Le prix du gasoil repartira à la hausse dès le 15 novembre, mettant fin à une période d'accalmie sur les carburants. Cette évolution, imputée au rebond des cotations du Platts et aux tensions sur le marché des produits raffinés, reflète une volatilité mondiale, laquelle a d'ailleurs été soulevée dans le dernier World Energy Outlook. Dans ce contexte global en recomposition, le Maroc doit composer avec ses propres vulnérabilités énergétiques. Les choses ne durent qu'un temps, comme les saisons. L'adage s'applique avec justesse au secteur des hydrocarbures au Maroc. Après une longue accalmie, marquée par une tendance baissière persistante, les prix à la pompe s'apprêtent à repartir à la hausse durant la prochaine quinzaine de novembre. Au grand dam des automobilistes, c'est surtout le gasoil qui devrait être révisé à la hausse, de l'ordre d'une dizaine de centimes. Cette évolution résulte d'une mécanique internationale complexe. «Le cours du baril de Brent est certes stable depuis un certain temps, mais comme le Maroc importe des produits pétroliers raffinés, ce sont les cotations du Platts qui prévalent. Or, celles-ci ont connu un rebond ces derniers jours, en raison notamment des sanctions visant la Russie. Le transport peine à acheminer les produits raffinés, ce qui crée une rareté sur le marché international. Les prix devraient donc évoluer à la hausse», estime Mostafa Labrak, directeur général d'Energysium Consulting et expert en énergie. Une demande soutenue en électricité Cette tension, qui se traduit directement dans le portefeuille des consommateurs marocains, replace le pays dans le grand échiquier énergétique mondial. Elle rappelle aussi que les fluctuations locales ne sont jamais que le reflet d'un marché global traversé par des incertitudes grandissantes. C'est précisément dans ce climat mouvant que s'inscrit le dernier World Energy Outlook 2025 de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), dont les conclusions mettent en perspective l'environnement dans lequel évoluent les marchés pétroliers et gaziers. Dans un contexte de sécurité énergétique de plus en plus complexe, marqué par des tensions géopolitiques et une diversité inédite des sources d'énergie, le rapport souligne les choix difficiles auxquels les gouvernements seront confrontés. Il s'appuie sur trois scénarios qui ne sont pas des prévisions, mais des trajectoires possibles permettant d'évaluer les implications des politiques publiques, des investissements et des innovations technologiques. Tous convergent toutefois vers un constat partagé. La demande de services énergétiques poursuivra sa croissance au cours des prochaines décennies. Qu'il s'agisse de mobilité, de chauffage, de climatisation, d'éclairage ou de services numériques, les besoins augmentent, poussés notamment par l'essor des économies émergentes et des usages liés à l'intelligence artificielle. L'Inde, l'Asie du Sud-Est et plusieurs pays du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Amérique latine devraient jouer un rôle structurant dans les années à venir. Ces régions prennent progressivement le relais de la Chine, dont l'ascension énergétique depuis 2010 reste sans équivalent. Parallèlement, de nouveaux risques apparaissent. Les tensions sur les chaînes d'approvisionnement en minerais critiques, essentielles aux batteries, aux réseaux électriques ou encore aux industries numériques, exposent les Etats à des vulnérabilités inédites. Comme le souligne l'AIE, un seul pays concentre plus des deux tiers du raffinage de ces matières stratégiques, une situation qui n'est pas sans conséquences sur les ambitions de transition énergétique. Le rapport attire également l'attention sur le rôle central de l'électricité dans les économies modernes. La demande mondiale progresse désormais plus vite que la consommation énergétique totale, stimulée par la montée en puissance des centres de données et des technologies numériques. Cette dynamique appelle des investissements massifs dans les réseaux électriques, le stockage et les infrastructures de flexibilité, dont le développement reste insuffisant par rapport aux besoins futurs. Parallèlement, les énergies renouvelables, menées par le solaire photovoltaïque, poursuivent leur ascension, tandis que l'énergie nucléaire connaît un regain d'intérêt après deux décennies de stagnation. Une dépendance sous tension C'est dans cette configuration globale que se situe le Maroc, lequel ne déroge pas aux défis identifiés par l'AIE. Sa dépendance énergétique, parmi les plus élevées de la région, accentue les pressions et rend le pays particulièrement vulnérable aux fluctuations des marchés internationaux. Pour Mostafa Labrak, «la neutralité carbone exerce une pression croissante sur la demande, notamment sur l'électricité sous toutes ses formes. Elle s'accompagne aussi de l'essor, encore modéré mais réel, de la mobilité électrique. Le Maroc demeure fragile, en dépit des efforts engagés dans les infrastructures et les installations destinées à verdir le mix énergétique. Dans un contexte mondial en pleine volatilité, il est temps d'accélérer la transition afin d'assurer une souveraineté énergétique minimale». Cette fragilité est d'autant plus prononcée que 60% de l'électricité produite au Maroc provient encore du charbon. Dans un tel paysage, le recours accru au solaire et à l'éolien apparaît comme une voie inéluctable pour diversifier le mix et réduire la dépendance aux importations. Cependant, les investissements requis demeurent considérables et le pays peine encore à attirer les capitaux nécessaires, notamment en raison de l'accès limité à la moyenne tension. Une contrainte qui, selon certains professionnels, menace le modèle économique des sociétés régionales multiservices, seules habilitées à revendre l'électricité, et qui constitue un frein majeur à la participation du secteur privé. Ainsi se dessine un tableau contrasté. D'un côté, la volatilité des prix du carburant rappelle la vulnérabilité immédiate de l'économie nationale aux soubresauts des marchés internationaux. De l'autre, les orientations stratégiques proposées par l'AIE montrent que la transformation du système énergétique mondial est en marche, exigeant du Maroc une accélération de sa transition, une adaptation plus rapide et une capacité accrue à attirer les investissements indispensables pour sécuriser son avenir énergétique. Mostafa Labrak Expert en énergie «Le cours du baril de Brent est certes stable depuis un certain temps, mais comme le Maroc importe des produits pétroliers raffinés, ce sont les cotations du Platts qui prévalent. Or celles-ci ont connu un rebond ces derniers jours, en raison notamment des sanctions visant la Russie. Le transport peine à acheminer les produits raffinés, ce qui crée une rareté sur le marché international. Les prix devraient donc évoluer à la hausse.» Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO