Ils sont industriels, patrons de fédérations, hauts responsables ou porteurs d'initiatives. Tous ont vécu 2025 de l'intérieur. Leurs témoignages composent le récit d'un Maroc qui change de cap : plus productif, plus stratégique, plus souverain. Les Inspirations ECO croise leurs regards pour éclairer les défis et les priorités d'une année 2026 à fort enjeu. Pour Zakaria Fahim, président de l'Union nationale des autoentrepreneurs – Bidaya Managing Partner BDO Morocco, l'auto-entrepreneuriat au Maroc ressemble à un moteur qui manque de carburant. « À l'issue de l'année 2025, le dispositif de l'auto-entrepreneuriat au Maroc continue d'afficher un décalage préoccupant entre son ambition et sa réalité. Le chiffre officiel de 400.000 auto-entrepreneurs inscrits paraît honorable, mais il reste très en-deçà du potentiel estimé à plus de 3 millions d'actifs concernés par ce statut simplifié. C'est à peine 13% de la population cible. Le chantier de la massification est donc loin d'être achevé », déclare-t-il. Et d'ajouter: « Par ailleurs, le chiffre d'affaires cumulé est estimé à 8 milliards de dirhams, concentré dans quelques secteurs : commerce, services de proximité, micro-prestations numériques. L'Etat a bien tenté de structurer l'écosystème avec le déploiement de la Charte de l'investissement, du Pacte national pour l'émergence industrielle et de la Charte TPE, mais ces mécanismes restent inadaptés à la réalité des auto-entrepreneurs, trop contraignants, trop administratifs, et focalisés sur des structures plus formelles ». « Concernant le Small Business Act for Africa, je me réjouis de voir que le Small Business Act for Africa (SBAA) commence à faire son chemin dans les cercles institutionnels. Mais à ce stade, le SBAA reste un projet structurant, non encore légiféré ni doté de moyens concrets. Il représente une vision salutaire, mais encore hors de portée immédiate pour les 2,6 millions d'auto-entrepreneurs non intégrés au circuit formel », affirme-t-il. « De manière globale, l'année 2026 doit marquer le passage d'une logique de guichet à une logique de parcours pour l'autoentrepreneur marocain. Il faut une réforme profonde du statut d'auto-entrepreneur. Nous plaidons pour un alignement progressif sur les pratiques internationales, à l'image de la France ou du Canada. De plus, le statut souffre d'une stigmatisation injuste, nourrie par quelques abus isolés. Il est urgent de redonner de la dignité entrepreneuriale à cette population : par la formation, l'accompagnement, mais aussi une reconnaissance juridique et économique dans les appels d'offres », indique Zakaria Fahim. « Nous appelons, aussi, à l'élargissement de l'éligibilité des fonds publics à l'autoentrepreneuriat non tech, via des lignes spécifiques de microcrédit, d'accompagnement à la bancarisation, et de préfinancement des premières commandes. Nous avons une jeunesse prête à entreprendre, des femmes résilientes, une diaspora qui croit dans l'Afrique. L'année 2026 doit être celle du courage politique. Le Maroc ne pourra construire une économie inclusive sans traiter sérieusement le socle de sa pyramide entrepreneuriale », conclut-il.