La couleur blanche prime dans les œuvres de Safaa Erruas, et le monochrome est sa marque visuelle. Cet artiste, d'une sensibilité exacerbée, signe des créations qui attestent d'une « absence » de couleur, pour mieux attirer l'œil. La neutralité intrinsèque d'une couleur unique est le point de départ pour combiner et transformer des objets telles que des épingles, aiguilles, lames de rasoir, gazes en coton, et autres objets quotidiens dans des œuvres qui suggèrent une certaine fragilité, l'incertitude, et parfois l'espoir. L'artiste emploie des matériaux aux connotations antinomiques, élargissant le champ des possibles, et explorant des possibilités imaginaires et des expériences vécues. En utilisant un vocabulaire formel volontairement restreint, l'artiste accroît la complexité de son message. Dans « Transduction », l'artiste revient sur les conditions politiques récentes du Printemps arabe. Elle réagit en tentant d'exprimer l'état d'indétermination suscité par les événements au travers de deux installations juxtaposées. « Le Tiroir » est un petit tiroir en bois sauvé du passé qu'elle utilise comme un espace d'installation. Peint en blanc, plusieurs chaînes d'or se balancent de sa base. Cet objet, peint en blanc et à l'allure de jouet, évoque une cachette où un trésor demeure suspendu de manière précaire. Les chaînes en or ne sont ni totalement à l'intérieur ni complètement à l'extérieur. Une fois de plus, Erruas revient à l'idée de l'ambiguïté et de paradoxe qui caractérise notre époque. « Peau de mur », consiste en un «mur» en morceaux de gaze plâtrée placés sur du papier métallique sur lequel la réflexion est légèrement floutée. Le mur représente une protection contre un danger, bien qu'il représente aussi une clôture, une séparation. Dans ces deux œuvres, Safaa Erruas propose des sortes d'appâts : la promesse de liberté et de possibilités nouvelles s'y conjugue avec la suggestion d'un piège. Ces tensions et conflits entre l'individu et la société, le public et le privé, sont également présents dans ses œuvres sur papier. Sur plusieurs d'entre elles, l'acte répétitif de couper, arranger, placer, envelopper suggèrent quelqu'un ou quelque chose en perpétuel mouvement. Un langage plastique particulier, à découvrir du 17 avril au 25 mai 2012 à l'Atelier 21 de Casablanca.