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Défaillance d'entreprises : 2016, l'année de tous les dangers
Publié dans Les ECO le 10 - 12 - 2015

L'année 2016 n'augure rien de bon, concernant les défaillances d'entreprises. Les observatoires et experts semblent être unanimes sur le constat suivant: une augmentation de 10% des défaillances d'entreprises devrait être enregistrée l'année prochaine. Parmi les principaux secteurs touchés, les experts lancent l'alerte sur le secteur du commerce, égrenant des raisons «classiques» de défaillances telles que les délais de paiement ou encore l'informel.
Les statistiques convergent aujourd'hui vers la confirmation de la mauvaise conjoncture que traversent aujourd'hui les entreprises marocaines. Les dernières statistiques fournies par Inforisk ainsi que les résultats de la récente étude de l'Observatoire du commerce d'Euler Hermes s'accordent sur un nombre d'entreprises déclarées défaillantes qui serait compris entre 5.700 et 5.800 pour l'année 2015. À quelques semaines de la clôture de l'année, les perspectives ne semblent guère reluisantes puisque les chiffres des défaillances d'entreprises en 2015 devraient augmenter de plus de 15% par rapport à 2014, et devraient ainsi se situer entre 17 et 20%. Plus inquiétant encore, les économistes semblent également s'accorder sur un fait: certaines entreprises qui ont pu résister durant l'année 2015 pourraient bien basculer et risquer le dépôt de bilan l'année prochaine, puisque les défaillances d'entreprises devraient statistiquement augmenter de 10% en 2016. Allongement des délais de paiement ou encore concurrence déloyale de l'informel sont les principales raisons avancées par les experts pour expliquer ce phénomène.
Délais de paiement, un boulet pour les entreprises
Le lobbying pour une application stricto sensu de la loi sur les délais de paiement continue, bien que ses effets ne semblent avoir eu d'impact. Et pour cause, l'allongement des délais de paiement continue à plomber la trésorerie des entreprises et plus particulièrement des petites structures fragilisées par l'accumulation des retards de paiement de leurs clients. «Aujourd'hui, nous en sommes arrivés au point d'accepter de recevoir des traites avec échéances, avec aussi des retards et des impayés», déplore un chef d'entreprise opérant dans le BTP, un des secteurs les plus touchés par les défaillances. Il ajoute: «Nous étions auparavant payés par chèques avec des paiements réguliers avant de voir une tendance des impayés grandir et prendre de l'ampleur ces 4 derniers mois». Un autre opérateur donne une explication allant dans le même sens: «Les entreprises qui parviennent à supporter les délais de paiement à rallonge sont généralement des entreprises de grande taille, très structurées. Aujourd'hui, les petites entreprises n'ont ni la capacité, ni le luxe de pouvoir survivre à des délais de paiement longs». Le constat est donc clair: les délais de paiement à rallonge continuent de miner les activités des TPME qui, pour les plus chanceuses d'entre elles, parviennent à subsister, avec tout de même une crainte: celle des perspectives 2016.
Le «danger» de l'informel
Les requêtes de la CGEM, matérialisées notamment par une étude menée par un grand cabinet de la place sur la compétitivité des entreprises, n'ont eu de cesse de mettre l'accent sur la nécessité de maîtriser l'informel voire même de l'éradiquer. Ce dernier représente en effet aujourd'hui près de 1,5 million d'unités, dont la moitié opère dans le secteur du commerce, ce qui expliquerait les conclusions de l'analyse sectorielle réalisée par Inforisk qui font état d'un secteur très touché par les défaillances d'entreprises: le commerce. Il est à noter qu'outre l'effet néfaste que l'informel exerce sur les activités des entreprises opérant dans le secteur formel, les entreprises informelles continuent de coûter très cher à l'Etat dans la mesure où ces dernières ne contractent pas de couverture sociale pour leurs employés, ne paient pas d'impôts et pratiquent une concurrence déloyale envers les entreprises structurées. Ce poids de l'informel dans l'économie nationale exerce une influence néfaste sur l'environnement des affaires, et de surcroît sur la compétitivité des autres entreprises nationales. Pour y remédier, l'Etat a introduit un certain nombre de mesures fiscales dans la dernière mouture du projet de loi de Finances et a déployé des mesures incitatives, le statut de l'auto-entrepreneur, qui vise à encourager les jeunes à «formaliser» leur activité dans un cadre simplifié et incitatif, pour ne citer que lui. Pour l'heure, l'informel continue à gangrener l'activité des entreprises. Sur ce point, les analystes sont unanimes: il s'agit bien d'une des causes principales de défaillance d'entreprises.
Amine Diouri
Responsable des études PME, observatoire Inforisk de l'entreprise
Inverser les courbes de défaillances, c'est possible !
L'année 2015 devrait clôturer avec le plus haut taux de défaillances d'entreprises jamais atteint depuis 2009. Ces défaillances serait essentiellement dues à un faible taux de croissance du PIB et aux problématiques de délais de paiement. Amine Diouri revient en détail sur l'évolution des défaillances d'entreprises et les raisons qui pourraient accentuer ce phénomène en 2016.
Les ECO : À quelques semaines de la fin de 2015, quel bilan faites-vous des défaillances d'entreprises pour cette année ?
Amine Diouri : Pour 2015, il faudra s'attendre à un pic jamais atteint depuis 2009, ainsi qu'à une augmentation des défaillances de plus de 15% par rapport à 2014. En 2016, le nombre de défaillances d'entreprises devrait augmenter, et ce pour deux principales raisons. La première concerne le taux de croissance du PIB attendu au Maroc pour l'année prochaine: il devrait osciller entre 2,5% et 3,5%, selon les données officielles, notamment celles du HCP. Or, une étude réalisée par Inforisk sur un historique de plusieurs années montrait que pour inverser les courbes de défaillances d'entreprises, il fallait au minimum atteindre un taux de croissance annuel du PIB supérieur à 5 - 5,5%. Les prévisions dans ce domaine ne plaident pas pour l'optimisme. Deuxième point important: celui des délais de paiement, qui sont à un niveau historiquement élevé (jusqu'à 1 an pour certains secteurs) et qui se sont fortement allongés ces dernières années. Pour financer ce supplément de BFR, les entreprises n'ont pas d'autre choix que de le financer par du crédit de trésorerie. Or, nous savons, d'après les dernières statistiques publiées par Bank Al-Maghrib, que l'encours de crédit de trésorerie a diminué. Leur seule chance de survie reste donc d'allonger elles-mêmes leurs délais fournisseurs et ainsi d'alimenter ce cercle vicieux. On voit donc que face à ce resserrement bancaire, les perspectives de survie des TPE/PME les plus fragilisées ne sont pas bonnes.
Quelles sont aujourd'hui les principales causes de défaillances d'entreprises relevées ?
Plusieurs raisons expliquent cette hausse des défaillances. Une étude Inforisk sur les TPE-PME montrait que les entreprises de petite taille (chiffre d'affaires inférieur à 10 MDH) souffraient le plus de divers maux: baisse tendancielle de leur carnet de commande (-17% de CA sur la période 2011-2013) et une marge opérationnelle qui s'érode (-5 points sur la même période). Sur ces points, et pour les TPE-PME industrielles, j'attends beaucoup du Plan d'accélération industrielle proposé par notre gouvernement pour redynamiser leurs carnets de commande. Mais comme je l'ai dit ci-dessus, la cause principale des défaillances reste les délais de paiement. Pour voir une réelle amélioration de la situation des TPE/PME, il faut impérativement que la deuxième mouture de la loi sur les délais de paiement soit rapidement opérationnelle et que les entreprises publiques soient autant concernées par cette loi que les entreprises privées. Un effort dans ce sens a été annoncé par le gouvernement, notamment à travers une réorganisation interne des entreprises publiques afin qu'elles soient en mesure d'appliquer de manière effective les dispositions de la loi. En somme, tout dépendra en 2016 de la nouvelle mouture de la loi et de son application.
Dans une analyse sectorielle, quels sont les secteurs les plus touchés ?
Aujourd'hui, clairement, le secteur le plus touché est celui du commerce de gros (34% des défaillances), suivi par l'immobilier (20%) et le BTP (17%). On voit donc que ces trois secteurs touchés représentent plus de 2/3 des défaillances d'entreprises. Concernant le premier secteur, la concurrence déloyale de l'informel est une première explication du nombre important de défaillances. Par rapport à l'immobilier et au BTP, ces deux secteurs sont touchés par des effets conjoncturels qui fragilisent les entreprises de ces secteurs d'activité.


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