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“Je suis l'autre”
Publié dans La Gazette du Maroc le 28 - 07 - 2003


Disparition de Shlomo Elbaz
Shlomo Elbaz, natif de Marrakech, avait enseigné la littérature à Jérusalem où il vient de décéder. Il fut le fondateur du mouvement “L'Orient vers la paix”.
En hommage à sa mémoire, nous publions ce texte où il mettait en parallèle Marrakech et Jérusalem, “deux villes aux deux extrémités” de sa vie.
Certains lieux possèdent des noms magiques. Lorsqu'à la magie musicale de leur nom s'ajoute la richesse de l'histoire et de la culture, la magie devient envoûtement.
C'est ainsi que je ressens le nom de Yérushalaïm ( le nom hébraïque de Jérusalem), et telle est son image : un son mélodieux qui renvoie à une plénitude sensuelle et émotionnelle et à une richesse culturelle universelle. C'est ainsi que je ressens le nom de Marrakech (le nom arabe de Marrakech) et telle est son image : un frottement sauvage de consonnes portées par une seule et même voyelle, un fardeau aimé d'impressions, de paysages, de traditions et d'odeurs qui sont devenus des souvenirs impérissables. Deux villes si éloignées géographiquement : l'une du côté de l'Occident dit extrême (Maghreb el-Aqsa), au bout du vieux monde, l'autre, dans cette partie de l'Orient (Machrek) dit proche ou moyen.
La première dans une plaine riche en palmiers, au pied des hautes montagnes de l'Atlas couvertes de neiges, la seconde au cœur de collines qui, par coquetterie, se font appeler montagnes, les glorieuses montagnes de Judée. Des fils d'or ont été tendus entre la ville du Machrek et celle du Maghreb. Des fils d'or ou de soie qui sont la trame de ma vie. Pour tisser les fils qui relient ces deux villes, mon imagination a appelé à son aide la mémoire collective de ma communauté, cette communauté qui là-bas dans la lointaine Marrakech appelait Jérusalem de ses vœux.
L'Orient et l'Occident se rencontrent et s'embrassent.
Dans son monde imaginaire chacun rêve et se crée des phénomènes bizarres de mélanges et d'unions entre des personnages, des lieux et des époques. Des phénomènes que les surréalistes aimaient tant provoquer et décrire. Des phénomènes qui sont devenus une technique pour le cinéma et pour la télévision, une technique qui fond les images les unes dans les autres, qui fait disparaître lentement une image pour en faire apparaître une seconde à sa place, sans prévenir.
Un changement d'essence, un mélange d'identités. Je vis cela depuis plusieurs années et je n'ai trouvé de repos ni à Jérusalem ni à Marrakech. Marrakech et Jérusalem : deux lieux, deux mondes qui se fondent l'un dans l'autre dans un espace imaginaire et inconscient. La muraille qui entoure l'une et l'autre facilite cette ambivalence, et dans mon cœur une double muraille.
Deux villes aux deux extrêmes de ma vie. Dans l'une je suis né, je finirai ma vie dans la seconde… Elles sont accrochées l'une à l'autre, tellement liées que parfois je n'arrive plus à faire la différence. Souvent je pense Marrakech et je dis Jérusalem, je pense Jérusalem et je dis Marrakech.
Marrakech la rouge, c'est ainsi qu'on l'appelle. Rouge comme l'argile dont sont bâtis sa muraille et la plupart de ses bâtiments publics. Le rouge de la matière primordiale, le rouge de la terre. Une ville qui semble surgie directement de la terre. Modelée dans la même matière rougeâtre, comme si elle n'avait pas été bâtie par la main de l'homme. Il y a dans cette ville comme un rêve qui émane de la couleur rouge, quelque chose qui se consume sous le soleil brûlant. Une flamme entretenue par le vent du grand désert, le désert du Sahara où le vent est si puissant que même les énormes murailles de la ville n'arrivent pas à l'arrêter.
Jérusalem est rouge elle aussi, d'un autre rouge. Le rouge de l'histoire, des guerres, des nostalgies brûlantes. Le désert est proche. Mais c'est un autre désert, un désert prophétique où souffle le vent de Khamsin. Mon rapport envers elle, et surtout envers elle, est riche de rêves. Avant même que je m'y rende physiquement, elle était présente dans l'autre ville, Marrakech, et surtout dans sa partie juive, le Mellah. Depuis des centaines d'années, la communauté juive y vivait solidaire, consciente de partager un même destin. Une autonomie juive malgré la domination musulmane et ensuite française.
Et dans le Mellah qui est lui aussi entouré d'une muraille à l'intérieur des murailles de Marrakech, règne une atmosphère juive très dense, marquée par toutes les prescriptions du Shabbat et des fêtes, une indépendance juive qui console et qui fait oublier les problèmes de l'existence.
Celui qui a lu “Les voix de Marrakech”, d'Elias Canetti, écrivain juif bulgare qui écrit en allemand, couronnée par le prix Nobel de littérature, a pu ressentir la puissance de l'émotion éprouvée par l'auteur lorsqu'en 1954, il découvrit cette vieille communauté juive du sud du Maroc. Le quartier juif, le Mellah, fut pour lui davantage qu'une découverte, une révélation.
Sa description de la place centrale du quartier mérite d'être citée : “… J'avais l'impression d'être véritablement ailleurs, parvenu au terme de mon voyage. Je n'avais plus envie de m'en aller. Je m'étais déjà trouvé ici, il y avait des centaines d'années, mais je l'avais oublié. Et voici que tout me revenait. J'y trouvais offertes la densité et la chaleur de la vie que je sentais en moi-même. J'étais cette place et je crois bien que je suis toujours cette place (…)”.
Qui peut prétendre que le fait d'immigrer en Israël met fin à la double personnalité du Juif exilé et à la multiplicité de ses identités ? En vérité elle a le résultat opposé. La preuve : au Maroc, je portais en moi trois identités. Une identité (spirituelle) juive, une identité (civique) marocaine, une identité (culturelle) française. Aujourd'hui en Israël : une identité (civique) israélienne, une identité (nationale) juive, une identité (communautaire) orientale-sépharade, et ce n'est pas tout.
Il est aussi resté quelque chose de l'identité culturelle française, et en ce qui concerne l'identité communautaire elle se présente comme une sous-catégorie particulière, celle de l'identité marocaine à l'intérieur de l'identité orientale-sépharade complexe.
Marcel Proust a consacré sa vie et son œuvre littéraire à la recherche du temps perdu. Parmi nous, certains passent leur vie à se chercher et à rechercher leur unique et véritable identité. Peut-être qu'il n'existe rien de tel. Nous devons vivre dans la division, la multiplicité et la détresse. Comme il avait raison le grand poète Rimbaud, le grand révolté, d'écrire : “ je suis l'autre ! ”.


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