Derrière les plateformes, les indicateurs et les feuilles de route, se joue désormais la capacité de l'Etat à simplifier la vie des entreprises, à soutenir les startups et à diffuser la transformation digitale au-delà des grands centres urbains. Face aux députés, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a défendu la trajectoire engagée, chiffres à l'appui, tout en reconnaissant que le rythme et l'impact du déploiement restent perfectibles sur le terrain. La transformation numérique n'est plus un chantier abstrait réservé aux stratégies et aux discours prospectifs.Elle se mesure désormais à l'aune de l'accès au financement, de la simplification administrative et de l'impact réel sur les entreprises et les citoyens. Interpellée à la Chambre des représentants sur l'état d'avancement de la stratégie Maroc Digital 2030 et sur le soutien aux startups, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a présenté un état des lieux détaillé, chiffres à l'appui, tout en admettant que le déploiement reste perfectible. Au cœur de l'intervention ministérielle, le soutien aux jeunes pousses technologiques s'impose comme l'un des piliers de la politique publique numérique. «Le soutien aux startups a mobilisé un budget global de plus de 1,3 milliard de dirhams», a indiqué la ministre, précisant que cet effort s'est traduit par la contractualisation avec six structures d'incubation et d'accélération, dont deux nationales et quatre internationales. Dans le cadre du programme Venture Capital Startup, neuf sociétés de gestion de fonds d'investissement ont également été sélectionnées, «trois marocaines et six internationales», afin d'accélérer la croissance des startups nationales et de poser les bases d'une industrie nationale du capital-risque. Selon la ministre, ces dispositifs ont permis de financer plus de 800 startups à travers le programme VC Startup, marquant une étape structurante dans la maturation de l'écosystème entrepreneurial numérique. Technoparks, accompagnement régional et inclusion économique Au-delà du financement, l'action gouvernementale s'étend à l'accompagnement territorial. La ministre a fait état de 31 programmes d'accompagnement en cours de déploiement, qui devraient bénéficier à 815 startups dans sept régions, à l'horizon 2027, dans le cadre de l'extension du réseau des Technoparks. La numérisation du tissu économique traditionnel constitue un autre axe stratégique. À travers le programme Digit PME, neuf startups accompagnent la transformation digitale de 300 Très petites entreprises, dont 120 bénéficient d'un accompagnement direct pour la numérisation de leurs services. «Nous considérons ce chantier comme fondamental pour l'avenir de l'économie et de l'emploi des jeunes», a souligné Amal El Fallah Seghrouchni, tout en reconnaissant, en réponse aux députés, que «de nombreux jeunes continuent de se plaindre de la difficulté d'accès au financement, de la complexité des procédures et de la faiblesse de l'accompagnement sur le terrain». Concernant le volet administratif, la ministre a mis en avant l'accélération de la dématérialisation des démarches. «Plus de 35.000 entreprises ont été créées par voie électronique grâce à la plateforme dédiée», a-t-elle affirmé, ajoutant que le portail national des services numériques propose désormais plus de 600 prestations couvrant plusieurs domaines administratifs. En matière de conformité réglementaire, elle a indiqué qu'environ 50% des processus numériques respectent actuellement les exigences de la loi 09.08 relative à la protection des données personnelles et de la loi 05.20 sur la cybersécurité, soit «plus de 120 services numériques déjà mis en conformité», avec un objectif de généralisation progressive. La ministre a également évoqué l'évolution du portail Idaraty, autour d'un projet de structuration et d'unification des données et des décisions administratives. «Cette base de données unifiée permettra le développement d'un chatbot intelligent capable de fournir des réponses précises et fiables aux usagers», a-t-elle précisé, rappelant qu'un projet pilote portant sur plus de 300 procédures prioritaires est déjà opérationnel. Maroc Digital 2030 et intelligence artificielle en ligne de mire S'agissant de la stratégie Maroc Digital 2030, lancée le 25 septembre 2024, Amal El Fallah Seghrouchni a affirmé qu'elle a permis «d'enregistrer des avancées concrètes», notamment dans l'offshoring. Le secteur de la délocalisation des services a ainsi généré plus de 26 milliards de dirhams de recettes à l'export en 2024, avec un taux de croissance annuel moyen de 28,9%. La ministre a également détaillé l'effort consenti en matière de formation, avec la création de 416 nouvelles filières, l'inscription de plus de 22.000 étudiants dans les cursus numériques, l'octroi de bourses de 7.000 dirhams aux doctorants, ainsi que le lancement de trois écoles de programmation ayant déjà formé 2.660 jeunes. Sur le front des infrastructures, elle a cité le lancement de trois data centers, la préparation d'une feuille de route pour le cloud, la couverture de 10.690 zones en 4G, la programmation de 2.000 zones supplémentaires d'ici 2026, et le déploiement de la 5G dans plus de 50 villes. Enfin, la ministre a annoncé que la feuille de route «Maroc IA 2030» sera dévoilée en janvier 2026, avec la création du réseau national des centres d'excellence Jazari Institute, chargé de piloter la recherche et l'innovation en intelligence artificielle. Elle a rappelé que le Maroc a gagné 14 places dans l'indice mondial de préparation à l'IA, atteignant, en 2025, la 87e position mondiale et la 8e place régionale MENA. Faiza Rhoul / Les Inspirations ECO