Sous l'effet d'une liquidité bancaire toujours plus tendue et d'un marché obligataire en quête de repères, les dernières observations de BKGR montrent un Trésor sélectif face à une demande soutenue, dans un environnement où les rendements continuent de se redresser. Le marché obligataire entre dans une phase plus fine, moins lisible au premier regard qu'un simple mouvement de hausse ou de baisse des taux. Dans sa dernière note hebdomadaire, BKGR décrit un environnement où la pression sur la liquidité bancaire se renforce, tandis que la demande sur les bons du Trésor demeure solide, sans pour autant se traduire par des levées massives. Ce décalage entre appétit des investisseurs et sélectivité du Trésor redessine progressivement les équilibres du marché Une liquidité bancaire encore plus sous pression Premier enseignement de l'analyse de BKGR, le déficit de liquidité bancaire poursuit son creusement. Sur la période allant du 5 au 12 mars 2026, l'insuffisance moyenne de liquidité s'établit à 146 milliards de dirhams en valeur négative, soit une aggravation de 6,55% d'une semaine à l'autre. En parallèle, Bank Al-Maghrib a relevé le volume de ses avances à 7 jours de 3,7 milliards de dirhams, à 56,4 milliards. Les placements du Trésor, eux, se sont repliés, avec un encours quotidien maximal de 6,7 milliards contre 7,3 milliards la semaine précédente. Dans ce contexte, le TMP interbancaire est resté stable à 2,25%, alors que le MONIA a légèrement progressé pour atteindre 2,24%. Cette photographie confirme que la Banque centrale reste au cœur de l'ajustement monétaire. BKGR anticipe d'ailleurs une nouvelle hausse du rythme de ses interventions au cours de la prochaine période, avec des avances à 7 jours portées à 60,5 milliards de dirhams. Autrement dit, le marché continue de fonctionner sous perfusion monétaire, avec une tension qui ne se relâche pas et qui impose un calibrage très fin des injections de liquidité. Un Trésor prudent face à une demande pourtant présente Sur le marché primaire, le signal le plus marquant est celui d'un retour de la demande, mais dans un cadre d'allocation resserrée. Lors de la dernière adjudication, le Trésor a proposé 7,66 milliards de dirhams et n'en a finalement levé que 2,5 milliards, soit un taux de satisfaction global de 33%. Les levées se sont concentrées sur les maturités 52 semaines et 5 ans, respectivement pour 1,4 milliard et 1,1 milliard de dirhams. Les taux limites sont ressortis à 2,3954% sur le 52 semaines et à 2,9272% sur le 5 ans. Résultat, le taux primaire de la maturité 52 semaines a augmenté de 7,6 points de base, tandis que celui du 5 ans a reculé de 2,2 points de base. Ce comportement en dit long sur la stratégie actuelle du Trésor. Selon BKGR, l'abondance de la demande ne débouche pas sur une ouverture généralisée de la courbe. L'émetteur privilégie clairement les lignes les plus recherchées et laisse d'autres maturités en retrait. Ce choix entretient un mouvement d'aplatissement progressif, davantage assimilé à une respiration technique qu'à un véritable durcissement durable des conditions obligataires. Le message est important. Le marché ne bascule pas dans une nouvelle phase de tension structurelle, mais traverse une séquence de transition ordonnée. Le secondaire reste orienté à la hausse Le marché secondaire, en revanche, demeure sous pression. BKGR relève une poursuite du trend haussier des rendements sur plusieurs points de la courbe, avec des progressions particulièrement visibles sur les maturités 10 ans à 3,15% après une hausse de 4,27 points de base, 15 ans à 3,40% avec +4,03 points de base et 2 ans à 2,56% avec +3,51 points de base. L'ensemble de la courbe se redresse, du 13 semaines à 2,28% jusqu'au 30 ans à 4,07%, signe d'un marché toujours prudent et d'investisseurs qui exigent un supplément de rendement pour se repositionner. À cela s'ajoute un élément de contexte non négligeable. Le compartiment de la dette privée reste totalement vide sur la période observée. Aucun certificat de dépôt, bon de société de financement, billet de trésorerie ou emprunt obligataire n'a été signalé. Cela renforce la centralité du marché des BDT dans la lecture de la semaine et concentre l'attention sur les arbitrages du Trésor et de Bank Al-Maghrib. Au total, la note de BKGR décrit un marché qui ne décroche pas, mais qui cherche encore son point d'équilibre. La liquidité demeure contrainte, les injections de la Banque centrale montent en puissance, la demande reste présente sur le primaire et les rendements continuent de grimper sur le secondaire. Plus qu'un retournement brutal, c'est un ajustement sélectif qui se met en place, avec un Trésor maître du tempo et des investisseurs toujours attentifs aux prochains signaux monétaires et budgétaires.