C'est une grande première. Le projet marocain Tourba, dédié au «carbon farming», vient d'obtenir la certification du standard Verra, référence mondiale. À la clé : 270.000 hectares en transition agricole, 3.300 agriculteurs engagés et un modèle économique qui leur reverse 65% des revenus carbone. De quoi placer le Maroc à l'avant-garde de la finance climat en Afrique. Bel accomplissement dans la finance climat au Maroc. Le projet Tourba (Verra ID 4300), dédié à l'agriculture régénératrice à grande échelle, vient d'obtenir son enregistrement officiel auprès du programme Verified Carbon Standard (VCS) de Verra, le standard de certification carbone le plus reconnu au monde. Une première à cette échelle pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). Porté par la société Tourba, filiale d'INNOVX, ce projet ambitionne de transformer en profondeur les méthodes de culture sur près de 270.000 hectares à travers le Royaume. Objectif : accompagner les agriculteurs dans leur transition vers des pratiques vertueuses – semis direct, rotation des cultures, gestion durable des résidus – pour restaurer la santé des sols, renforcer la résilience climatique et générer des crédits carbone de haute intégrité. 3.300 agriculteurs déjà engagés Au-delà de l'ambition environnementale, le projet place l'agriculteur au cœur du dispositif, avec un modèle économique inédit qui pourrait faire école. En effet, plus de 3.300 agriculteurs sont déjà engagés sur six régions du pays et 65% des revenus issus de la vente des crédits carbone sont reversés directement aux agriculteurs partenaires. Ce partage de la valeur, quasi sans précédent dans le secteur, vise à récompenser financièrement les efforts de ceux qui adoptent des pratiques agricoles durables. D'ailleurs, l'ambition du projet Tourba a rapidement séduit les acteurs institutionnels. En avril 2025, lors du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM), le groupe Crédit Agricole du Maroc (CAM) et Tourba ont scellé un partenariat stratégique. Il s'agissait de lever les freins financiers à l'adoption du semis direct, pratique clé du «carbon farming». Grâce à cette alliance, intégrée au programme «ISTIDAMA» du CAM, près de 300 agriculteurs vont être accompagnés dans l'acquisition de semoirs de semis direct via des crédits à taux préférentiel. «Notre objectif est d'accompagner les agriculteurs dans l'acquisition d'équipements essentiels à la modernisation de leurs exploitations», expliquait alors Nabil Salmi, directeur général adjoint du CAM. Un mécanisme de financement qui permet un partage équilibré des investissements et accélère la transition à grande échelle. Un gage de crédibilité internationale L'enregistrement par Verra est bien plus qu'une formalité administrative. Il garantit que les réductions d'émissions générées par le projet sont réelles, mesurées et vérifiées selon des protocoles parmi les plus stricts au monde. Maintenant que le projet Tourba a été enregistré sous la méthodologie VM0017, la prochaine étape est de transiter vers la méthodologie VM0042, v2.2 avant sa première délivrance de crédits. Un point crucial : la VM0042, v2.2 a récemment été approuvée par l'Integrity Council for the Voluntary Carbon Market (ICVCM) comme répondant à ses «Core Carbon Principles», un label de qualité qui rassure les acheteurs sur un marché parfois décrié pour son manque de transparence. Pour mener à bien ce processus de validation et de vérification exigeant, Tourba a fait appel à Earthood, un organisme de référence mondial. Celui-ci a été élu meilleure société de vérification sur le marché volontaire du carbone par Environmental Finance en 2024 et 2025, et apporte son expertise reconnue pour garantir l'intégrité des crédits générés. Un modèle qui dépasse les frontières Ce projet place le Maroc à l'avant-garde de l'agriculture régénératrice sur le continent africain. En combinant accompagnement technique, financement adapté et incitation financière via la vente de crédits carbone, le modèle Tourba pourrait bien faire des émules bien au-delà de nos frontières. La société, qui affiche des ambitions continentales, vise à terme 6 millions d'hectares en Afrique et en Amérique du Sud. Elle a d'ailleurs déjà étendu son modèle au Nigeria en s'associant à la plateforme agri-tech ThriveAgric pour couvrir 27.200 hectares supplémentaires. Une preuve que le «modèle Tourba» a déjà commencé à essaimer.