Sous l'effet conjugué des pluies intenses, des chutes des températures, plusieurs cultures, principalement les maraîchères, ont vu leurs prix s'envoler, conséquence de déséquilibres au niveau de l'offre et de la demande. Principalement concernés : les agrumes, les oignons et les pommes de terre. Une arme à double tranchant. La vague de froid qui sévit au Maroc depuis plusieurs semaines touche la quasi-totalité des régions et plaines agricoles. Si ce phénomène climatique, accompagné d'intenses pluies, s'avère bénéfique pour certaines cultures comme les fruits rouges (notamment la framboise et la myrtille) et les pommiers, il est désastreux pour d'autres. Les agrumes, la pomme de terre et l'oignon subissent de plein fouet l'intensité des précipitations et la baisse des températures aux sols, tandis que le froid ralentit aussi la croissance des cultures maraîchères. À l'instar des années précédentes, cette situation, couplée à l'avènement d'autres intempéries, a déjà fait grimper les prix sous l'effet conjugué de la chute des températures et des dégâts impactant les sols et les cultures, déséquilibrant ainsi l'offre et la demande sur le marché. On remarque ainsi des prix anormalement élevés en grande surface à Agadir par exemple, qui est pourtant une ville proche de la plaine de Chtouka, première zone primeuriste du Royaume, considérée comme le potager du Maroc en raison de son rôle stratégique dans la production maraîchère nationale et internationale. Côté chiffres, les prix de vente relevés mardi 30 décembre 2025 dans deux hypermarchés d'Agadir montrent qu'il faut compter entre 14 et 15,95 dirhams pour le kilogramme de courgette, 7,95 à 9,95 le kilo de poivron vert, tandis que la tomate ronde s'achète à 7,96 dirhams, contre 6,95 à 10,95 pour la pomme de terre selon les variétés, et 10,50 dirhams pour l'oignon. Variables structurelles À titre de comparaison, l'écart se creuse davantage à Casablanca, où les prix de la courgette (16,95 dirhams) et surtout du poivron vert (19,95 dirhams) s'envolent. Le constat est le même pour les tomates et les oignons, avec des prix oscillant respectivement autour de 7,96 et 10,50 dirhams le kilo. En revanche, on observe des prix relativement modérés pour la pomme de terre (7,96 dirhams). L'envolée constatée au niveau des prix s'explique par de nombreuses variables structurelles, telles que la priorité donnée à l'export depuis le début de la campagne où les prix sont plus ou moins rémunérateurs – notamment pour les marchés de l'UE et de l'Afrique – et la hausse du coût du transport dans ces conditions climatiques spécifiques. Les acteurs du secteur craigne que la situation s'aggrave dans les prochaines semaines. En effet, la reprise normale des flux d'exportation après les fêtes de fin d'année, conjuguée à une hausse de la consommation interne et d'autres intempéries, devrait accentuer la pression sur l'offre. Le mois de décembre est historiquement marqué par une faible activité pour la tomate et les primeurs, à l'export, conséquence directe du changement des habitudes de consommation durant ces festivités. Malgré ce contexte climatique difficile, la plaine de Chtouka continue d'approvisionner le marché national. Le froid, régulateur de prix ? Les températures actuelles (8°C la nuit / 18°C le jour) sont jugées satisfaisantes par les professionnels pour maintenir une certaine régulation des prix domestiques, dans un contexte de baisse des cours en Europe. À noter que durant deux semaines, une forte baisse de production a été enregistrée en raison du froid qui a frappé la plaine de Chtouka, coïncidant avec une production européenne tardive sur le marché à l'export et une production locale en recul. Dans les jours qui viennent, l'arrivée prochaine de pics de production, favorisée par le redoux, laisse toutefois espérer un allègement des prix au niveau national. Les agrumes dans le rouge S'il y a une culture qui a été touchée par cet épisode pluvieux, c'est bien évidemment la production agrumicole qui a subi et subira des pertes avec une hausse de prix durant les prochains jours. Selon les professionnels, la baisse de la production et la pénurie de la main-d'œuvre en raison des conditions climatiques difficiles ont causé la perte d'une partie de la récolte en raison des intempéries qui ont submergé les exploitations dans plusieurs zones de production, surtout dans le Gharb avec la chute de fruits, essentiellement la clémentine avec les fortes précipitations enregistrées. Le constat est le même pour les pommes de terre alors que la production de l'oignon vert entraînera une baisse prévue des prix dans les jours qui viennent en allégeant la pression sur les prix. Yassine Saber / Les Inspirations ECO