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Espagne: l'héroïque combat du corps soignant marocain
Publié dans Les ECO le 04 - 04 - 2020

Des centaines de médecins et infirmiers marocains luttent avec leurs collègues espagnols pour endiguer la pandémie. Ils confient leurs peurs et et inquiétudes. Exténués mais déterminés, leur volonté de mener ce combat jusqu'au bout est inébranlable. Reportage…
Depuis le début de la crise sanitaire, Youness Regragui enfile sa blouse de médecin la peur au ventre. Ce médecin marocain exerçant en Espagne affronte chaque jour le Covid-19, cet ennemi invisible qui a fait des ravages au sein de la population espagnole. «Dès que j'enfile mon équipement médical, je déclenche le mode automatique. Je n'ai pas le temps de réfléchir à autre chose qu'à mes patients, au traitement et aux gestes barrières à adopter. Ce n'est qu'en fin de journée, quand je prends ma douche pour rentrer chez moi, que je réalise le poids de cette lutte que nous menons chaque jour», confie-t-il durant sa brève pause.
En arpentant les rues vides, Regragui se rend compte de la gravité du moment. Il faut dire que ce praticien marocain se bat en ligne de front. Alors que la population est confinée chez elle pour faire fléchir la courbe des contaminés, ce médecin urgentiste est chargé de la périlleuse tâche de dresser un premier bilan des patients affluant aux urgences de cet hôpital de Malaga. «C'était une semaine chaotique. Les cas sévères se multiplient. Il n'est plus question de personnes âgées comme cela a été le cas au début de la pandémie. Le virus frappe sans merci et ne fait plus de distinction entre les différentes tranches d'âge. J'ai eu affaire à des jeunes entre 35 et 40 ans, sans antécédents et non-fumeurs! Le virus n'a pas livré tous ses secrets», affirme-t-il, résigné. «Nous sommes démunis face à ce virus», reconnaît-il. «Quand nous faisons des radiographies du thorax, nous constatons à l'œil nu comment ce maudit virus dévore les poumons. C'est déconcertant», relève-t-il.
Des professionnels en danger
Dans son service, 18 médecins ont été testés positifs. «Quand un praticien est infecté, la charge de travail retombe sur nous et nous devons redoubler d'efforts alors que nous manquons terriblement d'équipements pour affronter cette pandémie. Nous sommes directement exposés. Ce n'est pas un combat d'égal à égal», déplore-t-il.
De fait, les médecins espagnols payent un lourd tribut pour lutter contre le Covid-19. L'Espagne enregistre le taux d'infection le plus élevé au sein du corps soignant en Europe. Le pays recense 9.444 testés positifs au sein dudit corps. Durant les cinq derniers jours, ce taux a augmenté de 177%. Trois médecins, dont une jeune de 28 ans, ont laissé leur vie dans cette lutte désespérée pour freiner la propagation du virus. «Le soir, je rentre chez moi auprès de mes enfants avec l'angoisse d'avoir ramené le virus sous mon toit. Ce n'est pas évident à gérer sur le plan psychologique», admet-il.
Déficit en matériel sanitaire
Au nord du pays, Othman El. médecin de famille dans un centre hospitalier de la région de Castille-et León, charge les autorités sanitaires de la région. «Nous payons cher la pénurie des équipements de protection», affirme-t-il depuis sa maison où il est placé en quarantaine après une suspicion d'infection. Il attend les résultats d'un deuxième test du Covid-19 après un premier qui s'est avéré négatif. «Nous manquons d'équipements basiques: gants, tests… vraiment tout! Nous reprochons aux responsables de nous exposer sans nous donner de matériel pour nous protéger», s'indigne-t-il Bien avant le déclenchement de la crise sanitaire, des médecins espagnols sont descendus dans la rue pour exiger un système de santé plus solide. Or, les autorités sont restées sourdes aux cris de détresse du corps soignant. «Cela fait deux semaines que je suis confiné et c'est dur. Les idées noires prennent parfois le dessus. L'exercice n'est pas anodin mais, si je suis dépisté négatif, je souhaiterai reprendre le lendemain mon activité et retourner au front», tranche-t-il. À Terrassa, dans la région catalane, Kenza El vient de boucler sa journée de travail. Cette jeune infirmière dans un hôpital semi-public raconte, exténuée, comment cette situation l'a propulsée dans un monde inconnu. Elle vient de se soumettre à un test, et le premier résultat est négatif. «J'ai pensé à mon mari et me suis dit que je l'avais peut-être infecté», avoue-t-elle avec une pointe de culpabilité. «Le virus nous a pris de court. Les protocoles changent chaque jour. Nous sommes perdus et avançons à tâtons».
Dans son service, dix soignants ont été infectés suite à un contact avec les patients. «Notre objectif à présent est de minimiser l'exposition du personnel soignant au risque de contagion. Je ne vois pas ma famille depuis le début de cette crise», souffle-t-elle. En plus de soigner et de venir en aide aux patients, elle remplit aussi un rôle de confidente voire d'assistance sociale. «Il y a des cas sociaux qui brisent le cœur: des personnes infectées qui doivent observer la quarantaine chez elles. Or, elles vivent seules ou avec des enfants à charge et doivent sortir faire des courses. Le risque de propager le virus est donc plus grand», déplore cette infirmière. «À la fin de la journée, je me sens vidée, sur le plan physique mais surtout moral. Je dors mal, je fais des cauchemars. C'est dur, très dur», avoue-t-elle sans détour.
«On travaille avec la peur au ventre»
Cette impuissance face à une situation incontrôlable est partagée par toute la profession. Hanane Benabdellah, médecin interne à l'hôpital Reina Sofia à Cordoue, reconnaît que la peur s'empare du personnel soignant. «J'essaye de surmonter cela. J'ai le privilège de vivre seule et ne peux donc infecter personne en cas de contagion. Mais si j'étais avec mes parents, j'irais vivre seule pour ne pas les exposer à ce risque», admet-elle. Benabdellah ne se laisse pas abattre. «C'est mon devoir de médecin de porter secours et d'aider. Oui, je ressens de la fierté, mais c'est d'abord une question humanitaire. C'est pour cela que j'ai choisi ce métier», affirme, déterminée, la jeune docteur marocaine.
Dans l'hôpital où officie Youness Regragui, des collègues sont déjà sous antidépresseurs. «La direction nous prodigue un soutien psychologique; hélas, nous n'avons pas le temps de nous épancher. Nous menons une course contre la montre», reconnaît-il. Plus loin, Othman El. attend impatiemment les résultats de son test. «Je veux revenir auprès de mes collègues. Chaque personne compte et je veux aider. Les patients ont besoin de nous. Ce combat, nous le remporterons tous ensemble. Les gens nous applaudissent. C'est un travail d'équipe, nous allons y arriver ensemble». Le verdict est tombé lundi soir: négatif. Il enfilera de nouveau sa blouse blanche et ira au front, déterminé, comme tous ses frères et sœurs d'armes, prêt à en découdre avec cet ennemi invisible.


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