La météo impose son diktat à la filière avicole nationale. Privés de près de la moitié de leurs commandes d'aliments, les producteurs anticipent les abattages et livrent des volailles plus légères. Si la surproduction passée amortit le choc immédiat sur les prix, le secteur appelle désormais à renforcer les infrastructures de stockage pour garantir la stabilité face aux aléas climatiques. Les récentes conditions météorologiques défavorables sur la façade atlantique ont engendré des perturbations significatives dans l'activité des ports de Mohammédia et de Jorf-Lasfar. Des vents violents et une houle importante ont contraint les autorités portuaires et les compagnies maritimes à suspendre les manœuvres d'accostage pour des raisons de sécurité. Le maintien des navires en rade a provoqué la formation d'une file d'attente visible au large, alors que les services douaniers et portuaires demeurent opérationnels en continu. La problématique réside exclusivement dans l'impossibilité physique pour les vraquiers d'accéder aux quais. Cette situation met en lumière un autre fait inquiétant: la forte exposition de la filière avicole nationale aux flux internationaux. Le secteur dépend en effet des importations pour environ 80% de ses besoins en maïs et tourteaux de soja, qui constituent la base de l'alimentation des volailles. L'arrêt temporaire des débarquements a immédiatement affecté la disponibilité de ces matières premières essentielles. Les usines d'aliments composés, fonctionnant en flux tendus, se trouvent dans l'incapacité de maintenir un rythme de production normal. Le ralentissement des rotations logistiques menace la continuité de la chaîne de valeur avicole, depuis l'importateur jusqu'à l'éleveur. Le rationnement des usines limite les livraisons à 40% des commandes La pénurie d'intrants a contraint les fabricants d'aliments à instaurer des mesures de rationnement strictes auprès des éleveurs. Selon les professionnels de la filière, les quantités livrées ne correspondent plus aux volumes commandés. Un éleveur sollicitant dix tonnes d'aliments n'en reçoit actuellement que trois ou quatre. Une telle restriction oblige les professionnels à adapter leurs itinéraires techniques dans l'urgence. La réduction des apports nutritionnels a des répercussions physiologiques immédiates sur le cheptel avicole. Les conséquences biologiques sont observables sur les deux principaux segments de production. Les poules pondeuses enregistrent une baisse de productivité, avec un taux de ponte inférieur à un œuf par jour en moyenne. Concernant le poulet de chair, les éleveurs anticipent l'abattage pour éviter une rupture alimentaire totale. Des volailles sont commercialisées à un poids moyen de 1,2 kg, alors que le poids standard de marché se situe habituellement entre 2 kg et 2,2 kg. La vente prématurée des animaux permet aux opérateurs de limiter les pertes mais réduit mécaniquement le tonnage de viande disponible sur le marché national. Des stocks industriels réduits à moins de trois semaines de consommation L'état des lieux des réserves nationales suscite une vigilance à l'approche du mois de Ramadan. Les stocks de matières premières disponibles dans les unités industrielles couvrent une période allant de quelques jours à trois semaines au maximum selon les opérateurs. La persistance du blocage maritime pourrait transformer les tensions actuelles en une rupture d'approvisionnement plus marquée. La résolution de la crise reste tributaire d'une amélioration des conditions météorologiques, une fenêtre d'accalmie d'une semaine étant jugée nécessaire pour résorber l'attente des navires et relancer la chaîne logistique. Toutefois, Youssef Alaoui, président de la FISA, explique aux Inspirations ECO que le marché bénéficie encore des effets d'une période récente de surproduction. Les volumes importants produits avant la crise actuelle constituent un amortisseur temporaire. Les prix de vente, qui évoluaient en dessous des coûts de revient, pourraient connaître un réajustement. La demande spécifique du mois sacré devrait être couverte grâce aux stocks de produits finis existants, sous réserve d'un rétablissement rapide des flux d'importation. Pour surmonter cette dépendance, les acteurs de la filière appellent à des mesures structurelles pour renforcer les capacités de stockage et sécuriser l'approvisionnement futur face aux aléas climatiques. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO