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La colombe de la musique populaire marocaine
Publié dans Les ECO le 14 - 11 - 2014


Neta Elkayam
Musicienne
Plus qu'un portait, c'est l'histoire d'une Marocaine à qui l'on a voulu enlever sa mémoire mais qui a su la garder, la préserver, et d'une certaine manière la reconstruire. Neta Elkayam est originaire de Casablanca et de Tinghir, tout en ayant vu le jour en Israël où elle a toujours vécu. Sa grand-mère lui transmet l'amour du Maroc, de son patrimoine et de la musique. Quand elle en parle, elle fond en larmes malgré le sourire qu'elle esquisse. L'interview s'arrête pour laisser place à un moment de vie.
Une colombe pour la paix, qui illumine l'âme avec une voix en or et un charisme hors du commun. Rencontrée lors de la dernière édition des Andalousies atlantiques, Neta Elkayam est plus qu'une musicienne: elle est porteuse d'un message de paix. Quel meilleure moyen que la musique pou transmettre celui-ci? Elle très vite compris cela. Avec ses chansons populaires, vivantes, entre châabi, musique andalouse et une sorte de folklore judéo-marocain, la diva pleine d'humilité et de douceur reprend les chansons de Samy El Maghribi, Zohra El Fassia et Albert Suissa pour ne citer qu'eux, avec une touche bien à elle, pleine de modernité et d'honnêteté. «Je respecte les gens qui tentent de préserver absolument le patrimoine sans y toucher. J'essaie de le préserver, mais en apportant quelque chose de nouveau. Je ne peux faire comme Zohra El Fassia, je suis une juive marocaine qui habite au Moyen-Orient et je veux rester moi-même», avoue la chanteuse qui se sent à l'aise avec son patrimoine et ses origines marocaines. Des origines transmises par une grand-mère qui n'a jamais oublié d'où elle venait. En effet, Neta Elkayam illustre parfaitement la thématique des Andalousies atlantiques de cette année, autour de la transmission du patrimoine.
À la recherche d'une identité volée
Neta Elkayam a du mal à parler de sa musique sans nous parler de son combat, ou sans parler de ses grands-parents qui ont fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui. Avec la musique pour seule arme, elle défie toutes les idées préconçues concernant juifs et musulmans: pour elle, la cohabitation existe déjà. «On est à la frontière de Gaza, les Palestiniens sont toujours venus à la maison et quand ma grand-mère est morte, les armes sont tombées et ils sont venus pleurer avec nous. Ma grand-mère était un symbole de paix, elle y croyait et elle a prouvé que cela pouvait être possible parce qu'elle a vécu comme cela», se souvient Neta avec beaucoup d'émotion. Elle évoque cette grande dame et ne peut s'empêcher de fondre en larmes. Elle rappelle le déchirement qui fut celui de cette génération en 1948, quand ils ont été arrachés de leur ville, de leur pays, sans savoir pourquoi. Un exil forcé que la jeune femme a vécu à travers les histoires et les souvenirs de ses grands-parents. «Ma grand-mère parlait darija à la maison, elle a parlé berbère au début mais on lui a demandé d'arrêter. Dans la rue, elle devait parler hébreu. Mais à la maison, elle voulait rester marocaine». C'est dans cette maison que la chanteuse dit avoir tout appris. La musique était présente partout, lors de la préparation des repas, dans les réunions de famille. On se rassemblait en chantant et en évoquant les souvenirs d'antan. Ce havre de paix et d'amour s'arrêtait à la porte de leur maison. À l'extérieur, il fallait mettre tout cela de côté. «En dehors de la maison, on était obligé de devenir Israéliens et de parler hébreu. La maison était une sorte de cocon que ma grand-mère préservait où on parlait marocain, où elle racontait son enfance, ses souvenirs, ses traditions», raconte avec nostalgie Neta qui vivait dans un bout de Maroc, même si celui-ci était à des milliers de kilomètres du royaume. Je ne veux pas être quelqu'un que je ne suis pas. Je suis Marocaine et je veux le rester.
«Grandir en Israël, ne me fait pas sentir réellement chez moi. Chez ma grand-mère, on m'a appris à partager, à respecter les musulmans puisqu'on a toujours été frères, parlé arabe». L'artiste aime son pays et dit se sentir à la maison grâce aux gens et non grâce à l'atmosphère qui règne. Selon elle, ce qui se passe en Israël est purement politique. «Notre société est devenue de plus en plus réfractaire à la culture arabe, et pour moi c'est un désastre. On a perdu deux soldats dans ma famille, ce fut un déchirement pour toute la famille». Cette guerre qui sépare les peuples d'une même identité et d'une histoire commune est un cauchemar pour cette ancienne génération qui n'a jamais oublié que les musulmans et les juifs étaient frères il n'y pas si longtemps. «S'il n'y avait pas tout ce lavage de cerveau, toutes ces idées de nationalisme qu'on leur donne à consommer, et si on laissait les gens dans la simplicité de la cohabitation, tout irait mieux». Des propos presque trop idéalistes que la chanteuse trouve souvent trop optimistes, mais celle-ci aime y croire. «Hélas, la population musulmane n'a pas de voix, elle ne peut pas se prononcer, se battre. Le pouvoir veut la préserver dans l'ignorance pour qu'ils ne parlent pas, ne se soulèvent pas. Il n'y a pas d'université, de formation». Sa voix à elle résonne pourtant avec beaucoup de justesse et sans fausse note. Son arme à elle s'appelle la musique.
La musique pour ne pas oublier
Oui. La musique lui permet de ne pas oublier d'où elle vient puisqu'elle puise dans son patrimoine, son histoire, le vécu de sa famille, ses traditions. La musique lui permet de savoir où elle va, de poursuivre ce chemin pour la paix et la cohabitation car elle tient à délivrer le message de sa grand-mère, et de tous ceux qui ont été arrachés à une vie qu'ils aimaient tant, la leur en l'occurrence. La seule guerre de Neta consiste à provoquer une offensive marocaine afin de délivrer un message de paix. Ses seules armes: la passion, l'amour, la liberté, le tout en musique. Une musique qu'elle n'a pourtant pas appris à l'école, puisque le système éducatif est trop orienté vers l'Occident. «À l'école on t'apprend le jazz, la soul, la musique occidentale. Personne ne t'apprend la musique andalouse ou la musique populaire de chez nous. J'ai appris toute seule, j'ai découvert qu'il fallait que je sorte de l'école pour aller puiser dans mon passé, dans les maisons, dans mon histoire». Elle entame donc tout un processus de collecte, à la recherche d'un passé, de notes, d'influences, de musiques. Elle fait des rencontres déterminantes qui construisent peu à peu son univers musical. «Je ne me suis jamais sentie moi-même en chantant en hébreu ou en anglais. Quand je chante en darija, je me retrouve enfin». En puisant dans le répertoire de la musique populaire, le chaâbi, la musique andalouse d'antan, elle tombe sur une mine d'or. Elle réarrange, avec au piano son compagnon de vie et de musique Amit Hai Cohen.
Une restauration du passé en musique qui a le pouvoir de ressusciter les morts, d'unir et de tout faire oublier puisque le public est conquis à chacun de ses passages. Neta Elkayam livre tout dans chacune de ses prestations. Plus qu'une démonstration de son talent, elle raconte une histoire, chante ses peines et ses incertitudes, mais toujours avec cette touche d'optimisme et de bonne humeur. On applaudit, on danse, on savoure le moment présent comme si plus rien n'avait d'importance. La chanteuse, un bendir à la main, fait ressurgir ces mélodies et rythmes que chaque Marocain a connus, durant son enfance, lors d'une réunion familiale, d'un mariage. Sa musique est fédératrice. «Chanter en darija en Israël devrait être quelque chose de commun, de normal. Telle est ma conviction. Je suis sûre que nous pouvons faire tomber les barrières si on réclame notre culture. Aujourd'hui, nous n'avons pas le choix. Je suis née en Israël, je ne l'ai pas choisi. Les Palestiniens aussi n'ont rien choisi. On essaie de parler, de discuter pour que les prochaines générations soient «moins en conflit».
Le film d'une vie
Neta Elkayam inspire forcément. Kamal Hachkar, le réalisateur de «Tinghir-Jérusalem, les échos du Mellah», la découvre et tombe sous le charme. Il décide alors de faire un film-documentaire sur le personnage. «Avec ce film, je pense que je vais en apprendre plus sur moi-même», avoue la chanteuse. «Quand je suis arrivée pour la première fois à Tinghir, j'ai compris beaucoup de choses sur ma grand-mère. Quand j'ai découvert Tinghir à 28 ans, elle était déjà morte depuis 10 ans. Je n'avais pas parlé en darija depuis. J'ai tout compris». Elle ressent cette belle énergie et accepte de se lancer dans cette aventure. «Je sais que tout n'est pas rose. Je vois des musulmans qui ne veulent pas des juifs ici, je vois des juifs qui ne veulent pas des musulmans là-bas, mais c'est trop facile et caricatural. J'espère que mon message, celui d'une juive marocaine voulant tout simplement cohabiter, sera bénéfique». Un message qu'elle porte jusqu'à Essaouira, une ville et un festival qu'elle découvre grâce à Kamal Hachkar. «La rencontre avec André Azoulay a été magique. C'est la première fois que je rencontrais un Marocain avec des idées politiques et un charisme auxquels je pouvais complètement m'identifier. André Azoulay est mon Gandhi. Il n'a pas peur de critiquer, lorsque cela est nécessaire.
Il délivre un message d'amour et de paix, et de marocanité incroyable». Aujourd'hui, elle joue avec le Palestinien à la voix d'or, Maher Deeba, accompagnés tous deux par Amit Hai Cohen, toujours au piano, Elad Levi au violon ou encore de Netanel Ben Shitrit à la derbouka. Israël et Palestine ne font plus qu'un, un espace où l'on chante du Fayrouz ou du Nizar Kabani à l'unisson. «Al Qods», chanté par le groupe, est un pur moment de magie à la portée symbolique énorme. La musicienne veut également chanter en amazigh en hommage à ses grands-parents qui ont dû laisser de côté cette langue en arrivant en Israël .Elle revient l'été prochain pour un projet avec des musiciens d'Essaouira, avec qui elle a joué à la salle Omnisport, le samedi de la clôture du festival. Féministe et activiste, c'est aussi le combat d'une femme qui s'exprime sur la politique et la liberté, des thèmes qui lui sont chers et qu'elle mobilise dans les textes de ses chansons. Rêveuse, elle se projette dans un avenir meilleur, sans pour autant oublier son passé. Une idéaliste au grand cœur, qui chante un monde meilleur où elle serait à la fois juive, marocaine et femme, tout simplement.


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