À 49 milliards de dollars, en plus du «découvert» de 4,5 milliards auprès du FMI, les réserves de change constituent la principale digue de défense de l'économie marocaine face à la tempête soulevée par la guerre au Moyen-Orient sur les marchés des matières premières. Cette résistance est saluée par l'agence de notation S&P Global Ratings qui a confirmé l'investment grade (le triple B) du Maroc, le 27 mars dernier. Portés par l'explosion du tourisme, la flambée de l'or, les transferts des fonds de MRE et l'industrie des phosphates et dérivés, les avoirs officiels de réserve ont plus que doublé en dix ans. Au dernier décompte daté du 20 mars dernier, les réserves de change s'élevaient à 459,9 milliards de dirhams (MMDH), soit 49 milliards de dollars contre 22,8 milliards de dollars il y a dix ans (225,37 MMDH) et 17 milliards de dollars (176 MMDH) en 2006. Cela explique largement la décision d'augmenter les dotations touristiques (jusqu'à 400.000 DH par an) et professionnelles prise l'année dernière par l'Office des changes. Selon les projections de la Banque centrale, cette dynamique devrait se poursuivre. Les avoirs officiels de réserve s'établiraient à 482,1 MMDH en 2027 correspondant à cinq mois et 23 jours d'importations de biens et services, bien au-dessus du plancher de trois mois recommandé par le FMI à ses membres. Ce qu'il faut retenir, c'est la trajectoire de ce matelas. En un an, les réserves de change ont enregistré une forte augmentation de 23,9%. C'est, de loin, la première ligne de défense de l'économie marocaine face aux chocs extérieurs, notamment la flambée des cours du pétrole et du gaz. À cela il faut ajouter le découvert (ligne de précaution et de liquidité) de 4,5 milliards de dollars auprès du FMI qui constitue un coussin de sécurité supplémentaire. Grâce à ses confortables réserves de change, le Maroc peut financer ses importations incompressibles de produits énergétiques et n'a pas à redouter une panne sèche. Le record avait été battu en 2022, au lendemain de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, avec une facture énergétique à l'import de 153 MMDH. Si la guerre actuelle au Moyen-Orient se prolongeait, ce record pourrait être pulvérisé. On serait alors loin des 107,57 milliards de dirhams décaissés en 2025. Les bénéfices de la décompensation des carburants à la pompe Avec le recul, il s'avère que le recalibrage de la politique de subventions, ayant mis fin au soutien des prix des carburants à la pompe en 2014, porte ses fruits. Les économies dégagées par le Trésor constituent, dans le contexte actuel, un précieux levier pour contenir les pressions de l'inflation importée que redoutent tant de gouvernements étrangers. Certains, comme en Egypte ou aux Philippines, ont décrété une sorte d'«état d'urgence» économique. Au Caire où les rues grouillent de monde jusque tard dans la nuit, les autorités ont prié les tenanciers des cafés et les petits commerçants de fermer à 21 heures afin de réduire la consommation d'énergie. C'est pour la même raison qu'aux Philippines, le gouvernement a mis les agents de l'Etat au télétravail partiel. On n'en est pas encore là au Maroc. Pour rappel, les avoirs officiels de réserve sont composés des avoirs en or monétaire et en DTS (droits de tirage spéciaux), des avoirs en devises convertibles et de la position de réserve du Royaume auprès du FMI. Ce sont des actifs extérieurs que les autorités monétaires contrôlent directement et dont elles peuvent disposer immédiatement pour répondre à des besoins de financement de la balance des paiements, pour intervenir sur les marchés des changes afin d'influer sur le taux de change, et pour d'autres besoins connexes. Alors que le cours de l'or vole de record en record (il avait atteint 5.000 dollars l'once au mois de mars), pour les autorités monétaires, il n'est pas question d'acheter du métal jaune pour renforcer le matelas de réserve et, encore moins, de céder une partie des 22,12 tonnes afin de faire rentrer un peu de cash. BAM explique ainsi sa stratégie : le stock d'or de la Banque centrale représente 6% des réserves de change en valeur, soit à peu près la moyenne mondiale. En tant que valeur refuge, l'or ne rapporte pas d'intérêts, mais il permet de neutraliser l'effet de la dépréciation du dollar. Les avoirs officiels de réserve du Maroc reflètent la pondération du panier de cotation de sa monnaie : 60% en euro et 40% en dollar. Avec 49 milliards de dollars de réserves de change, la priorité des autorités est d'assurer, à tout instant, la couverture des besoins du pays, notamment le règlement des importations et le service de la dette extérieure. L'éventualité d'une crise des paiements extérieurs est largement maîtrisée, tranche l'agence de notation S&P Global Ratings dans une note publiée le 27 mars dernier confirmant le triple B du Maroc. Le solde du compte courant à -2% du PIB ne soulève donc aucune inquiétude. Une facture énergétique de 114 MMDH en 2025 L'optimisme du gouvernement est partagé par l'agence Standard & Poor's) qui prévoit que le déficit du compte courant se creusera légèrement pour atteindre, en moyenne, 2,4% du PIB sur la période 2026-2029, malgré la menace que représente la guerre au Moyen-Orient. Au vu du matelas des réserves de change de BAM, le Royaume a de quoi financer ses importations (875 MMDH en 2025) dont l'énorme facture énergétique ainsi que le service de la dette extérieure. Entre carburants, gaz, gasoil et charbon, le Maroc a décaissé 114 milliards de dirhams en devises l'an dernier pour ses approvisionnements. Seule une toute petite frange des réserves de change sont détenues en cash, soit 5,7 milliards au 20 mars dernier, détenus pour l'essentiel en dollar et en euro, les deux principales devises qui composent le panier de cotation du dirham. Le reste est constitué de placements en devises (dépôts et titres) – 402,3 MMDH actuellement-, des avoirs en or, des avoirs en DTS et de la position de réserve au FMI. Le plus gros du trésor de BAM est investi en titres de placement, en or et en obligations d'Etat notés «Investment grade», soit «BBB», et en dépôts à court terme. Ce portefeuille rapporte beaucoup d'argent, non seulement à BAM, mais surtout au Trésor, son actionnaire unique dont les dividendes explosent. En 2025, la Banque centrale lui a ainsi versé 4,3 MMDH. C'est 1,3 milliard de plus que les prévisions. Abashi Shamamba / Les Inspirations ECO