %) sont stupéfiants. La production d'électricité, qui représente en général un indice fiable, a chuté de 7 %. Même si la Banque mondiale et autres prévisionnistes s'attendent encore à une croissance du PIB de la Chine de 7,5 % en 2009, cela reste en dessous du niveau des 8 % considéré presque superstitieusement comme essentiel pour éviter tout bouleversement social majeur. En effet, les manifestations et mouvements de grogne, fréquents en Chine, se multiplient : les ouvriers licenciés rejoignent les rangs des agriculteurs, des défenseurs de l'environnement et des victimes de harcèlement de la part de la police et descendent dans la rue. Certains craignent que les dirigeants chinois ne tentent de faire baisser le yuan pour soutenir les exportateurs.
Les finances dans un état catastrophique
Cette idée aurait des effets dévastateurs, notamment parce que le gouvernement possède les ressources nécessaires pour régler le problème de façon moins dangereuse : la Chine est en excédent budgétaire et n'a que peu de dettes. Le mois dernier, le pays a annoncé un plan de relance fiscale de 4 billions de yuans (presque 600 milliards $). Mais d'après ceux qui ont examiné ces chiffres de plus près, tout ceci serait du vent, une propagande visant à convaincre le peuple chinois et le monde extérieur que le gouvernement réalise des efforts sérieux pour stimuler la demande nationale. Et cela pourrait s'avérer injuste : ce qui compte est le moment où l'argent est dépensé, et non le moment où l'annonce est faite. Pourtant, rien n'indique véritablement que le régime soit prêt à prendre des mesures radicales dans ces deux domaines, dans le but de persuader la majorité rurale de dépenser son argent plutôt que de l'amasser : donner plus de droits aux paysans sur leurs terres et fournir un système de protection sociale décent, en particulier dans le domaine de la santé. La Chine détient une quantité confortable de ressources, ce qui n'est déjà pas si mal. L'Inde en revanche, n'est pas considérée comme faisant potentiellement partie de la solution aux problèmes économiques du monde. Non seulement, son économie est plus faible, mais les finances de son administration sont également dans un état catastrophique. Son déficit budgétaire (d'environ 80 % du PIB) l'empêche de provoquer une relance qui aurait pour effet d'atténuer la récession. La situation est inquiétante. Si la Chine reconnaît avoir besoin d'un taux de croissance annuel de 8 % pour fournir des emplois aux 7 millions de nouveaux venus chaque année dans la vie active en Chine, comment l'Inde est-elle supposée s'en sortir ? Le pays est plus jeune, sa force de travail augmente de 14 millions par an, soit environ un quart des nouveaux travailleurs dans le monde entier. Et, paradoxalement, elle a connu ses grands succès de ces dernières années dans les industries qui reposent non pas sur une main d'œuvre abondante et bon marché, mais sur un nombre réduit d'ingénieurs hautement qualifiés, telles que les entreprises de services informatiques et les usines de fabrication à forte intensité capitalistique. De par ces deux aspects, l'Inde a néanmoins un gros avantage sur la Chine, car elle sait affronter la récession économique de face. Elle sait trop bien ce que c'est et a un système politique capable de faire face au mécontentement sans souffrir de doutes existentiels. L'Inde paie les conséquences économiques de sa démocratie. Le système décisionnaire est pesant. Et comme en Chine, les troubles et même les insurrections sont monnaie courante. Mais le système politique a une résistance et une flexibilité que les hauts responsables chinois, semble-t-il, estiment ne pas posséder. Ils craignent de ne pas savoir comment faire face aux mouvements de protestation. Les élections prochaines sont au cœur des préoccupations en Inde.
C'est un lieu commun de la pensée occidentale et marxiste chinoise que de croire qu'un changement économique radical engagerait nécessairement une réforme politique. Mais l'économie de la Chine s'est développée rapidement avec peu de signes de libéralisation politique sérieux correspondant à un mouvement économique général. Ce cliché est tombé en désuétude. En effet, beaucoup, même dans les bastions démocratiques tels que l'Inde, ont commencé à se laisser prendre à l'argument du Parti communiste chinois selon lequel la dictature est une bonne chose pour la croissance, tandis que la démocratie indienne est un luxe que paient les pauvres, dans l'extension indéfinie de leur pauvreté. Mais tandis que la Chine entame une série douloureuse d'anniversaires (les 50 ans de la répression de la révolte au Tibet, les 20 ans de l'étouffement des manifestations de la place Tiananmen, les 60 ans de la fondation de la République du Peuple elle-même), il serait bon de rappeler que l'hiver 1978-79 a vu non seulement la réunion plénière du Comité central, mais aussi le mouvement du « Mur de la démocratie » à Pékin. ■


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