Le recours de la Fédération sénégalaise de football devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) marque un tournant décisif dans le bras de fer juridique qui a suivi la finale chaotique de la CAN 2025. En se déplaçant à Lausanne, loin des tensions et passions, le débat s'oriente désormais vers une décision fondée sur le droit, offrant au football africain une chance de clore un chapitre tumultueux. DR ‹ › Le recours déposé devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) par la Fédération sénégalaise de football doit être accueilli avec satisfaction par les Marocains qui suivent le bras de fer juridique après le chaos sportif de la finale de la CAN 2025. Il marque un tournant : pas tant sur le fond du dossier déjà largement débattu, mais sur le terrain où il va désormais se jouer. A Lausanne, loin des couloirs de la CAF, le droit devrait primer sur les passions qui ont saturé l'espace public africain depuis des semaines. Jusqu'ici, le fueilleton autour de cette final chaotique a offert un contraste saisissant. D'un côté, un jury disciplinaire de la Confédération africaine de football jugé particulièrement clément à l'égard du Sénégal. De l'autre, un jury d'appel qui a surpris en revenant à une lecture stricte des règlements, appliquant les articles 82 et 84 jusqu'à prononcer le forfait. Deux décisions, deux philosophies — et au milieu, une bataille narrative où l'émotion a souvent pris le pas sur l'analyse. C'est précisément là que le TAS devrait changer la donne. Institution indépendante, il rend inopérant un argument devenu récurrent : celui d'une CAF supposément biaisée en faveur du Maroc. Curieusement, ce procès en corruption n'avait guère été invoqué lorsque la première instance avait été favorable au Sénégal. Il devient aujourd'hui difficile à soutenir devant une juridiction dont la légitimité repose sur sa distance vis-à-vis des influences politiques et fédérales. Le TAS, arbitre final Cela ne signifie pas pour autant la fin des tentatives de déplacement du débat avec un brouillard informationnel inédit fait de fake news comme la séquence ouverte depuis le 17 mars. On peut déjà anticiper un glissement vers d'autres cibles, à commencer par la FIFA. Des figures comme Augustin Senghor, membre sortant du Comex de la CAF, ou le journaliste Romain Molina, prompt à alimenter le récit d'un «Fouzi Lekjaa tout-puissant» dans les arcanes du football africain, pourraient continuer à entretenir ce climat de suspicion. Mais ces discours trouveront difficilement prise face à une décision -si elle s'avère favorable au Maroc- qui sera juridiquement motivée. Car c'est bien là l'enjeu : le TAS tranche sur des faits, des règlements et du droit, et non sur des ressentis, ni sur des équilibres géopolitiques fantasmés. En cela, il offre une rare opportunité de sortir de ce tunnel émotionnel dans lequel le football africain s'est enfermé depuis le 17 janvier, veille de la finale. Un autre élément qui mérite attention est la citation directe du Maroc, à travers la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Loin d'être un détail procédural, cela lui confère un rôle d'acteur à part entière dans la procédure, et non plus celui, plus passif, de simple partie concernée par le dossier au TAS. Quelle que soit l'issue, ce passage par Lausanne doit servir de point de clôture. L'ambiance détestable sur les réseaux sociaux et les plateaux de certains médias n'a que trop duré. Le TAS n'effacera probablement pas les divergences, mais les replacera dans un cadre rationnel. Le football africain, et au-delà les relations entre le Maroc et le Sénégal, ont tout à gagner à voir cette parenthèse se refermer sur une décision de droit claire, argumentée, et difficilement contestable autrement que sur le terrain juridique.