Le programme Al Moutmir vient de dévoiler les résultats de sa campagne oléicole 2024-2025 lors d'un webinaire réunissant chercheurs, agronomes et agriculteurs. Avec 391 parcelles de démonstration déployées dans 23 provinces, le dispositif affiche un gain de rendement de 25% et une amélioration de 31% de l'efficience hydrique. Améliorer de 25% le rendement de l'olivier tout en consommant près d'un tiers d'eau en moins. C'est ce que suggèrent les résultats de la campagne oléicole 2024-2025 du programme Al Moutmir, présentés le 5 mars lors de son Open Innovation Lab consacré à la filière. Sur 391 plateformes de démonstration déployées à travers 23 provinces et 106 communes, le dispositif porté par l'UM6P et le Groupe OCP confronte un itinéraire technique optimisé aux pratiques habituelles des exploitants, chiffres à l'appui. Sur chaque exploitation associée au programme, les agronomes d'Al Moutmir conduisent une parcelle selon un programme de gestion intégrée fondé sur l'analyse préalable du sol, la fertilisation raisonnée, la gestion de l'eau et la protection phytosanitaire. À côté, l'exploitant conserve ses pratiques habituelles sur une parcelle témoin. Cette saison, les plateformes affichent un rendement moyen de 7,9 tonnes par hectare contre 6,3 pour les témoins. La croissance végétative des jeunes pousses progresse de 15% et le calibre des fruits, de 14%. L'efficience hydrique atteint 1,98 kg d'olives par mètre cube contre 1,51 pour les témoins, soit 31% de mieux, un indicateur d'autant plus significatif dans un pays où le stress hydrique est une variable structurelle. Smart Blender Le dispositif ne se réduit pas à une distribution d'engrais sur mesure. Piloté depuis 2022 par l'Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir, il repose sur une chaîne intégrée. Des laboratoires mobiles sillonnent les provinces pour analyser les sols, les résultats alimentent le «Smart Blender», une unité de production d'engrais qui formule selon les besoins spécifiques de chaque parcelle, et l'agronome assure ensuite un accompagnement tout au long du cycle cultural, de la taille à la récolte. C'est cette proximité qui, dans les exploitations, semble faire la différence. À Ouezzane, Zohra Lahboussi, qui se limitait jusque-là à la taille et au travail du sol, a accepté d'accueillir une plateforme de démonstration sur son exploitation. L'adoption d'une formule de fertilisation adaptée à son sol a changé la donne. «Des olives plus homogènes et mieux remplies, avec une production supérieure de 30% par rapport à la parcelle où je gardais mes pratiques habituelles», observe-t-elle. À Béni Mellal, Haddou Ourrichane avance un rendement de 12 tonnes par hectare contre 9 sur sa parcelle témoin, et concède que «cette expérience m'a convaincu de l'importance d'une fertilisation équilibrée et bien encadrée». À Guercif, El Khantach Hassan fait état d'un gain de plus de 20% et insiste sur la vigueur retrouvée de ses arbres, qu'il attribue à un suivi phytosanitaire et une taille raisonnée dont il ne mesurait pas l'incidence. Trois provinces, trois profils, un même constat. Rendements en hausse Les performances agronomiques, aussi probantes soient-elles, ne valent que si elles se traduisent dans le revenu de l'exploitant. Sur ce plan, la campagne 2024-2025 délivre un signal net. La marge bénéficiaire moyenne des plateformes de démonstration s'établit à 23.093 dirhams par hectare, contre 18.184 pour les parcelles témoins, soit un différentiel de 27%. Pour un petit oléiculteur, ce sont près de 5.000 dirhams supplémentaires par hectare qui font la différence entre une campagne qui couvre tout juste les charges et une autre qui dégage un revenu réel. Il convient toutefois de replacer ces résultats dans leur contexte. La campagne 2024-2025 a bénéficié de conditions climatiques particulièrement favorables, avec des pluies bien réparties avant le débourrement ainsi que durant la floraison et la nouaison. Dans les grandes régions oléicoles du nord et du centre, les précipitations printanières ont restauré des réserves hydriques que les années de sécheresse successives avaient sérieusement entamées. La pluviométrie a joué son rôle d'alliée naturelle. L'épreuve véritable viendra des campagnes sèches, lorsque chaque mètre cube pèsera double et que la robustesse de ces pratiques optimisées sera réellement testée. Mise en échelle Se pose dès lors la question de la mise en échelle. Les résultats de 391 plateformes ne sont pas pour autant transposables à l'ensemble de la filière. Le paysage oléicole reste morcelé en une multitude de petites exploitations, souvent isolées, où le transfert de pratiques bute sur des contraintes de ressources, d'accès à l'information et parfois de simple méfiance à l'égard de ce qui vient de l'extérieur. Al Moutmir mise sur un effet d'entraînement. Les agriculteurs qui accueillent les plateformes deviennent des relais auprès de leurs communautés, les écoles aux champs élargissent le cercle, et la plateforme numérique @tmar prolonge l'accompagnement au-delà de la parcelle. S'y ajoute Agritrial, un outil digital de suivi agronomique en temps réel qui alimente une base de données ouverte à l'ensemble de l'écosystème scientifique et professionnel de la filière. Avec plus de 7.300 plateformes dédiées à l'olivier depuis son lancement et quelque 32.000 toutes filières confondues, à travers 42 provinces, le programme a changé de dimension. L'objectif, désormais, est celui de l'autonomie, que les exploitants fassent leurs ces pratiques et les perpétuent d'eux-mêmes, sans accompagnement extérieur. C'est là tout l'enjeu des prochaines campagnes. Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ECO