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Festival des obséquieux et valse des deniers publics
Publié dans Lakome le 01 - 08 - 2013

Les voyants auront beau virer au rouge écarlate. Le gouvernement aura beau disserter sur la crise économique qui asphyxie le pays, opter pour l'austérité budgétaire, tailler dans le gras des investissements publics, réduire les postes budgétaires à leur plus simple expression, il faut croire que la dilapidation des deniers publics fait désormais, partie intégrante du génome des dirigeants des administrations marocaines.
La fête du trône, le festival de l'obséquiosité
La fête du trône est une occasion rêvée pour tous ces larrons en foire, opportunistes et laudateurs à souhait, qui s'y entendent à merveille, pour se répandre à travers les colonnes de la presse nationale, en panégyriques insupportables d'obséquiosités. Pour comble de l'ironie, nombre de ces journaux ne doivent leur raison d'exister qu'à l'exercice de présentation des vœux. Ils naissent à l'heure des éboueurs, à l'instigation de hauts fonctionnaires, de Directeurs de Collectivités Locales, de Pachaliks ou de gouverneurs, vivent le temps de leurs salamalecs et retournent au caniveau, sous la forme de chiffons, quand les loufiats en djellaba, fez et tarbouches, débarrassent les reliefs de libations gargantuesques offertes par le pauvre peuple, aux légions d'« Homoflexus », venues s'incliner, face à l'objet de leur dévotion ! Bien entendu, rendez-vous est pris pour l'année suivante. Même timing, même grammage de papier, même encre, mêmes termes, même obséquiosité et même durée de vie !
Une bien curieuse façon de procéder, que nous devons aux Pétromonarchies du Golfe, notre pays s'étant largement illustré, depuis plusieurs décennies à importer de cette région du monde, les pratiques les plus honnies du genre humain et les plus condamnables.
Crise économique et valse des deniers publics
Au plus fort d'une crise économique sans précédent, des responsables d'administrations étatiques et pas des moindres, telles que l'Office National de l'Electricité et de l'Eau potable, de la Caisse de Compensation, d' Al Omrane, du Crédit Agricole, de l'Office de la Formation Professionnelle et de la Promotion de l'emploi, de l'Agence nationale des technologies de la communication ou encore l'Office Chérifien des Phosphates, et j'en passe, n'ont donc, rien imaginé mieux que cette pitoyable course aux encarts publicitaires, dans la presse, plutôt que le bon vieux télégramme au Cabinet royal.
Le plus révoltant n'étant pas tant leur propension à la flagornerie, mais l'utilisation qu'ils font des deniers publics, pour battre en neige leur déclaration d'amour, le mobile avoué étant, on l'aura compris, la recherche de la protection tutélaire du roi.
Une protection qui confère, à son bénéficiaire, l'impunité totale et lui doit d'échapper à toute reddition des comptes. Autant de pratiques qui ne sont pas nouvelles et qui sont allées crescendo, en accompagnement de la monarchie exécutive, instaurée par Hassan II, dans les années soixante. Le prince héritier d'alors, Chef du gouvernement, avait compris toute l'importance des nominations, dans l'exercice du pouvoir. Il avait alors pris le pli de nommer les ministres et les hauts fonctionnaires, au lieu de laisser l'initiative de ce choix stratégique aux chefs des partis.
Un calcul machiavélique, dont le résultat aura dépassé les rêves les plus fous de son auteur : dans un retournement de veste dont notre pays a le secret, les élites se sont ralliés au centre véritable du pouvoir, et fait allégeance à la monarchie, plutôt qu'à leur famille politique. La suite était courue d'avance : sous le parapluie royal, il faisait bon de s'enrichir, à coups d'investissements immobiliers, de licences d'importation, de monopoles commerciaux et de marchés publics échappant aux procédures d'appel d'offres.
Entre absolution et lâchage
Mais, même dans le plus beau pays du monde, la protection royale a ses limites et le roi cruel, se charge parfois, de le faire savoir à ses protégés, en les lâchant brutalement. Hassan II a recouru à deux reprises à ce stratagème de la terreur. Une première fois en mars 1971, lorsqu'il s'était agi de donner des gages, à une opposition révoltée par la corruption qui gangrenait les rouages des administrations. Six anciens ministres, Mohamed Imani, Yahia Chefchaouni, Abdelkrim Lazrak, Mamoun Tahiri, Mohamed Jaïdi et Abdelaziz Kriem, furent livrés à la vindicte des tribunaux et inculpés de corruption ou tentatives de corruption, dans l'affaire de vente d'un terrain à la « Panam ». Trois hauts fonctionnaires et quatre hommes d'affaires les accompagnèrent au prétoire. Pas moins de vingt-sept affaires sordides, furent évoquées devant la Cour Spéciale de Justice.
Peu avant sa mort, Hassan II laissa, une seconde fois, la justice suivre son cours, dans l'affaire dite du Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH) dont l'ex-président, Moulay Zine Zahidi, poursuivi pour « dilapidation de deniers publics, gestion déloyale et enrichissement illégal », fut condamné par contumace, à dix (10) ans de prison ferme. Le Directeur du Crédit Agricole et Directeur de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et treize (13) autres personnes impliquées dans ce sombre dossier, furent condamnées à des peines allant de un (5) an d'emprisonnement ferme, à cinq (5) ans de prison avec sursis.
Mohammed VI, Hassan II, mêmes pratiques
John Waterbury, avait évoqué ces pratiques en vigueur dans le Maroc entre l'indépendance et les années soixante dix (1970), dans son ouvrage «Le Commandeur des croyants, la monarchie et les élites politiques marocaines » :
« L'administration est l'instrument essentiel du pouvoir du roi. En verrouillant son accès, en surveillant les activités de ceux qu'il autorise à y accéder, il donne son absolution à leur enrichissement rapide......».
La règne de Mohammed VI n'a pas, loin s'en faut, rompu avec ces pratiques condamnables d'enrichissement rapide de hauts fonctionnaires, même si ici ou là, comme il est de coutume, pour amuser la galerie, quelques boucs émissaires ont été livrés en pâture à la justice, comme Abdelhnin Benalou, ex-Directeur Général de l'Office national des Aéroports (ONDA), son chef de cabinet, Ahmed Amine Berkalil, ou encore Khalid Alioua, ex-porte-parole du gouvernement Youssoufi et ex-Directeur du CIH.
Loin de dissuader les corrompus, ces lâchages de la monarchie semblent au contraire galvaniser leurs efforts, pour s'en rapprocher, au risque de se brûler. Pourvu qu'il leur reste les limousines allemandes, les costumes à milliers d'euros, les cigares télescopiques, les réceptions mondaines et le toutim !
Interprété par Salah Elayoubi


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