La comédienne Sanaa Alaoui a irradié la scène de Bab Al Makina lors Festival de Fès des Musiques Sacrées dans un spectacle mis en scène par le cinéaste Tony Gatlif. Retour sur les temps forts de cet événement. Parlez-nous du spectacle des musiques sacrées de Fès, mis en scène par Tony Gatlif… Le spectacle s'intitule «sois heureux un instant» : une création spécialement conçue pour le festival, rendant hommage à l'écrivain perse Omar El Khayyâm au travers de Musiques du monde et de poèmes que nous avons interprété avec une autre actrice iranienne en arabe classique, en français et en persan. Ce fut une expérience grandiose. Ma première scène réunissaient, déjà 3 000 personnes, et la princesse Lalla Salma. De plus, chargé d'une intensité tant au niveau humain qu'aux niveaux artistique et émotionnel : mes rencontres avec l'incroyable Tony et avec le directeur du festival M. Faouzi Skalli, le lieu magique qu'est Bab Al Makina. Comme l'énergie de cette ville des origines de ma mère et que j'ai découverte réellement, pour la première fois en plein jour. Un concentré de plaisir, d'émotions, de belles énergies divines qui m'ont accompagné tout au long de cette aventure qui a commencé à Paris, avec de Tony Gatlif. Alors, que je m'apprêtais à monter sur scène, j'avais un trac fou, mais imprégné étrangement, de sérénité et d'une grande excitation. J'ai entendu la présentatrice dire : «Sois heureux un instant, cet instant c'est ta vie». Je suis montée sur scène, avec ces mots qui résonnaient en moi telle une évidence. J'avais l'impression de voler, le vent de ce soir là, nous ayant plongé dans une atmosphère de songes. C'était intense et beau. Comment ce projet est-il né et comment l'avez-vous accueilli ? Ce projet est né de l'envie de Faouzi Skalli le directeur du festival de présenter une nouvelle création originale pour l'ouverture. Tony Gatlif, a été choisi pour sa mise en scène. Il cherchait une actrice à Paris maîtrisant aussi bien le Français que l'Arabe classique. Je l'ai alors rencontré par l'intermédiaire d'amis. C'était une rencontre insolite, simple, car Tony Gatlif est une personne très simple. Nous avons parlé, ri, et discuté. Puis, a eu lieu la première répétition à Paris, et là il était convaincu de mon travail, enfin je l'espère. (Rires !). J'ai accueilli ce projet comme une continuité de ce à quoi j'aspire en ce moment : la qualité, l'intensité, la sérénité. J'ai été très heureuse de savoir que Tony m'avait choisie pour son spectacle, d'autant que nombre d'actrices convoitaient ce rôle. Ce fût un honneur d'être choisie par un si grand réalisateur, et un bonheur d'être dirigée par lui. Le spectacle a été très bien accueilli à l'unanimité, les échos sont très positifs. Et j'en suis ravie. Quel metteur en scène est-il ? Tony est un mélange d'intelligence, de naïveté, d'assurance et de fragilité. Il a un oeil d'aigle, un cœur en or et la force d'un tank. Je n'exagère pas, c'est exactement ce qu'il est : un génie. Et comme tous les génies, il est un peu fou, de cette folie qu'ont les vrais artistes habités par leur art, passionnés par ce qu'ils font. Il aime profondément les gens, les respectent, et leur parle avec délicatesse mais parfois avec fermenté, quand il sent qu'il doit les recadrer. C'est ce qui fait sa différence avec les réalisateurs peu sûrs d'eux, qui se prennent pour des génies sans en être, et se pavanent sur les plateaux comme des paons. Tony n'a pas besoin de ça, il est lui même : simple, les gens le respectent, l'aiment et le suivent. Il a l'art de vous embarquer dans sa folie, et j'ai énormément appris à ses côtés, en peu de temps. Il reste calme malgré les imprévus, et essaye toujours de trouver des solutions. Un vrai metteur en scène comme je les aime, et qui l'art de savoir s'entourer des meilleurs talents. Que retenez-vous de cette aventure artistique et humaine? J'en retiens de très belles rencontres : l'incroyable Tony Gatlif, Delphine Mantoulet son assistante plein de gentillesse, Faouzi Skalli le directeur du festival, un homme élégant, vrai, intelligent, et Zeyba Rahman; directrice artistique et productrice à New York avec qui j'ai présenté notamment, le concert d'Archi Shepp, une très belle personne. Ainsi que mon amour pour ma langue d'origine, mon envie de faire du théâtre, et la richesse de ces personnes qui font ce métier. Cette aventure m'a prouvé, que seules les personnes qui restent elles-mêmes et vraies arrivent à se dépasser et à réussir. J'ai toujours suivi mon instinct, et ma force est d'avoir eu de bonnes intentions. La réussite à long terme est synonyme de réussite humaine. Après l'intention, tout suit ; dans le travail, en amour, pour tout le monde. J'aime voir que la vie est juste, et les choses viennent d'elles-mêmes quand on y croit et qu'on a de belles intentions. Je ne crois pas au hasard, ni à la chance, car pour moi la vie se crée en fonction de nos pensées et de ce qu'on veut bien y mettre comme couleur. Après, à chacun d'y mettre la sienne, la mienne je la vois en arc en ciel et un grand soleil doré ! * Tweet * * *