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« Irak, un pays sans Etat »
Publié dans Le Soir Echos le 30 - 12 - 2011

Pierre-Jean Luizard, chercheur au CNRS ( Centre national de recherches scientifiques), spécialiste de l'Irak et d'histoire contemporaine de l'islam dans les pays arabes du Moyen-Orient, nous explique les principales raisons de la crise politique que connait l'Irak depuis le retrait des troupes américaines il y a à peine deux semaines. Il a notamment écrit des ouvrages comme: La question irakienne aux éditions Fayard et Comment est né l'Irak moderne.
« Le problème est que les Américains ont réussi à impliquer tous les acteurs politiques irakiens presque sans exception dans un système où chacun trouve un intérêt particulier ».
Pourquoi observe-t-on aujourd'hui ce profond désaccord entre le parti du Premier ministre Nouri al-Maliki et son allié sunnite Iraqiya ?
Les divergences entre le bloc Iraqiyya, à majorité sunnite, et le premier ministre chiite Nouri al-Maliki se sont aggravées avec l'affirmation du caractère personnel et autoritaire du pouvoir de ce dernier. Les forces de sécurité irakiennes, en particulier, demeurent sous la coupe du premier ministre qui les utilise souvent en fonction de sa stratégie de consolidation de son pouvoir. 80% des membres des Conseils de Réveil (Sahwa), qui regroupent les anciens insurgés sunnites retournés par les Américains contre finances et armement en vue de lutter contre Al Qaïda ne seront pas intégrés aux forces de sécurité irakiennes, selon les dires de Nouri al-Maliki, alors que les Américains sont déjà en défaut de paiement. Dès lors, il semble qu'un certain nombre soit déjà à nouveau sensible aux sirènes d'Al-Qaïda qui a les moyens de pallier la fin du versement des salaires par Washington. Ces divergences sont attisées par le départ des troupes américaines, même s'il s'agit en général d'un faux-semblant, car des dizaines de milliers de membres des sociétés de sécurité privées intégrées à l'effort de guerre vont continuer le travail sur le terrain. De même, la révolution en cours en Syrie attise les divergences entre sunnites et chiites dans la région.
Le Premier ministre Nuri al-Maliki n'apprécie pas les liens étroits entre son vice-président Tarek al-Hâshimi et l'opposition syrienne (à majorité sunnite), tandis que, par anti-chiisme, Saleh Mutlak, un autre dirigeant du groupe Iraqiya, a pris la défense des opposants armés au régime de Téhéran.
Pourquoi observe-t-on aujourd'hui ce profond désaccord entre le parti du Premier ministre Nouri al-Maliki et son allié sunnite Iraqiya ?
Les divergences entre le bloc Iraqiyya, à majorité sunnite, et le premier ministre chiite Nouri al-Maliki se sont aggravées avec l'affirmation du caractère personnel et autoritaire du pouvoir de ce dernier. Les forces de sécurité irakiennes, en particulier, demeurent sous la coupe du premier ministre qui les utilise souvent en fonction de sa stratégie de consolidation de son pouvoir. 80% des membres des Conseils de Réveil (Sahwa), qui regroupent les anciens insurgés sunnites retournés par les Américains contre finances et armement en vue de lutter contre Al Qaïda ne seront pas intégrés aux forces de sécurité irakiennes, selon les dires de Nouri al-Maliki, alors que les Américains sont déjà en défaut de paiement. Dès lors, il semble qu'un certain nombre soit déjà à nouveau sensible aux sirènes d'Al-Qaïda qui a les moyens de pallier la fin du versement des salaires par Washington. Ces divergences sont attisées par le départ des troupes américaines, même s'il s'agit en général d'un faux-semblant, car des dizaines de milliers de membres des sociétés de sécurité privées intégrées à l'effort de guerre vont continuer le travail sur le terrain. De même, la révolution en cours en Syrie attise les divergences entre sunnites et chiites dans la région.
Le Premier ministre Nuri al-Maliki n'apprécie pas les liens étroits entre son vice-président Tarek al-Hâshimi et l'opposition syrienne (à majorité sunnite), tandis que, par anti-chiisme, Saleh Mutlak, un autre dirigeant du groupe Iraqiya, a pris la défense des opposants armés au régime de Téhéran.
Le retrait des forces américaines a-t-il quelque chose à avoir dans cette crise ?
Les Américains ont officiellement quitté l'Irak, mais ils laissent derrière eux un système politique dont on voit bien qu'il ne pourra aboutir à la formation d'un nouvel Etat irakien, stable et reconnu par tous les Irakiens en tant qu'institution nationale. La classe politique irakienne actuelle est arrivée au pouvoir à un moment où l'Irak ne jouissait pas de sa souveraineté. Le système mis en place par les Américains a été basé sur une représentation communautaire, ethnique (Arabes/Kurdes) et confessionnelle (chiites/sunnites). A la différence du Liban, il n'y a pas officiellement de confessionnalisme politique. Pourtant, l'appartenance communautaire et confessionnelle prime à tous les échelons du gouvernement irakien. Et comme nous le constatons aujourd'hui, le résultat est un véritable éclatement de la scène politique sur des bases de plus en plus régionales, locales et surtout communautaires. Cette division sans fin de la société irakienne a engendré la crise politique actuelle. Les Américains laissent donc derrière eux un pays sans Etat, et avec un gouvernement incapable de rétablir la sécurité et la paix civile.
Quel est, selon vous, le nœud de cette impasse politique qui menace la reconstruction de l'Irak après neuf ans d'occupation ?
Le système fédéral poussé que l'Irak sous occupation américaine a adopté en 2005 est un piège dont il sera très difficile de sortir. Ce système encourage toutes les velléités d'autonomie et même d'indépendance. C'est le cas du Kurdistan où une situation irréversible s'est imposée, sans que l'indépendance formelle des trois provinces kurdes soient possibles, du fait du contexte régional (Turquie et Iran). Pourtant, le gouvernement kurde signe aujourd'hui des contrats pétroliers sans en référer à Bagdad. Désormais, les membres du gouvernement irakien dépendent eux-mêmes, pour leur pouvoir, de réseaux de clientélisme aux racines provinciales ou locales, avant d'être partisanes et communautaires. Ceux qui seraient en mesure de renforcer le pouvoir central privilégient ainsi les tendances centrifuges du pouvoir. Ainsi, chacun tend à reprendre le modèle kurde à son propre compte, comme l'illustre la volonté affiché de trois provinces sunnites à se constituer en super-région.
« La révolution en cours en Syrie attise les divergences entre sunnites et chiites dans la région».
Doit-on redouter le risque de la partition ?
Le Kurdistan fera difficilement un plein retour à l'Irak, sans être pour autant en mesure de proclamer son indépendance. Les frontières entre Arabes et Kurdes, dans des régions riches en pétrole, seraient d'ailleurs l'objet de guerres sans fin. Il en va tout à fait différemment dans la zone arabe de l'Irak: chiites et sunnites participent d'une même société et une ethnicisation du fait confessionnel à l'image de ce qui est advenu en ex-Yougoslavie serait totalement impossible. Une séparation entre chiites et sunnites relève donc d'une chimère complète, mais cela n'empêchera pas les affrontements confessionnels dans le contexte de rivalités et de surenchères actuelles.
Pierre-Jean Luizard : «Le Kurdistan fera difficilement un plein retour à l'Irak, sans être pour autant en mesure de proclamer son indépendance».
Comment peut-on mettre fin à cette crise ?
Un nouvel Etat irakien effectif ne pourra voir le jour avec le mode de fonctionnement actuel. Le problème est que les Américains ont réussi à impliquer tous les acteurs politiques irakiens presque sans exception dans un système où chacun trouve un intérêt particulier. Les sunnites, puis les sadristes (chez les chiites) ont été intégrés au jeu politique et leurs dirigeants retirent des avantages au pouvoir qu'ils détiennent sur lesquels ils ne sont pas prêts à revenir.
Comment peut-on mettre fin à cette crise ?
Un nouvel Etat irakien effectif ne pourra voir le jour avec le mode de fonctionnement actuel. Le problème est que les Américains ont réussi à impliquer tous les acteurs politiques irakiens presque sans exception dans un système où chacun trouve un intérêt particulier. Les sunnites, puis les sadristes (chez les chiites) ont été intégrés au jeu politique et leurs dirigeants retirent des avantages au pouvoir qu'ils détiennent sur lesquels ils ne sont pas prêts à revenir.
À votre avis, les Irakiens sont-ils vraiment prêts à se gouverner ?
Le cas du Kurdistan, dont la population ne s'est jamais sentie irakienne, est à part. Mais, pour la partie arabe de l'Irak (80% de la population), une identité commune existe puissamment, comme cela s'est vérifiée à plusieurs reprises dans l'histoire moderne du pays, la Révolution de 1920 contre le Mandat britannique en est l'exemple le plus emblématique. Avec ses quatre villes saintes, l'Irak est le berceau du chiisme et sa population arabe est aux trois quarts chiite. Cette écrasante majorité chiite s'est manifestée politiquement parfois dans des projets nationaux englobant les sunnites, mais parfois aussi, comme c'est le cas actuel, dans une démarche confessionnelle, où les sunnites sont ravalés au rang de minorité. Sortir du confessionnalisme est la condition pour trouver une solution politique à la question irakienne.
Ne devrait-on pas aussi impliquer l'Iran dans le processus de reconstruction compte tenu de son influence ?
L'Iran a une influence naturelle en Irak. Cette influence est culturelle et religieuse, la solidarité entre chiites d'Iran et d'Irak est une permanence historique. Toutefois il existe aussi un sentiment anti-iranien chez certains chiites irakiens. Cependant, vouloir présenter l'Irak comme une simple chasse gardée iranienne, une fois les Américains partis, est un leurre. D'une part, les Américains ne quittent pas totalement l'Irak, contrairement à ce que veulent faire croire les cérémonies officielles, et d'autre part, les Iraniens sont, eux aussi, confrontés à l'éclatement sans fin de la société et de la scène politique irakiennes. L'Iran est en grande partie spectateur de ce qui se passe en Irak, où aucune stabilisation ne semble en vue. La présence massive d'Iraniens au sein de la hiérarchie religieuse chiite en Irak, au premier rang desquels l'ayatollah Sistani, ne signifie pas que Téhéran fait la pluie et le beau temps dans ce pays.


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